Corruption en action
Corruption en Ukraine : le chef de cabinet de Volodymyr Zelensky cité dans des procès-verbaux d’enquête
Les agences anticorruption ukrainiennes ont révélé les 19 et 20 août l’existence d’une organisation criminelle impliquant de hauts responsables de l’administration, dont la cheffe adjointe du cabinet de Volodymyr Zelensky. Le rapport d’enquête consulté par le média Hromadske mentionne le nom de Kyrylo Budanov, identifié comme l’organisateur de ce complot.

L’enquête menée par les agences anticorruption ukrainiennes[1] dans le cadre de l’affaire Midas a connu des avancées majeures la semaine dernière, avec le lancement de deux nouvelles opérations, Forrest Gump et Themis, concrétisées le 25 août par l’arrestation de la cheffe adjointe du bureau présidentiel. Le nom du chef de cabinet présidentiel, Kyrylo Budanov, n’a pas été publiquement divulgué, mais selon la presse ukrainienne, il figurerait dans le rapport d’enquête, qui le désigne comme le pilier de ce complot, enraciné dans le cabinet de Volodymyr Zelensky.
Une enquête, deux opérations
L’opération spéciale Forrest Gump a été lancée officiellement le 19 août par le NABU et le SAPO dans le cadre d’une enquête de grande ampleur, visant à démanteler un projet criminel fomenté par de hauts responsables de l’administration ukrainienne. Une série de perquisitions ont été menées le même jour auprès de la vice-présidente du cabinet présidentiel, Iryna Mudra, des dirigeants de la banque d’État Sense Bank, de plusieurs responsables du ministère de la Justice et de deux parlementaires, Maksym Mykytas et Vadym Stolar, aujourd’hui exilé à Monaco mais toujours inscrit sur les registres de la Verkhovna Rada.
Le groupe, composé potentiellement de 13 membres, est soupçonné d’avoir blanchi environ 150 millions de hryvnias ukrainiennes (UHA), soit l’équivalent de 3 à 3,4 millions de dollars, via la banque publique Sense Bank afin de financer la caution de l’ancien ministre de l’Énergie, German Galushchenko, placé en détention provisoire fin juin pour son rôle présumé dans l’affaire Midas. En novembre dernier, le NABU et le SAPO avaient révélé l’existence d’un schéma de corruption à grande échelle dans le secteur énergétique (100 millions de dollars détournés), dont l’architecte présumé est l’ami d’enfance et ex-associé de Volodymyr Zelensky, Timur Mindich.
L’enquête, centrée initialement sur des faits de blanchiment, a mis en évidence des pratiques mafieuses beaucoup plus vastes, à l’origine d’une seconde investigation (opération Themis/Femida). Le groupe aurait tenté de s’approprier des entreprises et des biens immobiliers, via le piratage de registres et la falsification de décisions judiciaires. Le NABU a notamment révélé une opération menée à l’automne 2025 ayant consisté à prendre illégalement le contrôle de deux sociétés afin de faire l’acquisition de biens immobiliers de luxe à Kiev, d’une valeur de plus de 500 millions d’UAH (plus de 10 millions de dollars).
L’implication présumée de Budanov
La cheffe adjointe du bureau présidentiel chargée des Affaires juridiques, Iryna Mudra, a été limogée le 19 août par Volodymyr Zelensky, immédiatement après la notification des soupçons concernant son implication dans ce schéma criminel. Elle est accusée d’avoir facilité la légalisation frauduleuse des 150 millions d’UHA de caution, versés pour la libération de German Galushchenko, ainsi que les prises de contrôle d’entreprises, et de s’être personnellement enrichie.
L’ex-vice-ministre de la Justice est donc la première « tête » à être tombée[2], mais les enregistrements ont révélé l’implication d’un autre responsable du Bureau présidentiel, appelé « Kyrylo » ou « Kyryll Alekseïevitch » dans les écoutes publiées par le NABU, et décrit comme le chef d’orchestre du complot.
Selon le dossier d’enquête consulté par les journalistes d’Hromadske, Mindich l’aurait contacté le 8 juin depuis Israël afin qu’il organise le blanchiment des fonds destinés au paiement de la caution de German Galushchenko, en prenant le contrôle des flux financiers transitant par la Sense Bank. Kyrylo aurait ensuite organisé la collecte et la transmission de la caution, ainsi que la rémunération des associés recrutés par la cheffe adjointe du cabinet présidentiel. La banque serait passé « sous contrôle informel » de l’organisation le 10 juin, après une rencontre entre Mudra, Kyrylo et des responsables de Sense Bank.
Les enregistrements indiquent que la caution aurait été remise en mains propres (en Israël ? en Ukraine ? en Pologne ?) par Mindich à Kyrylo, qui aurait ensuite réparti l’argent dans des sacs plastiques lors d’une transaction organisée dans un paking. Le comptage des billets aurait été réalisé sous la surveillance des services du renseignement militaire d’Ukraine (HUR), dont Budanov a assuré la direction d’août 2020 à janvier 2026 et dont d’aucuns affirment qu’il en reste officieusement le patron.
Bien que le nom du chef de cabinet du président Zelensky n’apparaisse pas dans les enregistrements rendus publics par le NABU, les procès-verbaux contenus dans le dossier le désignent explicitement à plusieurs reprises. Selon le dossier, il était présent lors de la discussion qui a eu lieu après le versement de la caution (« K. O. Budanov participe à la conversation »), où il remercie l’ancien député Maksym Mykytas, dont les sociétés ont permis de blanchir la caution. Il est également cité dans un échange, d’où son nom a été expurgé dans la version diffusée le 20 août, entre Maksym Mykytas et Iryna Mudra concernant le système de lutte contre la corruption.
Iryna Mudra : « … Bon, je suis allée voir Budanov pour lui en parler. Je lui ai dit : “Kirill Alekseïevitch, je veux faire ce qu’il faut. Écoutez, je ne veux pas, en quelque sorte, rester assise à ne rien faire. Je veux, en quelque sorte, atteindre certains objectifs, résoudre certaines tâches justes. Je considère que la lutte contre la corruption est une très bonne chose, et si nous parvenons maintenant à ratifier cette convention[3] et à en faire partie, ce sera déjà notre mérite à tous les deux. C’est un mérite juste, en quelque sorte.”
Il répond : “Eh bien, je suis d’accord.” Mais il ajoute : “Et vous, vous voulez vraiment lutter contre la corruption ?”
Je réponds : “Eh bien, je ne veux pas que mon pays, disons, s’enlise dans la corruption.”
Il rétorque : “Écoutez, ce n’est pas la bonne approche. Il faut systématiser et contrôler la corruption.”
Toujours selon Hromadske, le dossier d’enquête mentionnerait qu’Irina Mudra aurait « indiqué à plusieurs reprises à Maksym Mykytas qu’elle recevait régulièrement, de manière officieuse, entre 20 000 et 30 000 dollars d’une personne du nom de “Kirill” ».
Comprendre : 20 000 à 30 000 dollars financés par le contribuable européen pour le salaire occulte d’une seule fonctionnaire. Combien cela représente-t-il de milliards prélevés sur l’aide occidentale par l’administration ukrainienne qui n’arriveront jamais sur le front d’une guerre présentée comme « existentielle » ?
Volodymyr Zelensky a assuré le 24 août qu’il n’était pas visé par l’enquête. C’est probablement le cas puisqu’il est aujourd’hui protégé par l’immunité présidentielle que lui assure la loi martiale, mais il semble que cette immunité soit extrêmement puissante puisque la Commission a approuvé le 24 août, le déblocage d’une nouvelle tranche de 6,1 milliards d’euros sur le prêt de 90 milliards accordé en début d’année.
Cerise sur le gâteau, quatre pays (Pays-Bas, Pologne, Espagne et Suède) ont demandé officiellement le 27 août à la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, de rouvrir le débat sur les avoirs russes gelés.
Notes
[1] Le Bureau national de lutte contre la corruption (NABU) et le Parquet anticorruption (SAPO).
[2] Elle a été placée en détention le 25 août pour une durée de 60 jours, avec possibilité d’une sortie conditionnelle (bracelet électronique, restrictions) contre le paiement d’une caution de 20 millions d’UHA.
[3] La convention est très probablement la Convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption ratifiée en mars 2026 par l’Ukraine.








