Correctif

Équipe Le Point Critique | 17 octobre 2026

Le secrétaire général de l’OTAN dément tout projet d’attaque immminente de la Russie contre un pays de l’Alliance

Mercredi, lors d’un déplacement dans la capitale estonienne, le secrétaire général de l’OTAN a démenti à quatre reprises les craintes d’une attaque de la Russie contre les alliés de l’Ukraine. Il a en ce sens confirmé les déclarations du chef suprême de l’OTAN, qui a tenu à préciser lundi, en réponse à des critiques de plus en plus bruyantes, que « l’OTAN ne cherche la guerre avec personne ».

Mark Rutte, secrétaire général de l'OTAN, Talllnn (Estonie), le 14 octobre 2026

Le 14 octobre 2026, lors d’une conférence organisée à l’université de technologie de Tallinn (TalTech), le secrétaire général de l’OTAN a contredit les états-majors occidentaux qui affirment depuis un an que la Russie plannifie une attaque contre les pays de l’Alliance, voire qu’elle aurait pour projet d’envahir l’Europe. À trois reprises, Marc Rutte a confirmé sans la moindre ambiguïté que l’OTAN n’identifiait aucune velléité d’agression militaire de la part de la Russie, en précisant que l’Alliance ne se préparait pas à une telle éventualité.

5 : 44 – Je tiens à être très clair. Il n’y a aucune menace militaire imminente pesant sur le territoire de l’OTAN. S’il devait y avoir un renforcement des effectifs comme celui observé avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, nous le remarquerions et nous y ferions face. Nous sommes prêts et nous nous sommes entraînés à cette éventualité ; c’est pourquoi Poutine ne nous attaque pas directement, mais mène à la place une campagne d’attaques hybrides contre nous.

À nouveau à la fin de son intervention, où pour la première fois, il a tiré les conclusions de l’affirmation ressassée par les généraux et les chefs de gouvernement occidentaux, selon laquelle la Russie serait en train de subir une défaite humiliante en Ukraine :

13 : 40 – Nous traversons une période grave. La Russie attaque brutalement l’Ukraine. Elle harcèle l’Europe par des attaques hybrides. Et elle reste une menace à long terme pour l’OTAN. Mais nous devons garder à l’esprit qu’elle agit ainsi non pas parce qu’elle est forte, mais parce qu’elle est faible. Non pas parce qu’elle est en train de gagner, mais parce qu’elle est désespérée. Et tant que nous resterons solidaires, unis au sein de l’OTAN, nous serons plus forts que n’importe quelle menace qu’elle pourrait faire peser.

Il l’a répété une troisième fois (15 : 37) lors des questions posées par la presse à l’issue de cette intervention (« permettez-moi de commencer par dire que si nous nous trouvions dans une situation de conflit avec la Russie ») et lors d’une conférence de presse conjointe organisée le même jour avec le Premier ministre estonien (13 : 57). Il a alors reconnu à demi-mot que riposter à une prétendue attaque de la Russie reviendrait à commettre un acte d’agression et à rentrer unilatéralement en guerre contre Moscou :

Comment évaluez-vous les menaces ? La Russie est-elle assez imprudente pour envisager d’attaquer l’un des pays de l’OTAN ?

Nous ne le pensons pas et nous ne voyons aucune menace imminente pesant sur le territoire de l’OTAN ; si nous constations un renforcement des effectifs, nous y réagirions. Mais le message du général Alexus Grynkewich, commandant en chef suprême, dans son discours de lundi, était tout à fait clair : nous défendrons chaque pouce de territoire allié. […]
Mais il a également clairement indiqué qu’il s’agit d’une alliance défensive. Nous ne lancerons jamais, au grand jamais, d’attaque contre qui que ce soit, car cela ne sert pas nos intérêts. Nous sommes une alliance défensive. Nous voulons protéger notre mode de vie, nos intérêts, nos valeurs, nos cultures, nos pays. C’est pour cela que nous sommes ici, et non pour attaquer qui que ce soit.

Pourtant, en France, aucun média dit « mainstream » n’a relayé l’information. Le journal Le Monde a commenté dans deux articles la déclaration du général Alexus Grynkewich le 12 octobre à Varsovie, dans laquelle le chef suprême de l’OTAN a exposé sa « théorie de la victoire » en cas d’attaque russe, en précisant :

Je n’évalue pas qu’un conflit soit imminent ou inévitable. Il ne l’est pas.

Le Monde reprend cette déclaration dans l’un de ses articles, mais il insiste principalement sur les garanties de victoire que l’OTAN revendique, de manière contradictoire, en cas d’attaque de la Russie, en contrebalançant la mise au point du général Grynkewich par une déclaration beaucoup plus alarmiste du chef des renseignements militaires danois, et en expliquant que la menace se serait intensifiée depuis cette intervention.

Un point reste toutefois confus dans les déclarations de l’OTAN : si c’est parce que la Russie est « désespérée » d’échouer en Ukraine, comment peut-elle représenter une menace certaine à court ou moyen terme pour une alliance formée de 32 pays, et pourquoi est-il si important de rappeler à Kiev que ses alliés ne l’abandonnent pas, face à une mort jugée inéluctable par le président ukrainien sans une nouvelle aide de 70 milliards pour l’année 2027 ?

A contrario, comment penser que la Russie ne représente pas au contraire une menace bien plus grande que celle imaginée initialement par l’OTAN, dont les représentants des 32 pays se sont rendus à Kiev début octobre pour évaluer la situation sur le front, si l’Ukraine a réellement besoin aujourd’hui de porter son effort de guerre à 155 milliards d’euros, soit plus du triple de ses besoins, estimés à 45 milliards sur la même période dans le cadre du prêt de 90 milliards acccordé en mai dernier par l’UE ? Que s’est-il passé en l’espace de cinq mois qui soit compatible avec un effondrement de la Russie sur le front ?

La réponse est fournierpar le Pr John Mearsheimer (Université de Chicago,) considéré comme l’un des plus éminents spécialistes des relations internationales dont l’analyse du conflit ukrainien permet d’expliquer l’embarras qui s’exprime aujourd’hui à travers les contradictions de l’OTAN :

Le 8 octobre 2026, […] j’ai souligné que l’OTAN est profondément impliquée dans la guerre, mais que l’OTAN et l’Ukraine qui travaillent ensemble ne peuvent pas vaincre la Russie. Comme je l’ai longtemps soutenu, la Russie va remporter une victoire laide, tandis que l’Ukraine finira par un état de croupe dysfonctionnel.
Les développements récents sur le champ de bataille, en Europe, au sein de l’administration Trump et à l’intérieur de l’Ukraine elle-même renforcent mon argument selon lequel la position de l’Ukraine se détériore régulièrement alors que celle de la Russie se renforce.

https://mearsheimer.substack.com/p/nato-wont-quit-and-wont-win

Si le Pr Mearsheimer a raison, comme le pense l’ensemble des analystes indépendants – y compris l’ex-directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme des États-Unis, pour qui les intentions de la Russie (dont les capacités militaires ne lui permettent ni de marcher sur Paris ou Berlin, ni de reconstituer l’empire soviétique) sont essentiellement défensives – quel sens y a-t-il encore à abreuver l’Ukraine de milliards qu’elle ne remboursera jamais et que l’Union européenne n’a pas, sauf à aller les chercher au plus profond des poches de ses ressortissants ?

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