L'Ukraine sans filtre

Équipe Le Point Critique | 24 octobre 2026

« Nous ne nous appartenons plus », une députée de la Rada brise le mythe de l’indépendance de l’Ukraine

Une députée ukrainienne explique que l’Ukraine a de fait perdu son indépendance et qu’elle est gouvernée par des entités étrangères. Dans une interview plus ancienne, elle estime que l’ampleur de la corruption suggère que quelqu’un « est en train de démanteler de manière très délibérée l’État ukrainien ».

Anna Skorokhod, 2025

C’est un secret de polichinelle, mais le fait qu’il soit formulé par une députée ukrainienne interdit de le qualifier de « théorie du complot ». Lors d’une interview accordée le 15 octobre à la journaliste ukrainienne Lana Shevchuk, la députée de la Verkhovna Rada (Rada suprême), Anna Skorokhod, élue en 2019 sous l’étiquette du parti présidentiel (Serviteur du peuple) dont elle a été exclue quelques mois plus tard, a expliqué que l’Ukraine avait perdu la maîtrise de son destin, qu’elle accuse d’être piloté par des puissances étrangères et des oligarques :

Nous ne nous appartenons plus. Nous sommes une république bananière, dirigée de toutes parts. Toutes nos entreprises stratégiques sont gérées par des étrangers. Nos juges sont nommés par des étrangers, nos douanes sont dirigées par des étrangers, tout comme notre administration fiscale. Si l’on passe en revue toutes les institutions, on constate que tout le monde est nommé par des étrangers, à l’exception du président et de la Rada suprême. Et encore, on pourrait même se demander si ces derniers ne sont pas, eux aussi, désignés par des partenaires, des oligarques, etc. C’est la vérité. Car nous savons tous pertinemment que, derrière chaque force politique, il y a quelqu’un. Soit il s’agit d’hommes d’affaires puissants et autonomes qui, par le passé, ont mis la main sur des usines, des navires et tout le reste. Vous savez ce qu’on dit : chez nous, le choix (la démocratie) n’existe que sur le papier. En réalité, elle a disparu depuis longtemps. Nous ne nous appartenons plus.

Interrogée sur les raisons et les conséquences de la dégradation de la relation entre l’Ukraine et les États-Unis, elle a rappelé que Volodymyr Zelensky s’était immiscé dans la dernière campagne présidentielle pour tenter de faire échouer l’élection de Donald Trump (1 : 39).

Concernant le durcissement de sa rhétorique à l’encontre du président américain, observé à l’issue de chacun de ses déplacements à Londres, en violation avec les intérêts de l’Ukraine dont Volodymyr Zelensky reconnaît qu’elle est absolument vitale pour son pays, Anna Skorokhod interprète cette contradiction de la manière suivante : l’Ukraine et le Royaume-Uni ont conclu en janvier 2025 un traité de coopération de 100 ans dont les détails restent classifiés, et qui inclurait potentiellement l’octroi au président ukrainien de garanties puissantes en échange d’une poursuite de la guerre, notamment l’assurance de son maintien en poste. Ces garanties expliqueraient pour partie que Volodymyr Zelensky assume avec autant d’aplomb la poursuite des frappes contre les sites énergétiques russes malgré l’injonction américaine d’y mettre un terme.

C’est dans ce contexte qu’Anna Skorokhod a répondu en élargissant son propos : il n’y a en réalité pas de « secret » à dévoiler, car l’Ukraine est de notoriété publique sous contrôle extérieur.

De nombreux historiens et politologues expliquent que le soulèvement du Maïdan en 2014, où l’Ukraine a rompu tout lien avec la Russie pour embrasser son destin européen, fut un coup d’État piloté par l’Occident, avec le soutien de groupes armés néonazis, dont le célèbre bataillon Azov. Bien que cette version soit inaudible aujourd’hui, l’implication d’éléments fascistes a été confirmée lors du procès des événements de l’Euromaïdan, celle des États-Unis ayant quant à elle été détaillée publiquement en 2016 par l’ancienne secrétaire d’État Victoria Nuland, qui fut qui était en 2014 l’une des figures américaines les plus actives sur le dossier ukrainien[1] :

L’aide américaine a été essentielle à tous ces efforts. […] Des conseillers américains sont présents dans près d’une douzaine de ministères et collectivités ukrainiens, et aident à fournir des services, éliminer la fraude et les abus, améliorer la collecte des impôts et moderniser les institutions ukrainiennes.

Le Bureau national anticorruption d’Ukraine (NABU) fut créé dans ce contexte en avril 2015. Il détient aujourd’hui des centaines d’heures d’écoute accablantes documentant un vaste système de corruption dans lequel seraient impliqués les plus proches collaborateurs de Volodymyr Zelensky, dont Anna Skorokhod soutient dans d’autres interviews que son propre nom figure sur ces bandes :

8 : 26 – Vous savez, comme on l’a vu partout, Yarmak n’apparaît pas sur les enregistrements, n’est-ce pas ? On n’entend pas la voix de Yarmak, même si tout le monde sait qu’il est là, tout comme le président. Tout le monde comprend cela.

https://www.youtube.com/watch?v=2sJJH2l4B5g

L’interview a eu lieu en novembre 2025. Elle y explique pourquoi il est de plus évident selon elle, compte tenu de l’ampleur de la corruption en Ukraine qui interdit à l’aide occidentale d’atteindre son objectif, qu’une personne ou un groupe de personnes cherche à détruire méthodiquement le pays. Est-ce la mission de Volodymyr Zelensky ?

1 : 14 – J’ai été surprise par l’ampleur du phénomène. Là, j’ai vraiment été, c’est le moins qu’on puisse dire, sous le choc. Mais étant donné que […] ce n’est que la toute petite pointe de l’iceberg et qu’il y a énormément d’enregistrements – et ces enregistrements ne concernent pas seulement ces personnes, mais aussi beaucoup d’autres issues de différentes entreprises, de différents ministères, de différentes agences, de différentes administrations militaires. Il y a même des juges, des procureurs, ainsi que des représentants du SAPO, de la NAZK, du NABU, etc. Et donc, compte tenu de tout cela et compte tenu de ce qu’on m’a montré et raconté, eh bien, il me semble que quelqu’un est en train de démanteler de manière très délibérée l’État ukrainien.

https://www.youtube.com/watch?v=2sJJH2l4B5g

Dans sa toute dernière intervention, le 23 octobre, elle confirme ce que chacun a compris aujourd’hui : le président ukrainien est aujourd’hui le principal obstacle à la paix et à l’organisation de nouvelles élections, aucun des membres de son administration n’ayant intérêt à ce que la guerre se termine :

La fin de la guerre, dont ils cesseraient de profiter, n’est pas rentable pour eux. De plus, il y aura la question de leur réélection. Et s’ils ne sont pas réélus, où iront-ils ? Qui arrivera au pouvoir ? Et viendront-ils après eux ou non ? Mais ici, tu peux être éternel, tu comprends ? Éternel en guerre.

Bienvenu au cœur du Deep State, dont la paternité du concept est traditionnellement attribuée à l’universitaire Peter Dale Scott, et dont l’ennemi autoproclamé, en 2026, s’appelle Donald Trump.


Note

[1] Dans un appel téléphonique de février 2014 où elle discute de la composition du futur gouvernement ukrainien, elle commente en ces termes la future réaction des Européens : « Fuck the EU ».

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