Mobilisation de classe

Équipe Le Point Critique | 23 juillet 2026

La vie d’un Ukrainien a désormais officiellement un prix

Lors d’une interview accordée le 20 juillet à la chaîne Novyny, le commissaire ukrainien aux droits humains a dénoncé le racket pratiqué par les agents de recrutement dans le cadre de la mobilisation forcée. Il a communiqué les tarifs réclamés aux nouvelles recrues pour pouvoir être relâchées à l’issue d’une rafle ou libérées du centre de détention.

Dmytro Lubinets, commissaire ukrainien aux droits humains, juillet 2026

Le commissaire aux droits humains d’Ukraine, Dmytro Lubinets, alerte régulièrement sur les atteintes aux droits et sur les violences rapportées dans le cadre de la mobilisation forcée, lors de la capture de civils ou dans les centres de recrutement, où ils sont adressés avant d’être envoyés au front. Ces violations des droits fondamentaux de la population ukrainienne concerneraient aujourd’hui 90 % des cas de mobilisation (le médiateur dit ne communiquer que sur 1 % des affaires pour lesquelles il est contacté), caractérisés pour certains par le décès des recrues :

90 % contre 10 %. Je constate aujourd’hui que dans environ 10 % des cas (NDLR), à mon sens, tout se déroule dans le respect des procédures ; les 90 % restants constituent une violation flagrante des droits des citoyens ukrainiens.

https://www.ukrinform.ua/rubric-society/4146429-do-90-vipadkiv-mobilizacii-suprovodzuutsa-porusennami-prav-ludini-lubinec.html

Depuis plusieurs mois, il dénonce des pratiques de corruption systématique au sein de l’armée, qui font de la conscription une jungle où même les recrues bénéficiant d’une exemption pour raison médicale, familiale ou en vertu de leur âge sont susceptibles d’être enrôlées pour alimenter le fameux « hachoir à viande ». Les images de rafles qui inondent les réseaux sociaux et les témoignages de victimes confirment qu’elles sont sélectionnées de manière aveugle, dans la rue, à leur domicile ou sur leur lieu de travail, ou au contraire enlevées sur commande pour des motifs politiques ou à la suite d’une altercation avec un agent.

La méthode est toujours la même : trois à six militaires cagoulés, débarquant à bord d’un mini-bus, se ruant sur la victime qu’ils ont repérée, la tabassant, la gazant si besoin, et l’enfournant dans leur véhicule comme un vulgaire morceau de viande, sans aucune vérification de ses papiers.

Les Ukrainiens, qui se terrent aujourd’hui pour tenter d’échapper aux milices de Kiev, l’appellent la « busification ». Elle est à ce point documentée qu’un site entier lui est dédié. L’historienne Marta Havryshko en a fait quant à elle l’un de ses combats et rapporte quotidiennement ces scènes littéralement tragiques, puisque, nous n’arrêterons pas de le répéter, chacun de ces enlèvements – les Ukrainiens et leur famille le savent pertinemment – est une condamnation à mort :

« Non ! » La femme pleure. « Puissiez-vous être damné ! » Vous pouvez entendre le désespoir dans sa voix, alors que des hommes masqués attrapent son mari, puis le regroupent dans un fourgon en attente. En quelques secondes, elle est seule, pleurant au milieu de la rue. C’est Odessa, mais des scènes comme ça, capturées sur des téléphones et postées en ligne, martèlent les villes ukrainiennes aussi implacablement que les missiles russes. Depuis le début de l’invasion à grande échelle de Poutine, plus d’un million d’Ukrainiens ont été enrôlés pour défendre leur patrie. Et, comme les recrues volontaires se sont taries, l’armée a commencé à recourir aux mêmes méthodes que celles auxquelles est confronté ce couple à Odessa. Les gens ont même un terme pour cela : « busification ».

Le processus est brutalement simple. Les officiers de recrutement, souvent accompagnés de la police, arrachent des hommes d’âge militaire hors de la rue, avant de les livrer dans des centres de recrutement. Beaucoup y sont victimes de menaces, d’intimidations et d’abus physiques pour réussir des examens médicaux militaires et signer des projets de documents. Les hommes souffrant de maladies graves – y compris le VIH, la tuberculose et même le cancer – sont régulièrement déclarés aptes au service. Qu’ils le veuillent ou non, les agents de recrutement doivent respecter les quotas ; la seule question est de savoir qui les remplit. Pourtant, avec l’élite riche de l’Ukraine réticente à tenir compte de l’appel, la crise du recrutement de Kyiv devient également une crise de classe, qui pourrait provoquer le chaos longtemps après que les armes à feu se taisent.

https://unherd.com/2026/07/why-ukrainian-liberals-love-conscription/

Elle explique notamment dans cet article les persécutions dont sont victimes les femmes qui ont tenté de s’interposer pour sauver la vie de leur mari ou de leur fils. Les gouvernements occidentaux sont parfaitement informés de ces pratiques qu’ils considèrent visiblement comme l’acmé des valeurs européennes, Volodymyr Zelensky ayant reçu le 16 avril le prestigieux prix des Quatre libertés, qui incluent la liberté d’expression, de culte et de vivre à l’abri de la peur. Le New York Times le baptisait sans complexe fin avril « Le leader du monde libre ».

Dmytro Lubinets a dévoilé il y a quelques jours les sommes exigées par les agents de recrutement des civils souhaitant échapper à la mobilisation, et surtout ayant les moyens de s’offrir ce passe-droit :

  • 10 000 $ pour sortir du fourgon des agents de conscription ;
  • 20 000 $ pour pouvoir quitter le centre de recrutement.

Il ne s’agit pas du tarif pour être définitivement rayé des registres, juste de la somme à verser lors d’une rafle pour échapper à une mort certaine.

Justifier la mobilisation de l’ensemble de la nation, présentée comme un mal nécessaire, par l’égalité de tous face à la loi est à l’évidence une sinistre plaisanterie qui confirme que le président ukrainien sait parfaitement que son pays est dans l’incapacité de remporter la guerre. La population l’a compris, parce qu’elle sait que personne ne revient du front, ou que ceux qui y sont allés et qui s’en sont enfuis ont vu qu’il s’agissait d’une impasse, comme l’a démontré l’émeute survenue il y a deux semaines à Lviv.

Dernièrement sur Le Point Critique

Aucun article actuellement disponible dans cette catégorie
Recevez gratuitement l’information du Point Critique, en continu sur vos écrans ! !