Provocation
Zelensky ponctue un hommage aux victimes de Babi Yar par le cri de guerre des auteurs qui participèrent à ce massacre
Volodymyr Zelensky a commémoré le 29 septembre le massacre de Babi Yar, où près de 34 000 milliers de juifs furent massacrés il y a 85 ans dans un ravin situé dans la banlieue de Kiev, lors de l’épisode sanglant de la Shoah par balles. Il a ponctué cet hommage par le tristement célèbre cri de guerre de l’OUN, dont le nom est ironiquement associé à ce massacre : Slava Ukraini!

Le président ukrainien a déposé le 29 septembre une gerbe sur la stèle érigée en mémoire des victimes du massacre de Babi Yar, considéré par les historiens comme l’une des plages les plus sombres de l’Holocauste, en rappelant l’importance « de s’opposer au mal et aux régimes qui n’accordent aucune valeur à la vie humaine ».
Il a pris soin d’élargir cet hommage aux nationalistes ukrainiens assassinés à Babi Yar entre 1941 et 1943, en omettant de rappeler que le massacre des 29 et 30 septembre fut perpétré essentiellement par des soldats allemands de la Wehrmacht et de la Waffen-SS, mais en collaboration étroite avec des bataillons de police ukrainiens qui ont encadré et conduit les victimes.
Pourtant.
C’est le même président qui a organisé, en mai et en août dernier, la réinhumation deux anciens collaborateurs nazis, respectivement fondateur et dirigeant historiques de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), Yevhen Konovalets et Andriy Melnyk.
C’est le même président qui fit inscrire le directeur du Centre mondial du souvenir de l’Holocauste (Yad Vashem) sur la liste des ennemis de l’Ukraine (Myrotvorets), au lendemain de la réinhumation d’Andriy Melnyk, pour avoir publiquement estimé que cet événement soulevait de « sérieuses préoccupations ».
C’est le même président qui soumit le 28 juin au parlement ukrainien le projet de création d’un Panthéon national destiné à accueillir la dépouille de ces « héros ». Les restes de Konovalets et Melnyk devraient y être transférés dès sa création.
C’est le même président qui signa le 26 mai un décret accordant à un régime du corps d’élite des forces armées ukrainiennes le titre de « Héros de l’UPA », l’Armée insurrectionnelle ukrainienne fondée par l’OUN à l’origine du massacre de plus de 100 000 civils polonais en Volhynie et en Galice orientale durant l’Holocauste.
C’est le même président qui menacera de représailles les Polonais quelques jours avant la Journée nationale de commémoration du massacre de Volhynie, par la voix de son chef de cabinet, Kyrylo Budanov.
C’est le même président qui revendiquera le droit absolu de l’Ukraine à choisir « quels héros [elle devrait] honorer », en présentant la collaboration entre les fondateurs de l’OUN et le IIIe Reich comme une simple alliance stratégique, contrairement à ce qu’indique explicitement l’Acte de restauration de l’État ukrainien :
3. L’État ukrainien nouvellement formé travaillera en étroite collaboration avec le national-socialisme de la Grande Allemagne, sous la direction de son chef, Adolf Hitler, qui veut créer un nouvel ordre en Europe et dans le monde et aide les Ukrainiens à se libérer de l’occupation soviétique. L’Armée révolutionnaire populaire ukrainienne, qui a été formée sur les terres ukrainiennes veut continuer à se battre avec l’armée allemande alliée contre l’occupation moscovite pour un État souverain et uni et un nouvel ordre dans le monde entier.
Vive la Souveraineté de l’Ukraine-Unie !
Vive l’Organisation des nationalistes ukrainiens !
Vive le leader de l’Organisation des nationalistes ukrainiens et le peuple ukrainien – Stepan Bandera.
Gloire à l’Ukraine !
Or, c’est précisément à ce texte que se réfère aujourd’hui le président ukrainien dans son projet de refondation de l’identité ukrainienne, et plus généralement dans l’ensemble de ses prises de parole, systématiquement ponctuées par le même slogan, qui était le cri de guerre de l’OUN : Слава Україні. L’historienne Marta Havryshko, juive ukrainienne, rappelle en effet qu’il s’agit d’un « slogan fasciste formellement utilisé par la clandestinité nationaliste de l’OUN et de l’UPA », et accompagné selon le rituel prescrit d’un salut de type nazi.
Elle signale aujourd’hui que le président ukrainien a ponctué son hommage par ce slogan, que les miliciens ukrainiens forçaient les victimes juives à répéter en accomplissant un salut fasciste, lors du pogrom de Lviv perpétré durant l’été 1941.
Si des membres de la faction melniste de l’OUN (OUN-M) ont eux-mêmes été fusillés à Babi Yar en 1942, après le retournement du régime nazi contre leurs anciens auxiliaires et leurs velléités d’indépendance, la participation des membres d’une unité militaire nationaliste ukrainienne proche de l’OUN-M (le détachement de Bucovine) aux massacres des 29 et 30 septembre 1941 est alléguée par certains historiens.
S’agit-il d’un simple contresens historique ou d’une énième provocation de la part d’un régime auquel les dirigeants occidentaux, au premier rang desquels le chancelier allemand Merz, petit-fils de nazi assumé, ont offert un blanc-seing ?
La même « faute de goût » a été commise par Kyrylo Budanov, qui a commenté l’événement depuis son compte X en ponctuant son message par le traditionnel Слава Україні!
Marta Havryshko dénonce une « instrumentalisation politique de l’une des plus grandes tragédies de l’histoire juive » et une « hypocrisie grotesque » en rappelant que :
- c’est sous le mandat de Budanov à la tête du renseignement ukrainien (HUR) qu’a émergé le Corps des Volontaires russes (RDK), un bataillon fondé par le néonazi Denis Nikitine, interdit d’entrée dans l’espace Shengen en raison de sa filiation idéologique ;
- c’est encore sous son mandat qu’a été créé en 2023 le Corps des volontaires allemands, une unité d’élite entraînée et encadrée par le RDK, aujourd’hui intégrée au 49e bataillon d’assaut Karpatska Sitch dirigé également par un néonazi, Stefan Kind ;
- c’est à nouveau sous son mandat qu’une collaboration a été conclue entre le HUR et la marque de vêtements Sva Stone, qui signifie svastika en argot slave. Elle commercialise depuis 2020 et a réédité en juillet 2026 une collection de T-shirts célébrant la division Waffen-SS Galicie, assortie d’un slogan tiré d’une chanson d’un groupe néonazi (Sokyra Peruna) glorifiant les exploits de la division et le chanteur principal du groupe, Arsenii Bilodub, serait un officier d’Azov.
Pour ceux qui ne connaissent pas l’idéologie de la mouvance Azov, les visuels utilisés par les éléments qui la composent ou qui lui sont affiliés parlent d’eux-mêmes : le lion de la division Waffen-SS Galicie, également utilisé par l’organisation ultranationaliste Halytska Molod, le Wolfsangel symbolisant la division SS Das Reich, les grenades à manches (Stielhandgranaten) utilisées par la brigade SS Dirlewanger, jusqu’à son propre insigne, directement inspiré de la double rune Sieg.
Que de coïncidences malheureuses !








