Effondrement moral
Terreur en Ukraine : les avocats des citoyens illégalement mobilisés envoyés de force sur le front avec leur client
Une avocate ukrainienne explique comment les agents de recrutement interdisent à la justice de pénétrer dans l’enceinte des centres pour tenter de protéger les citoyens illégalement enrôlés, en capturant et en mobilisant de force les avocats.

Plusieurs médias ukrainiens, dont le journal Focus, alertent sur une nouvelle normalité qui s’est installée en Ukraine, et qui confirme la réalité de l’enfer qu’est devenu le pays, sous la chape de plomb imposée par la loi martiale instaurée en 2024 par le président Zelensky. Les avocats de sexe masculin se déplaçant dans les centres de recrutement territoriaux (TCC) où sont adressées les nouvelles recrues enrôlées dans le cadre de la mobilisation sont désormais capturés à leur tour et envoyés sur le front avec leur client.
Selon Me Polina Marchenko, une avocate spécialisée en droit de la mobilisation qui représente régulièrement l’Association des avocats d’Ukraine dans des affaires concernant des pressions exercées sur ses confères, l’opération se déroule selon une procédure établie : annulation en quelques minutes du report d’incorporation dont ils bénéficient lorsqu’ils officient pour le compte de l’État, passage devant une commission médicale qui valide en moins de trente minutes qu’ils sont bien aptes à exécuter leurs obligations militaires et à être envoyés sur le front, mobilisation puis transfert vers une unité militaire. Direction le hachoir à viande d’où aucun d’eux ne reviendra vivant.
Lors d’une intervention sur sa chaîne YouTube (Superposition), Polina Marchenko cite le cas d’un avocat venu défendre un client enrôlé alors qu’il disposait d’une exemption valide. Elle explique également que « l’attitude envers les avocats au sein des TCC s’est considérablement détériorée », ce qui se concrétise par des violences physiques (blessures corporelles, bras, jambes ou doigts cassés) notamment dans la région de Kyiv où de nombreux cas auraient été rapportés, et par le refus d’autoriser les avocats à rendre visite à leurs clients, en violation de la loi.
Depuis deux ans, un avocat est comme un chiffon rouge pour les TCC. Ils entendent juste que vous êtes avocat. C’est tout, tu ne peux même rien dire d’autre. Ils ne se soucient pas des droits, de la loi, de la Constitution, de l’obligation de permettre à un avocat de voir un client.
Le défenseur des droits Dmytro Lubinets dénonce depuis des mois les atteintes aux droits, les violences et les décès rapportés dans les centres de recrutement, qui concerneraient aujourd’hui 90 % des cas de mobilisation :
90 % contre 10 %. Je constate aujourd’hui que dans environ 10 % des cas (NDLR), à mon sens, tout se déroule dans le respect des procédures ; les 90 % restants constituent une violation flagrante des droits des citoyens ukrainiens.
https://www.ukrinform.ua/rubric-society/4146429-do-90-vipadkiv-mobilizacii-suprovodzuutsa-porusennami-prav-ludini-lubinec.html
En juin dernier, il expliquait lors d’une interview accordée à Radio Svoboda :
Le système de recrutement militaire s’est transformé en un système d’arbitraire et d’impunité, où les responsables peuvent faire pratiquement ce qu’ils veulent aux citoyens ukrainiens. En conséquence, la mobilisation est devenue à la fois corrompue et dictée par des quotas. Ils prennent n’importe qui ils peuvent obtenir : ceux qui peuvent payer un pot-de-vin achètent leur sortie, tandis que même des personnes inaptes au service finissent par être mobilisées.
L’article de Focus relate en particulier deux cas : celui d’une avocate venue dans le centre de recrutement de Kharkiv au printemps 2025 pour fournir une aide juridique gratuite à un détenu. Elle a bénéficié d’une invalidité de catégorie III après plusieurs opérations et une longue réhabilitation suite aux coups reçus lors de son déplacement. L’article précise qu’elle a interjeté appel devant la Cour européenne des droits de l’homme « en raison de l’absence de résultats de l’enquête ». L’autre cas rapporté est celui de l’avocat Serhiy Kravchenko, qui aurait été violemment agressé par les agents du centre où il défendait un client illégalement mobilisé.
Ces cas seraient aujourd’hui monnaie courante. Dans le seul oblast de Kharkiv, le Conseil régional du barreau aurait eu mention d’au moins 18 cas de violences subies en 2025 par des avocats.
C’est précisément dans cette région que les autorités viennent de démanteler un trafic de faux papiers permettant à des hommes en âge d’être mobilisés d’obtenir un statut d’invalidité moyennant le versement d’un pot-de-vin estimé entre 5 000 $ et 8 000 $. Ces sommes s’ajoutent à celles soutirées aux civils capturés dans la rue pour pouvoir s’échapper du fourgon (10 000 $) ou du centre de recrutement (20 000 $), ce qui porteraient les revenus de la corruption générée par la mobilisation à plusieurs milliards de dollars par an selon l’ancienne porte-parole de Volodymyr Zelensky.
Qui peut croire un seul instant que l’Ukraine ait aujourd’hui pour boussole autre chose que le sang, la mort et l’argent ?
