Dr Fauci et Mr Hyde
« Détruisez cet e-mail » : comment Fauci a sciemment fabriqué, pendant plus de 11 ans, les conditions d’une pandémie globale
Un nouveau document publié par le sénateur Rand Paul révèle qu’Anthony Fauci a fait supprimer en mars 2012 un e-mail montrant qu’il finançait des recherches sur le gain de fonction dont il savait qu’elles étaient susceptibles d’engendrer une pandémie, ce qui pourrait l’exposer à des poursuites pénales non couvertes par la grâce préventive qui lui a été accordée en 2025.

Le sénateur Rand Paul (R-Ky), qui préside la commission sénatoriale sur les origines du COVID a publié en fin de semaine deux e-mails, adressés par Anthony Fauci les 3 et 4 mars 2012 durant le premier moratoire sur les recherches en gain de fonction (GOF). Ils confirment que l’ex-directeur du NIAID est intervenu pour forcer la publication des travaux de l’un de ses chercheurs à l’origine de cette suspension, et qu’il a ordonné la suppression des traces de cet échange, en violation de la loi fédérale.
Contexte de cet échange
La communauté internationale n’a pris conscience qu’en 2011 du danger que représentent les recherches sur le gain de fonction (GOF), aujourd’hui soupçonnées d’être à l’origine de la pandémie de COVID-19. La même année, deux chercheurs financés par le NIAID d’Anthony Fauci, Yoshihiro Kawaoka et Ron Fouchier, affirment à deux mois d’intervalle avoir réussi à créer une chimère du virus H5N1 transmissible par gouttelettes entre des furets – le modèle animal le plus proche de l’homme pour ce mode de transmission. L’annonce provoque un électrochoc dans la communauté scientifique, Fouchier estimant avoir mis au point « l’un des virus probablement les plus dangereux que l’on puisse fabriquer ».
Les manuscrits seront bloqués pendant près de six mois par le Conseil scientifique consultatif américain pour la biosécurité (NSABB), qui recommandera à l’unanimité, le 20 décembre 2011, la publication d’une version des études expurgée des données sensibles. S’ensuivra un moratoire volontaire de 60 jours, proposé en janvier 2012 par la communauté scientifique et prolongé jusqu’en janvier 2013.
Le rôle de Fauci dans le revirement du NSABB
Fin février 2012, Ron Fouchier intervient à la conférence sur la biodéfense organisée à Washington (ASM Biodefense) où il annonce disposer de nouvelles données permettant d’écarter le scénario apocalyptique redouté par le NSABB en cas de détournement de ses travaux.
Selon Anthony Fauci, qui était présent à cette conférence, les données initiales auraient été réévaluées par des experts de l’OMS, qui auraient fourni de nouveaux éléments (Fauci parle de nouvelles informations permettant une « clarification essentielle ») plaidant pour une levée du véto du NSABB.
Contrairement à ce que laissait entendre la première version de l’étude, le virus ne se propagerait pas facilement chez les furets, ne serait pas mortel en cas de transmission par la toux ou les éternuements et ne deviendrait « hautement létal que lorsque de fortes doses seraient injectées dans la trachée des animaux ».
Une recommandation de publication totale sera finalement donnée de manière consensuelle (12 voix contre 6) en avril 2012 par le NSABB, sur la base des données présentées lors de la conférence ASM. Les études seront publiées en mai et juin 2012.
Que s’est-il réellement passé fin février à Washington ? Sur quels éléments s’est fondé le revirement du NSABB ?
Il est impossible de le savoir. Personne n’a eu accès au manuscrit initial hormis le NIH et le NSABB, la panique provoquée en 2011 faisant suite à une simple présentation orale au congrès du Groupe de travail scientifique européen sur la grippe 2011 (ESWI). De même, les données exposées lors de la conférence ASM n’ont jamais été publiées ; elles ont uniquement été relatées par les journalistes présents sur place.
On sait en revanche, d’après les déclarations du président par intérim du NSABB, Paul Keim, lors d’une audition sénatoriale, que le renseignement américain est intervenu la veille du vote lors d’un briefing présenté comme « déterminant », mais dont le contenu est classifié.
Le mail adressé le 3 mars par Fauci à Francis Collins
Fouchier a-t-il menti en 2012 pour rassurer la communauté internationale ?
C’est ce que sous-entend le journaliste américain Philip M. Boffey (The truth about the doomsday virus?), dans un éditorial, qui est au cœur de l’échange déclassifié le 29 août par le sénateur Rand Paul.
Boffey rapporte le pseudorebondissement survenu lors de la conférence ASM Biodefense, qu’il présente comme une tentative grossière du NIH pour forcer le NSABB à autoriser la publication de ses chercheurs[1]. Dans la continuité de ses précédents éditoriaux, il appelle par ailleurs à un meilleur encadrement, voire à une suspension ou une interdiction des recherches sur le gain de fonction, qu’il estime disproportionnellement risquées :
Cela est difficile à concilier avec ses affirmations initiales. Les experts qui ont lu son manuscrit original indiquent qu’il y était rapporté que le nouveau virus se propageait par voie aérienne et restait aussi virulent que le virus naturel, qui a tué 60 % des humains qu’il a infectés.
Maintenant, les instituts nationaux de la santé de ce pays, qui ont financé la recherche et ont leur propre réputation en jeu, demandent au Conseil consultatif sur la biosécurité de reconsidérer son appel à expurger les détails avant la publication.
C’est cette dernière phrase qui est à l’origine du mail adressé par Anthony Fauci à Francis Collins, dans laquelle il tente de justifier la réalité de ces « nouvelles données » mise en cause par Boffey :
Phil Boffey est vraiment à côté de la plaque ici. Voir la partie surlignée en jaune. De quoi parle-t-il en disant que la réputation du NIH est en jeu ? Le NSABB a estimé à une écrasante majorité que cette recherche était importante et qu’elle aurait dû être financée par le NIH. Il a recommandé que la publication soit restreinte. Nous avons accepté cette recommandation et avons commencé à la mettre en œuvre.
À présent, nous disposons d’informations supplémentaires et précises issues de la réunion de Genève et de celle de l’ASM, et nous souhaitons faire profiter le NSABB de disposer de toutes ces informations et de prendre le temps de poursuivre la discussion. Nous ne leur demandons pas de changer d’avis ; nous voulons simplement qu’ils disposent de toutes les informations.
Le mail adressé le 4 mars par Fauci à Cliff Lane
Le lendemain, Fauci écrit au directeur des projets spéciaux du NIAID, Cliff Lane, pour l’avertir de la parution de l’éditorial de Phil Boffey et conclut son mail en demandant à son collègue de le supprimer et d’effacer toute trace de cette manipulation.
Fauci ouvertement ses inquiétudes à l’idée que les insinuations de Boffey amènent le NSABB à maintenir sa position afin de ne pas être accusé de collusion avec le NIH, et à justifier son veto par la dangerosité des recherches GOF (avoir réussi à créer un virus transmissible chez les furets) plutôt que par la létalité actuelle du virus :
De toute évidence, on met la pression sur Phil Boffey et il se laisse faire. Je l’avais prédit. Le NSABB va se refermer sur lui-même et prétendre que sa décision n’a en aucun cas été influencée par le fait qu’il n’avait pas réalisé que le virus transmis par aérosol n’avait tué aucun furet […]. Ils diront que c’est simplement le fait que le virus soit devenu transmissible chez les furets alors qu’il ne l’était pas avant la modification génétique et les passages successifs. Si tel est le cas et qu’ils ne modifient pas leur recommandation, le domaine de la recherche sur la transmissibilité de la grippe et l’adaptabilité à l’hôte se trouve confronté à un problème très grave. Veuillez supprimer cet e-mail, puis lge supprimer du dossier des éléments supprimés.
Pourquoi avoir ordonné l’effacement de cet échange ? Les inquiétudes de Fauci ne sont pas compromettantes en soi. Les recherches GOF n’étaient pas illégales à l’époque : c’est la prise de conscience de leur dangerosité à l’occasion de cette affaire qui a conduit à renforcer leur encadrement.
Il est en revanche permis de douter de la réalité ou de l’intégrité des « nouvelles données » présentées par Fauci à la conférence de Washington et rapportées par le Renseignement lors de la réunion secrète du 29 mars, compte tenu de l’enjeu que semble représenter la publication de l’étude de Fouchier, et de la manière dont Fauci spécule sur l’impact de son intervention à Washington (« Le NSABB va se refermer sur lui-même », « Je l’avais prédit »).
Un pêcheur parlant d’un poisson qu’il pensait avoir ferré et dont il constate qu’il lui échappe ne s’exprimerait pas autrement. Fauci a-t-il tordu le bras au NSABB, avec la complicité ou sur ordre de la communauté du renseignement ? C’est la question à 1 000 dollars que soulève cet e-mail.
Pourquoi cet échange est-il inclus dans le dossier d’enquête sur les origines de la pandémie ?
Ron Fouchier est l’un des signataires de l’étude The Proximal Origin of SARS-CoV-2, conçue pour présenter l’hypothèse d’une fuite de laboratoire comme une théorie du complot, et dont les coauteurs ont expliqué en off pourquoi il avait été choisi par Fauci :
Kristian Andersen : Ron et Christian[2] sont tous deux bien trop impliqués pour réfléchir objectivement à cette question : à leurs yeux, l’hypothèse d’une fuite accidentelle est tellement improbable qu’ils ne veulent même pas l’envisager. Le problème principal, c’est que cette fuite accidentelle est en réalité hautement probable – ce n’est pas une théorie marginale. Je suis tout à fait d’accord sur le fait que nous ne pouvons pas prouver l’une ou l’autre hypothèse, et que nous ne le pourrons jamais – cependant, cela ne signifie pas que, par défaut, les données suggèrent actuellement beaucoup plus une origine naturelle qu’un passage, par exemple. Ce n’est pas le cas – le site de clivage de la furine est très difficile à expliquer.
L’article du Daily Caller consacré à la déclassification de cet e-mail cite par ailleurs une intervention de Fauci datée de décembre 2011 (soit dix jours après l’annonce du veto du NSABB), où il affirme que les craintes d’une dissémination accidentelle en cas de fuite de laboratoire sont essentiellement théoriques. Un commentaire de revue plus confidentiel, publié en octobre 2012, confirme au contraire que le risque pandémique inhérent aux recherches sur le gain de fonction a toujours été parfaitement assumé par Fauci :
Dans un scénario improbable, mais envisageable, que se passerait-il si ce scientifique venait à être infecté par le virus, ce qui entraînerait une épidémie et finirait par déclencher une pandémie ? […]
Les scientifiques travaillant dans ce domaine pourraient dire – comme je l’ai dit – que les avantages de telles expériences et les connaissances qui en résultent l’emportent sur les risques.
Replacé dans le contexte de la pandémie de COVID-19, on comprend mieux la futilité du débat entre un accident de laboratoire et une dissémination volontaire.
Accessoirement, cet e-mail contredit une nouvelle fois les déclarations sous serment d’Anthony Fauci selon lesquelles il n’a personnellement jamais donné l’ordre de détruire des documents fédéraux. On sait désormais que cette pratique a eu cours pendant près de onze ans.
Selon le professeur de chimie et de biologie chimique Richerad Ebright, cette dissimulation rapportée à la confession de Fauci sur le risque pandémique inhérent aux recherches GOF pourrait exposer Fauci à des charges de meurtre avec préméditation, meurtre par indifférence dépravée, meurtre par indifférence extrême ou meurtre gratuit, imprescriptibles en droit américain car passibles de la peine de mort. Or la grâce présidentielle préventive dont Fauci a bénéficié en 2025 ne couvre que les crimes commis à partir de 2014.
Notes
[1] C’est précisément le mail de Fauci qui permet de l’identifier comme l’auteur de cet article.
[2] Ron Fouchier et Christian Drosten, l’auteur du premier protocole de test PCR homologué pour détecter le SARS-CoV-2. Il sera publié par l’OMS « dès le 16 janvier 2020, avant même d’avoir un accès physique au virus et seulement quelques jours après la publication en ligne de son séquençage génétique par la Chine ». On sait aujourd’hui que 86 % des cas détectés ne correspondaient pas à une infection.








