Péril démocratique

Équipe Le Point Critique | 21 juillet 2026

Purge ou coup d’État, que se passe-t-il en Hongrie ?

Le nouveau Premier ministre Péter Magyar a destitué le 18 juillet le président de la République de Hongrie grâce à une modification de la Constitution. La joueuse internationale d’échecs Judit Polgar, proche de George Soros, a refusé de le remplacer mais ce projet de nomination alimente les soupçons d’ingérence ans l’élection législative d’avril dernier. On apprend aujourd’hui qu’une opération de police a été menée au siège du premier parti d’opposition en vue de saisir son matériel informatique.

Tamás Sulyok, 18 juillet 2026

La Hongrie est-elle en train de se transformer en dictature sous couvert de vouloir réformer le système népotique mis en place par Viktor Orbán, dont le nouveau Premier ministre, Péter Magyar, fut le collaborateur pendant plus de vingt ans ?

Le 22 juin, Péter Magyar, a lancé l’opération « Feu purificateur » (Cleansing Fire), une purge massive des institutions visant selon lui, en accord avec le mandat reçu le 12 avril du peuple hongrois, à « libérer [la] patrie de la mafia économique et politique » incarnée par l’opposition. La pierre angulaire de cette opération a été la limitation rétroactive de la durée du mandat de Premier ministre afin d’empêcher Viktor Orbán de revenir au pouvoir, ainsi que la destitution du président Tamás Sulyok, rendue possible par une modification de la Constitution (Loi fondamentale) : « Au lendemain de l’entrée en vigueur de la révision de la Loi fondamentale, le mandat de Tamás Sulyok prendra fin.

La nouvelle Loi fondamentale, entrée en vigueur le 19 juillet, inclut par ailleurs la révocation du président de la Cour constitutionnelle et de plusieurs juges constitutionnels via le rétablissement d’une limite d’âge fixée à 70 ans, ainsi que la limitation rétroactive de la durée des mandats parlementaires. Le président Sulyok, un avocat constitutionnaliste souverainiste, a signé la modification constitutionnelle faute d’autre choix légal, l’amendement ayant été adopté par l’Assemblée nationale quelques jours plus tôt, mais il estime qu’il s’agit d’un cas sans précédent depuis la fin du communisme en Hongrie, ce qui la presse conservatrice hongroise dénonce comme la fin de l’État de droit démocratique :

En 1988, on marchait pour la démocratie, pour tout abandonner le 12 avril 2026. Tamás Sulyok a signé la 17e modification de la Loi fondamentale, mettant fin automatiquement à son propre mandat de Président de la République demain. Avec la suppression par cet amendement de presque tous les autres contre-pouvoirs, la Hongrie cessera effectivement d’être une démocratie. En plus de la destitution du Président de la République et du Président de la Cour constitutionnelle, une limitation du nombre de mandats des députés entrera en vigueur, empêchant la plupart des députés de l’opposition actuelle de se présenter aux élections législatives de 2030.

https://hungarytoday.hu/the-democratic-rule-of-law-has-ceased-to-exist-as-president-sign-constitutional-amendment

Au lendemain de son élection, le nouveau chef du gouvernement hongrois a tenté de nommer l’avocat d’affaires et beau-frère de Péter Magyar, Márton Melléthei-Barna, au poste de ministre de la Justice. Face au tollé provoqué par cette décision, le député a finalement renoncé à prêter serment.

Lundi, Péter Magyar avait annoncé qu’il demanderait à la cultissime joueuse d’échecs Judit Polgar, « d’assumer le rôle largement cérémonial » de prochaine Présidente de la Hongrie.

Si le président de la République a effectivement un rôle essentiellement symbolique, il peut néanmoins peser sur la vie politique du pays, en renvoyant une loi dûment adoptée par le Parlement, la bloquer en opposant un veto constitutionnel ou retarder sa promulgation. Il peut également refuser certaines nominations ministérielles, diplomatiques ou militaires.

Or l’ancien directeur de cabinet de Viktor Orbán a republié lundi un vieux tweet de Judit Polgar, qui a décliné aujourd’hui l’invitation du Premier ministre, suggérant qu’elle serait une proche, ou du moins une admiratrice de George Soros, alimentant les soupçons d’ingérence que nous avions documentés en avril dernier. Comment comprendre autrement la volonté de nommer à un poste aussi stratégique une femme inexpérimentée en politique mais directement connectée à un milliardaire qui ne s’est jamais caché de vouloir transformer politiquement la Hongrie, dont il est originaire, selon son propre agenda woko-immagrationniste ?

Le point le plus inquiétant est l’annonce faite aujourd’hui par le député et ancien directeur de cabinet de Viktor Orbán, Balázs Orbán (Fidesz), d’une perquisition du siège du Fidesz pour saisir saisir l’ensemble du système de communication et des bases de données du parti :

Aujourd’hui, les procureurs sont arrivés sans préavis au centre de données hébergeant les serveurs de Fidesz, dans l’intention de saisir l’ensemble du système de communication et des bases de données du parti. Rien de tel ne s’est produit en Hongrie depuis la fin du communisme en 1990. Il devient de plus en plus clair que le Premier ministre libéral autoritaire de la Hongrie, soutenu par Bruxelles, a l’intention d’éliminer ses adversaires politiques démocratiques, d’écraser toute résistance à ses actions arbitraires, et d’utiliser les autorités chargées de l’application de la loi du pays comme instruments pour atteindre cet objectif. La question est simple : Y aura-t-il encore des élections libres en Hongrie, ou toute personne qui osera se présenter contre le Parti Tisza finira-t-elle simplement en prison ?

Si les inquiétudes de Balázs Orbán sont fondées, c’est bel et bien un coup d’État qu’est en train de réaliser aujourd’hui l’ancien fidèle de Viktor Orbán, dont on peut s’étonner qu’il se soit accommodé pendant vingt-deux ans des pratiques.

Mise à jour au 23 juillet

Péter Magyar a commenté la perquisition au siège du Fidesz, menée officiellement dans le cadre d’une enquête pour des faits de corruption, en affirmant avoir appris l’information en lisant le communiqué du parti. On apprend aujourd’hui que le procureur général de Hongrie, Gábor Bálint Nagy, a démissionné le 22 juillet, au lendemain de cette opération, pour protester contre ce qu’il considère comme une instrumentalisation de la justce.

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