Le visage du mensonge

Équipe Le Point Critique | 07 février 2026

De nouveaux documents font voler en éclats la défense de Caroline et Jack Lang

Citée 948 fois dans les derniers documents de l’affaire Epstein, la fille de Jack Lang affirme qu’elle ignorait tout des pratiques pédocriminelles de son ex-associé et ancien employé de son père. Un mail de 2015 contredit aujourd’hui cette version, déjà fragilisée par le CV de Caroline Lang qui montre qu’elle connaissait depuis 23 ans le père de Ghislaine Maxwell.

Jeudi, sur le plateau de BFM, Caroline Lang a affirmé avoir fait la connaissance d’Epstein en 2012, trois ans après sa première incarcération en Floride (2008-2009), par l’intermédiaire de Woody Allen, qu’elle décrit comme un ami de trente ans. Le même scénario a été relaté son père, aucun des deux ne semblant avoir conscience du caractère accablant de cet aveu, les accointances pédophiles du cinéaste étant confortées par plusieurs pièces du dossier où son nom est cité 7 142 fois. La relation d’amitié unissant Caroline Lang et Jeffrey Epstein se serait forgée autour d’une passion commune pour l’art contemporain, puis se serait consolidée un an plus tard avec le décès de la sœur de Caroline, qui aurait bénéficié durant cette période d’un soutien exceptionnel de la part d’Epstein.

Il était une fois un tortionnaire empathique

La fille de l’ancien ministre de la Culture explique avoir cofondé par la suite, en 2016, avec et sur la proposition de Jeffrey Epstein, une société offshore (Prytanee LLC) abondée d’un capital de 1,4 million de dollars destinée à financer l’achat d’œuvres d’art. Caroline Lang se voit attribuer la moitié des parts de la société (qu’elle concède avec bêtement oublié de déclarer au fisc), par l’intermédiaire d’un Trust, lui aussi domicilié dans les îles Vierges. Elle assure toutefois ne pas avoir perçu un seul centime dans cette affaire, la société n’ayant généré selon elle aucune activité. Que d’efforts pour si peu de résultats !

Pourquoi Caroline Lang a-t-elle bénéficié d’un tel cadeau et pour quelle contrepartie ? Elle attribue cette générosité à l’empathie du milliardaire pour son statut de mère célibataire, ce qui semble être une stratégie audacieuse, tant cette sensibilité contraste avec le goût apparemment notoire du milliardaire pour la torture de jeunes femmes ou d’enfants, documenté par plusieurs échanges de mails, comme celui de 2009 signé par Epstein dans lequel il écrit : « J’ai adoré la vidéo de torture. »

Si rien ne permet d’affirmer à ce stade que Caroline Lang était au courant des pratiques pédocriminelles de son associé, dont les mails mentionnent systématiquement que leur diffusion exposerait leur destinataire à des poursuites pénales, il semble douteux que le milliardaire, déjà condamné de surcroît, ait inclus dans son tout premier cercle des personnes susceptibles de dénoncer ses crimes comme auraient dû le faire Jack Lang et sa fille au titre de la loi, s’ils en avaient eu connaissance. Pouvaient-ils l’ignorer ?

Jack Lang, l’employé qui ne savait rien

On sait aujourd’hui selon un mail (EFTA00956090) adressé par Jeffrey Epstein, le 15 mars 2013, à l’exécuteur testamentaire de sa succession, que Jack Lang était l’employé du milliardaire, qu’il désignait régulièrement comme son ami – lui-même se définissant comme un quasi-membre de la famille. Deux nouveaux documents confirment la nature intime de leur relation qui semble s’être construite de manière fulgurante : le premier est une invitation adressée à Jeffrey Epstein en octobre 2015 (EFTA02369560) par l’ancien ministre de la Culture à participer à une « projection strictement privée, sur invitation seulement » organisée par Bernard-Henri Levy ; le second est un mail adressé en septembre 2017 par un mécène de l’Institut du monde arabe, Étienne Binant, exhortant le milliardaire à participer à l’anniversaire de Jack Lang :

Caroline m’a dit que tu étais à Paris. J’ai parlé à Jack et Monique, et Jack a insisté personnellement pour que tu viennes pour son anniversaire. Jack est très discret, c’est réservé à son cercle intime, et ça compte beaucoup pour lui. Il n’envoie pas ce genre d’invitation à moins d’y croire vraiment.

L’explication de Caroline Lang semble d’autant plus douteuse que le nom de son père figurerait également dans les statuts de Prytanee selon l’enquête réalisée par Mediapart, qui confirme que la société n’était pas financièrement inerte. Sur le plateau de BFM, l’associtée d’Epstein a affirmé que son père ne faisait en aucun cas partie de cette société, mais en concédant toutefois, sans pour autant être en mesure de l’expliquer, que les statuts prévoyaient la dissolution de Prytanee « en cas de la mort de Jeffrey Epstein, en cas de ma disparition et en cas de la disparition de mon père ».

Au début et à la fin de l’interview, Caroline Lang s’est violemment défendue d’avoir « fait des affaires » avec Jeffrey Epstein :

— Donc cette société, avant ou après la mort de Jeffrey Epstein, elle ne vous a rien apporté ?

— Rien, pas un seul centime Pas un dollar, rien, Mais d’ailleurs ce n’était pas l’objectif. Donc c’est pour ça que je n’aime pas qu’on emploie que j’ai fait des affaires avec M. Epstein, car l’objet de cette société n’était pas de faire des affaires. Donc, je n’en ai jamais tiré le moins de bénéfices et quand j’ai su en plus l’horreur de ce qu’il avait fait, évidemment, je ne voulais surtout n’avoir rien à faire avec lui et j’ai montré à Fabrice Arfi de Mediapart dimanche un certificat qui montre bien que je n’ai pas touché un centime et que j’ai révoqué tous mes droits de ce trust.

Pourtant, dans un mail de 2015 (EFTA02481637), Epstein proposera à Caroline Lang un montage financier consistant à investir 20 millions de dollars dans des achats d’œuvres d’art qui seraient réalisés par Jack Lang, avec un partage équitable des profits entre Epstein et la famille Lang, présenté comme « sans risque pour la famille ». « It will be fun » conclut le milliardaire.

On ne sait pas si ce deal s’est fait, ce qui contredirait la version de l’ancien ministre qui affirmait il y a quelques jours n’avoir jamais perçu d’argent de la part d’Epstein, mais il intéresse visiblement le Parquet national financier qui a confirmé avoir ouvert une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée ».

Le mail oublié par Caroline Lang

Concernant la connaissance familiale des crimes commis par Epstein, un nouveau document vient fragiliser le récit de Caroline Lang qui de fait a menti sur le plateau de BFM. Elle s’est souvenue avec une étonnante précision d’un échange qu’elle aurait eu avec le milliardaire en 2014, soit deux ans après leur rencontre, ce qui semble une éternité lorsqu’on évolue dans un univers mafieux. Epstein l’aurait informée de sa condamnation en 2008 pour avoir sollicité une prostituée mineure pour un massage.

Dans un échange totalement lunaire, Caroline Lang explique avoir été horrifiée en apprenant les faits, mais les relativise spontanément avec un naturel déconcertant : elle n’aurait découvert qu’un seul article en 2014 en effectuant une recherche en ligne, la victime n’avait pas 14 ans (ce qui est l’âge que ses filles devaient avoir à l’époque), mais 16 ans, et Epstein avait déjà payé pour son crime.

Caroline Lang oublie de préciser qu’elle a informé Jeffrey Epstein le 11 janvier 2015 (EFTA02350713) de la publication d’un dossier par Paris Match relatant des accusations de viols commis par le prince Andrew (duc d’York) à l’encontre d’une jeune femme mineure alors âgée de 17 ans (Virginia Roberts) dans le cadre d’orgies impliquant d’autres jeunes filles mineures, organisées par Jeffrey Epstein. Les viols relatés dans l’article auraient début alors qu’elle n’avait que 15 ans.

Bonjour Jeffrey,
Tu vas bien ? Il y a un article négatif sur le prince Andrew dans le Paris Match de cette semaine, mais je suppose que tu es déjà au courant.
Donne-moi de tes nouvelles.
Caroline

L’ancienne employée du père de Guislaine Maxwell

Deux autres informations contenues dans l’article auraient probablement dû inquiéter la future associée : le nom de Woody Allen, accusé dès 2014 de viols commis régulièrement sur sa fille dès l’âge de 7 ans est cité dans l’article de Paris Match, avec un lien pointant vers cette information dont on voit mal comment Caroline Lang pouvait l’ignorer. Mais surtout, l’article précise que Virginia Roberts aurait également été violée par le prince Andrews dans l’appartement de Robert Maxwell, le père de l’ex-associée de Jeffrey Epstein aujourd’hui incarcérée aux États-Unis pour trafic sexuel de mineures et complicité avec le milliardaire, et qui fut le tout-premier employeur de Caroline Lang, en 1989. Après le décès de Robert Maxwell, elle a rejoint le groupe Warner, dont elle codirigeait la filiale française Warner Bros International Television Distribution (WBITD) jusqu’en 2022. Or plusieurs documents issus du dossier Epstein suggèrent que le PDG de Warner Music, Leonard Blavatnik, était un ami intime du milliardaire et de Ghislaine Maxwell.

Il est donc surprenant qu’il ait fallu 23 ans à Caroline Lang pour croiser la route de Jeffrey Epstein ou simplement avoir connaissance de son existence. Il va de soi en revanche que si elle le connaissait avant sa première condamnation en 2008, la nature de leur amitié revêtirait soudainement une connotation fort différente.

Le legs miraculeux 48 heures avant le décès controversé d’Epstein

Le journaliste de BFM conclut l’interview en interrogeant Caroline Lang sur la fréquence de ses rencontres avec son ex-associé (15 environ en 7 ans selon elle) et sur la modification du testament d’Epstein, 48 heures avant son suicide officiel en cellule. Il y inclura un legs de 5 millions de dollars à destination de Caroline Lang, qui affirme n’avoir pas perçu un centime dans cette opération dont elle n’aurait découvert l’existence que dimanche via Mediapart.

De nouveaux documents issus du dossier relancent la piste d’une évasion du milliardaire selon laquelle il aurait été exfiltré avec le soutien d’un codétenu, et qui ne serait donc pas décédé en prison comme l’affirme un médecin ayant assisté à son autopsie. Si cette hypothèse se confirme, la chronologie entre le legs et le décès de Jeffrey Epstein serait particulièrement troublante.

Caroline Lang refuse aujourd’hui de qualifier d’erreur sa relation avec Epstein :

Quand on a connu M. Epstein, on savait qu’il fréquentait la Terre entière. Il était ami de M. Trump, de M. Bill Clinton, de tous les hommes politiques et femmes politiques aux États-Unis. Pourquoi on ne l’aurait pas fréquenté ? Comment on pouvait imaginer des horreurs pareilles ?

Ce faisant elle soulève une question de fond : quel intérêt pouvait avoir en retour Jeffrey Epstein à fréquenter les Lang ? Ah oui, l’amour de l’art et « la passion des êtres ».

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