Doigt d’honneur

Équipe Le Point Critique | 20 septembre 2026

Ukraine first, le nouveau mantra occidental

Benjamin Haddad a confirmé cette semaine que la France excluait de réduire son soutien financier à l’Ukraine au motif qu’une telle décision serait contraire à l’intérêt des Français. Le Gouvernement estime en même temps qu’une baisse des taxes sur le carburant est actuellement inenvisageable en raison de l’asphyxie des finances publiques. Jusqu’où envisage-t’il de pousser la provocation ?

Benjamin Haddad

Alors que des difficultés économiques sans précédent se profilent sur l’ensemble du continent européen, les principaux alliés de l’Ukraine, sous l’impulsion de la France et de l’Allemagne, continuent de marteler que rien ne saurait ébranler leur détermination à soutenir financièrement et militairement Kiev, y compris l’impensable perspective d’une défaite, pourtant aujourd’hui actée par la presse anglo-saxonne.

Garder le cap quoi qu’il en coûte

Fin août, la Coalition des volontaires avait réaffirmé son engagement sans faille à accroître le soutien militaire à l’Ukraine, lors d’un déplacement à Kiev marqué par l’annonce conjointe de la France et du Royaume-Uni d’autoriser le transfert des licences de production pour les missiles de croisière SCALP-EG/Storm Shadom.

L’Allemagne (et dans une moindre mesure l’Italie) ne cesse de marteler le même message depuis quinze jours, pour partie en réaction à la victoire historique de l’Alternative für Deutschland (AfD) lors des élections régionales du 6 septembre en Saxe-Anhalt, où elle l’a remporté le land par 44 % des voix vs 17,2 % pour la CDU. La formation de Friedrich Merz s’attend à une nouvelle défaite encore plus cinglante en Mecklembourg–Poméranie-Occidentale, où elle pourrait échouer à atteindre le seuil fatidique des 5 % lors du scrutin du 20 septembre.

Bien que le chancelier allemand, dont la cote de popularité est aujourd’hui estimée à 10-14 %, reconnaisse que le soutien à Kiev est un des premiers griefs des électeurs de l’AFD (dont le programme inclut par ailleurs la suspension du partenariat stratégique d’armement entre l’Allemagne et l’Ukraine et la relance du commerce énergétique avec Moscou), il a confirmé le 7 septembre que ce vote ne remettait aucunement en question le soutien militaire et financier de l’Ukraine : « Je ne m’écarterai même pas d’un millimètre de ma conviction fondamentale que nous devons défendre notre liberté, surtout maintenant, contre la Russie », accusée de vouloir « déstabiliser le système de valeurs » occidental.

Il a réaffirmé la même détermination le 14 septembre en Finlande, et à nouveau le 17 septembre, lors d’un meeting de la CDU à Berlin, en réponse aux critiques du Premier ministre de Saxe, Michael Kretschmer, qui qualifie d’« énorme erreur » l’implication directe de l’Allemagne dans le conflit et préconise une reprise du dialogue avec Moscou autour de l’approvisionnement en gaz russe. Le chancelier allemand appelle désormais les autres membres de l’UE, de concert avec le Danemark, les Pays-Bas, l’Autriche et la Finlande, à un engagement plus fort en faveur de l’Ukraine qu’il estime « approprié et urgent ».

Se suicider économiquement pour l’Ukraine ? Même pas peur

Mertz, Burnham, Meloni… tous considèrent de fait que le soutien à l’Ukraine n’est pas négociable, y compris dans le contexte international provoqué par l’aggravation de la crise énergétique liée à la situation au Proche-Orient[1], qui menace désormais directement les économies européennes, en particulier l’Allemagne et la France, où l’ensemble des indicateurs économiques est désormais dans le rouge (croissance, déficit, dette publique, taux d’intérêt, inflation, pouvoir d’achat, chômage, consommation, investissements, faillites/endettement des entreprises…).

Pourtant, c’est Paris qui a exprimé avec le plus de clarté le dogme occidental, par la voix d’Emmanuel Macron[2] et plus explicitement encore par celle de Benjamin Haddad. Mardi, le ministre délégué chargé de l’Europe a tenté d’expliquer au micro de BFM, pourquoi le fait de réduire les aides à l’Ukraine reviendrait à « aller contre les intérêts de la France » :

Ce serait aller contre les intérêts de la France. Ce serait aller contre les intérêts de sécurité des Français, contre l’engagement de notre pays aux côtés de nos partenaires et de nos alliés. […] Oui, ce serait irresponsable. Et ce serait surtout dangereux, dangereux pour la sécurité des Français.

Bien que le ministre présente la stratégie de réarmement national et de soutien à l’Ukraine comme une simple réaction aux velléités agressives de Moscou à l’endroit de l’Europe, ces différentes déclarations confirment que la coalition occidentale a totalement fusionné avec la « cause ukrainienne ».

Tout se passe comme si les chancelleries occidentales, notamment la Pologne qui affirme de plus en plus bruyamment qu’elle serait la première à intervenir en cas d’agression d’un des pays membres de l’OTAN, avaient intériorisé un futur affrontement avec la Russie et s’assumaient aujourd’hui de plus en plus explicitement comme cobelligérantes, non pas dans le cadre de l’actuel conflit, mais dans celui qu’elles ont prophétisé.

Pourtant, ni l’hypothèse d’un affrontement inéluctable avec la Russie ni celle de la capacité de l’Ukraine à défendre l’Europe dans une telle configuration ne survivent à une analyse lucide et indépendante.

Sur le premier point, le général américain Alexus G. Grynkewich, commandant suprême des forces alliées en Europe à l’OTAN, a déclaré le 11 juin dernier que la Russie n’avait aucune intention d’attaquer l’Europe, ainsi que le martèle Moscou et que le suggère logiquement son enlisement dans le conflit, et comme l’affirmait à son tour le président de la Finlande, fin août :

J’ai suivi de très près le renseignement. La Russie ne recherche pas le conflit. […] Ils comprennent le terme « alliance défensive » et ils comprennent que nous disposons d’un certain nombre d’avantages asymétriques.

Le ministère polonais des Affaires étrangères a d’ailleurs confirmé l’ineptie de l’hypothèse d’une volonté d’expansion de la Russie, qui ne dispose ni des ressources démographiques pour ouvrir un nouveau front ni de la capacité à étendre son territoire :

Sur le second point, deux articles publiés à dix jours d’intervalle par le journaliste britannique Owen Matthews – L’Ukraine est en train de perdre la guerre et L’optimisme irréaliste n’aide pas l’Ukraine – étrille l’hypothèse sur laquelle se basent les Occidentaux pour convaincre les populations qu’elles doivent se sacrifier économiquement pour l’Ukraine :

L’Ukraine est « progressivement, lentement en train de perdre » la guerre. Ce ne sont pas les mots d’un propagandiste du Kremlin, mais le propre Mykhailo Fedorov ukrainien, le ministre de la Défense récemment licencié.

L’Ukraine d’abord

Peut-on croire que le Gouvernement français a réellement arbitré entre les intérêts des Français et ceux de l’Ukraine ? Selon les chefs de parti présents à la réunion de crise organisée à l’Élysée autour des conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, la question du pouvoir d’achat n’a pas été abordée spontanément par le chef de l’État, contrairement à ce que suggèrent ses déclarations en sortie de séance :

Nous devons agir au niveau européen pour accélérer les travaux de stockage et accélérer les flexibilités possibles pour baisser nos prix d’énergie et maintenir nos capacités et d’importation et de raffinerie.

Moscou l’a encore rappelé il y a quelques jours, comme elle l’a fait au tout début de la crise au Proche-Orient, il suffirait pourtant d’un simple coup de fil pour que l’Europe bénéficie à nouveau d’un gaz russe bon marché. Or ce serait aller contre les intérêts de l’Ukraine, dont la stratégie repose aujourd’hui tout entière sur la destruction méthodique des revenus des hydrocarbures et des capacités de raffinage de la Russie.

Dans ce contexte, choisir de renforcer l’aide à l’Ukraine et affirmer en même temps que l’État se mettrait en danger en réduisant les taxes qu’il perçoit sur le carburant relève donc d’un arbitrage tourné explicitement contre les Français, et non d’une stratégie visant à les protéger. Cet arbitrage est d’autant plus cynique que l’enquête du parquet allemand sur l’attentat contre les gazoducs Nord Stream a confirmé qu’il avait été perpétré par l’Ukraine, avec l’aval de Volodymyr Zelensky.


Notes

[1] Voir la réponse du député Tilman Kuban (CDU/CSU) au Bundestag, le 9 septembre dernier : « Vous voulez que nous recommencions à acheter du gaz russe et que nous remplissions ainsi les caisses de Poutine. C’est justement ce que nous voulons éviter, car lui aussi nous attaque quotidiennement. C’est pourquoi nous ne ferons rien qui puisse continuer à renflouer le trésor de guerre de Poutine. »

[2] Vendredi, le chef de l’État a affirmé : « Le soutien à l’Ukraine est plus que jamais indispensable parce qu’il est la condition de notre sécurité ».

Dernièrement sur Le Point Critique

Ukraine first, le nouveau mantra occidental

Benjamin Haddad
Benjamin Haddad a confirmé cette semaine que la France excluait de réduire son soutien financier à l’Ukraine au motif qu’une telle décision serait…

« Il n’y a aucun lien entre cancer et vaccination », cette tribune signée par 50 oncologues français qui a bien mal vieilli

Cellules immunitaires, anticorps et particules virales.
Le 18 mars 2023, un collectif d’oncologues français publiait une tribune dans laquelle les auteurs réfutent tout lien entre la vaccination contre…

Les vaccins anti-COVID à ARN messager pourraient favoriser le cancer selon 35 mécanismes différents

Siège du laboratoire Pfizer, New York
En juin 2025, nous avons identifié 17 mécanismes par lesquels les injections anti-COVID pourraient induire ou accélérer l’apparition d’un cancer.…

Les nanoparticules du vaccin anti-COVID de Pfizer favoriseraient la formation de métastases chez la souris

Métastases
Des chercheurs chinois ont testé les effets immunomodulateurs des nanoparticules lipidiques destinées à l’administration des futurs vaccins géniques…

Une série de nouveaux documents détaillent les liens entre Fauci, la CIA et le complexe de biodéfense américain

Anthony Fauci, agent de la CIA ?
Le sénateur Rand Paul a mis en ligne le 29 août de nouveaux documents démontrant qu’Anthony Fauci a orienté l’enquête du renseignement américain…

« Détruisez cet e-mail » : comment Fauci a sciemment fabriqué, pendant plus de 11 ans, les conditions d’une pandémie globale

Anthony Fauci, 2021, film PBS
Un nouveau document publié par le sénateur Rand Paul révèle qu’Anthony Fauci a fait supprimer en mars 2012 un e-mail montrant qu’il finançait…

Corruption en Ukraine : le chef de cabinet de Volodymyr Zelensky cité dans des procès-verbaux d’enquête

Détournement parodique de l'entête du compte X de Volodymyr Zelensky
Les agences anticorruption ukrainiennes ont révélé les 19 et 20 août l’existence d’une organisation criminelle impliquant de hauts responsables…

Jusqu’à la dernière ukrainienne ? L’idée fait son chemin

Soldate ukrainienne
Les appels à la mobilisation des femmes se multiplient depuis le début du mois en Ukraine. La fenêtre d’Overton commence seulement à s’ouvrir,…
Recevez gratuitement l’information du Point Critique, en continu sur vos écrans ! !