Delirium tremens
L’Union européenne s’est-elle engagée sur une aide de 1 500 milliards d’euros en faveur de l’Ukraine ?
Selon une indiscrétion émanant du président hongrois, Viktor Orbán, l’Ukraine s’apprêterait à fournir sur dix ans une aide de 1 500 milliards d’euros à l’Ukraine pour sa reconstruction et pour le renforcement de sa capacité de défense.
La chaîne TV Liberté a publié vendredi une déclaration de Viktor Orbán, dans laquelle le président hongrois affirme avoir reçu un document confidentiel indiquant que l’Union européenne (UE) s’était engagée à financer les besoins de fonctionnement et de défense de l’Ukraine à hauteur respectivement de 800 et 700 milliards sur 10 ans :
Viktor Orbán : « Nous avons reçu un document que je ne suis pas autorisé à divulguer qui précise que la demande de 800 milliards d’euros effectuée par les Ukrainiens auprès de l’UE a été acceptée. […] En plus de ces 800 milliards, il y aura un besoin additionnel de 700 milliards de dépenses militaires. »
L’information n’est pas vérifiable, mais elle est cohérente avec les déclarations du président et de la Première ministre d’Ukraine, Yuliia Svyrydenko. Tous les deux ont confirmé récemment travailler avec leurs alliés sur un accord d’investissement – une « feuille de route pour la prospérité de l’Ukraine », selon les termes de Volodymyr Zelensky – dont chacun semble considérer que ces échanges ont de bonnes chances d’aboutir :
Il y aura un Fonds de reconstruction de l’Ukraine, il y aura une plate-forme d’investissement souverain de l’Ukraine, il y aura un Fonds de développement de l’Ukraine, un Fonds de croissance et d’opportunités de l’Ukraine. Nous prévoyons qu’il y ait spécifiquement un Fonds de reconstruction d’investissements américano-ukrainiens.
https://www.kyivpost.com/post/67047
Cette annonce a été faite sur le compte Telegram du président ukrainien, qui évoque essentiellement une aide américaine, mais les besoins financiers pour la reconstruction du pays sont chiffrés à 700-800 milliards :
Les principaux aspects et orientations sont nos objectifs nationaux, l’espérance de vie, le retour des réfugiés, le PIB par habitant, les nouveaux emplois, les garanties de sécurité, puis l’accès aux marchés et l’adhésion à l’Union européenne. Nous avons des objectifs et des stratégies de stabilité macroéconomique. Nous estimons que nous avons besoin d’environ 700 à 800 milliards pour la reconstruction.
https://t.me/V_Zelenskiy_official/17464
Un accord a-t-il été trouvé comme le suggère le président Orbán ?
Politico a confirmé à son tour vendredi l’existence d’un document de 18 pages formalisant « un plan décennal [Road Prosperity Map] pour garantir la reprise de l’Ukraine avec une voie accélérée vers l’adhésion à l’UE ». Le journal précise que la Commission européenne l’aurait transmis aux pays membres de l’UE avant le sommet extraordinaire des dirigeants organisé jeudi soir dernier autour de la question de l’Arctique, en réponse au chantage tarifaire exercé par le président américain dans le cadre de son projet d’annexion du Groenland. Bien que la question de l’Ukraine n’ait pas été inscrite à l’ordre du jour de ce sommet, dédié spécifiquement à l’évolution de « la relation transatlantique », Politico assure que le document aurait été abordé selon des sources diplomatiques confidentielles. Il précise :
Au cours des 10 prochaines années, l’UE, les organismes financiers américains et internationaux, y compris le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, se sont engagés à dépenser $ 500 milliards de capitaux publics et privés, indique le document.
La Commission a l’intention de dépenser encore € 100 milliards pour Kiev grâce à l’appui budgétaire et aux garanties d’investissement, dans le cadre du prochain budget de sept ans du bloc à partir de 2028. Ce financement devrait débloquer € 207 milliards d’investissements pour l’Ukraine.
L’article ne mentionne pas, en revanche le volet de 700 milliards d’euros d’aide militaire évoqué par Viktor Orbán. Si tel est le cas, il est permis de s’interroger sur la logique poursuivie par l’UE.
Quel banquier accorde un prêt non remboursable de 700 milliards à un pays dont l’équipe dirigeante est convaincue d’avoir mis en place un système de détournement de fonds à une échelle industrielle, pour financer une guerre où tout ce que ce pays a démontré en quatre ans est son impuissance à repousser son ennemi et son incapacité à mener à bien une seule offensive, malgré des pertes humaines vertigineuses ?
Si la décision a été prise le 22 janvier, la pilule a probablement été amère pour les dirigeants européens, caricaturés et conspués lors du Sommet de Davos où le président Zelenksy était venu rappeler l’existence de l’Ukraine, éclipsée par une triple actualité internationale polarisée autour de l’Amérique du Sud, de l’Arctique et de l’Iran. Il a blâmé de manière agressive la faiblesse des Occidentaux concernant la flotte fantôme russe ou l’utilisation des 300 milliards d’avoirs russes gelés, et les a exhortés à s’inspirer de l’intervention américaine au Venezuela en s’indignant que Vladimir Poutine soit aujourd’hui en liberté.
Le président Trump a mené une opération au Venezuela et Maduro a été arrêté. Les avis divergeaient à ce sujet, mais le fait est que Maduro est actuellement jugé à New York. Désolé, mais ce n’est pas le cas de Poutine. La plus grande guerre que l’Europe ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale a commencé il y a quatre ans, et l’homme qui l’a déclenchée n’est pas seulement libre, il continue de se battre pour récupérer son argent immobilisé en Europe. Et vous savez quoi ? Il obtient un certain succès. C’est vrai.
C’est Poutine qui tente de décider comment les avoirs russes gelés doivent être utilisés, et non ceux qui ont le pouvoir de le punir pour cette guerre. Heureusement, l’UE a décidé de geler les avoirs russes pour une durée indéterminée, et je lui en suis reconnaissant. […] Mais lorsque le moment est venu d’utiliser ces avoirs pour se défendre contre l’agression russe, la décision a été bloquée.
L’Europe adore discuter de l’avenir, mais évite d’agir aujourd’hui, en menant des actions qui seront déterminantes pour notre avenir. C’est là le problème. Pourquoi le président Trump peut-il empêcher les pétroliers de passer sous le couvert de la nuit et saisir le pétrole, mais pas l’Europe ?
Pour rappel, l’UE a déboursé 193,3 milliards d’euros depuis le début du conflit, auxquels s’ajoutent les 90 milliards de prêt de soutien, approuvé le 18 décembre dernier par le Conseil européen. Pour quels résultats ?
Invité à commenter son entrevue avec Donald Trump qui ne s’est conclue par aucun accord, Zelensky a botté en touche pour tenter de dissimuler sa déception. Il a commenté « l’ampleur des pertes russes » pour suggérer que l’Ukraine, actuellement au bord du collapse énergétique, était plus que jamais en situation de gagner la guerre, mais en avançant des chiffres totalement délirants, puisque les échanges de corps depuis le début du conflit révèlent des pertes 30 à 78 fois plus élevées côté ukrainien.
Si Viktor Orbán a raison, nous savons désormais quelle est l’épaisseur réelle du papier à cigarettes qui sépare l’Ukraine d’une victoire contre la Russie, en l’occurrence 700 milliards d’euros.