Forfaiture
Le ministre français de l’Économie, Roland Lescure, offre une pépite de la défense aux États-Unis contre l’avis de la DGA
Le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, Roland Lescure, a confirmé ce mercredi avoir autorisé le passage sous pavillon américain d’un fleuron de la défense contre l’avis du ministère des Armées et malgré les protestations de plusieurs députés.
Le quotidien d’information stratégique La Lettre révèle ce mercredi que Bercy a autorisé fin 2025 la vente de LMB Aerospace, une entreprise corrézienne du secteur de l’armement, à l’Américain Loar Group contre l’avis de la direction générale de l’Armement (DGA), et malgré les appels de plusieurs députés à « bloquer l’opération au nom de la souveraineté stratégique de la France et des enjeux de réarmement ».
Inconnue du grand public, LMB Aerospace représente pourtant un « rouage essentiel de la défense française ». Considérée comme le leader mondial dans la conception de systèmes de refroidissement pour l’industrie aérospatiale et de défense, elle fournit des ventilateurs haute performance à environ 250 modèles d’appareils, dont le Rafale, les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) produits par Naval Group, le char Leclerc, leshélicoptères Tigre ou encore le porte-avions Charles-de-Gaulle.
Les négociations en vue de la cession de LMB Aerospace ont débuté en février dernier. La DGA avait alors exigé de conditionner la vente à l’entrée de Bpifrance dans le capital de Loar Group comme actionnaire minoritaire, mais doté d’un siège au conseil d’administration afin de conserver un droit de regard sur les activités de LMB Aerospace. Le ministre de l’Économie a finalement donné son feu vert à l’opération qui confère à Loar Group « 100 % des actions et des droits de vote » de l’entreprise française, avec pour contre-partie la menace de « sanctions sévères » en cas, par exemple, de délocalisation de la production.
Le contexte dans lequel intervient cette décision, qualifiée de « suicidaire » par la députée Aurélie Trouvé (LFI), la rend donc incompréhensible si l’on fait l’hypothèse que le Gouvernement est sincère et que son action est guidée par l’intérêt du pays. L’état-major de l’Armée a mené en novembre dernier une opération de communication d’une agressivité inhabituelle pour convaincre l’opinion de la nécessité d’augmenter le budget de la Défense. Plus récemment, Emmanuel Macron a tenté de reprendre la main sur la scène internationale en se présentant comme le leader naturel de la résistance à l’agressivité de l’administration américaine, concrétisée par des menaces de représailles économiques en cas d’opposition à son projet d’annexion du Groenland. L’intervention du chef de l’État lors du dernier sommet de Davos, organisé par le Forum économique mondial a été résumé en ces termes par Public Sénat :
En réponse aux velléités américaines, Emmanuel Macron a appelé à ne pas « accepter passivement la loi du plus fort ». Pour ce faire, il a invité à miser sur « plus de souveraineté, plus d’autonomie pour les Européens » et sur « un multilatéralisme efficace afin de donner des résultats via la coopération ».
Cette déclaration clinquante (for sure!), prononcée par un président totalement discrédité urbi et orbi pourrait faire sourire si la situation n’était pas aussi dramatique. Le Groupe de la Bourse de Londres (LSEG) dénombrait il y a un an 1 608 entreprises françaises passées sous pavillon américain depuis qu’Emmanuel Macron pèse sur la vie économique du pays, dont 237 depuis entre 2022 et 2023 issues de secteurs stratégiques (défense, transport, espace, sécurité, santé…), pour un montant de 179 milliards de dollars.
La dernière forfaiture en date concerne le projet de cession d’Exaion, la filiale d’EDF spécialisée dans la blockchain, au géant américain du minage de Bitcoin (Mara) dans des conditions scandaleuses. La lettre confidentielle d’autorisation adressée à Mara par la direction générale du Trésor valide en effet la clause de non-concurrence imposée par le futur acquéreur d’Exaion, qui privera pendant deux ans EDF de la possibilité d’utiliser l’activité de calcul intensif (HPC) pour absorber ses surplus énergétiques, considérée par les experts comme « un outil de flexibilité » appelé à « devenir majeur dans les années à venir ». C’est ce qu’Emmanuel Macron appelle « la bataille de la réindustrialisation et de la création de richesse » qu’il se targuait en 2024 d’« être en train de réussir ».
Roland Lescure a-t-il été sélectionné par Emmanuel Macron, qui recevait en août dernier, des mains du PDG de BlackRock le Global Citizen Award (le trophée de « Citoyen global ») décerné par l’Atlantic Council, pour mener à son terme le projet d’éradication de la France comme nation souveraine ? Avant d’être promu ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, Roland Lescure fut député dans la première circonscription des Français de l’étranger, dont le périmètre couvre le Canada et les États-Unis. Concernant la cession de LMB Aerospace, La Lettre rapporte que son prédécesseur, Éric Lombard, ainsi que l’actuel Premier ministre, Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, avaient menacé de mettre leur veto au passage sous pavillon américain de cet actif stratégique.
L’extrême discrétion de Roland Lescure a au moins le mérite de confirmer que nous avons bien affaire à une trahison parfaitement maîtrisée de la nation et de l’ensemble des Français, et accessoirement d’avouer que l’Élysée ne se projette pas dans un conflit de haute intensité impliquant l’ensemble des pays européens.