Cyniquement vôtre
Quand Zelensky ironisait sur le devoir militaire qu’il n’a jamais accompli
Un sondage récent sur les préoccupations des Ukrainiens place les pratiques des agents de recrutement dans le cadre de la mobilisation forcée devant la situation sur le front. Le journaliste ukrainien Anatolii Sharii rappelle à l’occasion de la publication de ce sondage que Volodymyr Zelensky n’a jamais effectué son service militaire, malgré plusieurs convocations reçues en 2014, qu’il aurait systématiquement ignorées.

L’information a été divulguée initialement en 2019 par la presse ukrainienne, en pleine campagne présidentielle. Selon le journal Ukrinform, Volodymyr Zelensky aurait reçu quatre convocations successives pour rejoindre les rangs de l’armée au lendemain du déclenchement de l’opération antiterroriste dans le Donbass et de l’annonce de la conscription le 14 avril 2014 : le 15 avril, le 23 juin et le 15 août 2014, puis à nouveau le 10 mai 2015.
Le 19 juin 2019, soit deux mois après l’élection de Volodymyr Zelensky, le ministère de la Défense démentira sa réponse initiale, mais en confirmant que le nouveau président était bien inscrit et jugé apte pour le service militaire, qu’il n’avait pas exécuté, sans expliquer pourquoi il n’aurait pas été mobilisé.
La publication du tweet d’Anatolii Sharii a fait réapparaître sur les réseaux sociaux une vidéo de 2014 montrant Volodymyr Zelensky hilare, un micro à la main, lisant à voix haute un papier présenté comme une convocation militaire :
Je lis la convocation… Normal ! « Citoyen Volodymyr Zelensky, vous êtes soumis à l’appel au service militaire par mobilisation, immédiatement. En lien avec cet appel, vous avez le droit de choisir n’importe quelle unité pour effectuer votre service. »
Sur d’autres vidéos, Zelensky dit se réjouir à l’idée de rejoindre « l’unité de Youzik » – le surnom de Youri Koriavtchenkov, ami de longue date du président ukrainien et ancien directeur administratif de son studio de production (Kvartal 95). Aujourd’hui député du parti Serviteur du peuple, fondé par Volodymyr Zelensky, il serait actuellement en Espagne où il se serait enfui en mars dernier au lendemain de son audition par le Bureau anticorruption ukrainien dans le cadre d’une enquête sur des achats de vote.
En octobre 2019, le studio Kvartal 95 a prétendu qu’il ne s’agissait pas d’une convocation officielle, mais d’une simple « blague ». Toutefois, on peut légitimement douter que les Ukrainiens soient sensibles à cette forme d’humour. Pour rappel, Zelensky a été élu en avril 2019 principalement pour mettre fin à la corruption et à la guerre dans le Donbass – ses deux engagements majeurs de campagne. Puis tout s’est inversé en octobre 2019, avec cette déclaration historique où l’improbable élection d’un comédien russophone, vantant sur la place Rouge l’amitié éternelle entre la Russie et l’Ukraine, a enfin pris son sens :
À partir de ce jour, nous avons un état militaire, nous irons en guerre, notre armée est prête. Nous ferons la guerre au Donbass.
Zelensky estimait-il réellement en 2014 qu’il n’était pas concerné par la guerre devenue existentielle cinq ans plus tard ?
Si cette version est correcte, elle est inaudible aujourd’hui pour les milliers d’Ukrainiens capturés quotidiennement en pleine rue ou à leur domicile dans le cadre de la mobilisation, et dont les agents de recrutement monnaient l’exemption selon une grille aujourd’hui tarifée. Ceux qui n’ont pas les moyens de payer les milliers de dollars exigés pour échapper à leur incorporation sont conduits menottés, dans des cages, sur la ligne de front, communément appelé le « hachoir à viande », dont la plupart ne reviendront jamais.
Bien que le président ukrainien ait condamné (du bout des lèvres) ces enlèvements dont les images inondent les réseaux sociaux, le phénomène, baptisé « busification » par les Ukrainiens n’a fait que s’amplifier depuis deux ans, avec la perspective désormais de plus en plus probable de son extension aux femmes et de son élargissement hors des frontières de l’Ukraine[1].
Les observateurs sont désormais de plus en plus nombreux à considérer que le principal obstacle à la paix est le président ukrainien. C’est en particulier ce qu’affirme son ancienne porte-parole, Iuliia Mandel, aujourd’hui sanctionnée et menacée par Kiev, qui a réussi à obtenir que Bruxelles lui interdise l’entrée au Parlement européen, où elle avait été invitée par l’AFD pour expliquer la véritable nature du régime ukrainien (voir sa précédente interview accordée au journaliste Tucker Carlson.
Zelensky sait parfaitement que le vent a tourné, comme l’explique une partie de la presse étrangère (Die Weltwoche, Die Berliner Zeitung, The American Conservative, The Foreign Policy…). Le 24 septembre 2026, dans un podcast du Wall Street Journal, il disait espérer, à l’issue de son mandat, pouvoir marcher dans la rue en Ukraine « sans que personne ne veuille le tuer ou le haïr ». Preuve que cette inquiétude n’est pas simplement rhétorique, un projet de loi est en cours d’examen au Parlement visant à offrir une protection à vie au président ukrainien et à sa famille, sauf en cas de destitution ou de condamnation à une peine de prison, et à offrir une protection similaire pendant cinq à dix ans à plus de 5 000 membres de son administration.
Le fait que Zelensky ait pu s’affranchir de ses obligations militaires peut sembler être une question anecdotique ou futile. Pourtant, un sondage récent démontre que les enlèvements de civils dans le cadre de la mobilisation aujourd’hui sont une source de préoccupation plus puissante (la cinquième citée) que la situation sur le front, qui n’arrive qu’en septième position, très loin dernière la corruption, citée comme la préoccupation numéro 1 des Ukrainiens.
Note
[1] Volodymyr Zelensky a obtenu fin juin de Bruxelles et de l’ensemble de ses alliés, à l’exception de la Hongrie, la fin du régime de protection dont bénéficiaent jusqu’à présent les citoyens ne pouvant exercer en Ukraine leur droit au statut d’objecteur de conscience.








