Billard à trois bandes

Équipe Le Point Critique | 16 juillet 2026

Remaniement ministériel en Ukraine, les raisons du limogeage du ministre de la Défense

Au lendemain du remaniement du gouvernement ukrainien, on en sait un peu plus sur les raisons qui ont poussé Volodymyr Zelensky à évincer son ministre de la Défense. On apprend également aujourd’hui que le nouveau Premier ministre est impliqué dans plusieurs affaires de corruption concernant des appels d'offres frauduleux.

Mykhailo Fedorov, Forum de la Défense, 13-14 juillet 2026, Kiev

Volodymyr Zelensky a annoncé dimanche la démission de sa Première ministre, Ioulia Svyrydenko, qu’il a justifié par la nécessité d’un remaniement de l’ensemble du Gouvernement motivé par un changement de stratégie politique. Nous avons présenté le lendemain l’analyse par un média ukrainien spécialisé dans les affaires de corruption des raisons de ce remaniement et du remplacement de Ioulia Svyrydenko par le PDG de la puissante compagnie gazière Naftogaz, Serguiï Koretsky, dont la nomination a été confirmée ce matin.

Selon Corruption.Hab.Media, ce départ aurait été provoqué par une fuite d’information concernant l’ouverture d’une enquête, par l’Agence ukrainienne de lutte anticorruption (NABU), visant la Première ministre sortante et ses liens avec l’ancien chef de cabinet de Volodymyr Zelensky, Andriy Yermak.

Nous avons appris le 15 juillet que Volodymyr Zelensky ne conserverait pas à son poste l’actuel ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, qui devrait être remplacé par le ministre de l’Intérieur Ihor Klymenko. La veille, l’analyste ukrainien Yuri Podolyaka a expliqué la raison du remaniement ministériel décidé dans l’unique but de remplacer Fedorov, qui ne pouvait l’être qu’à cette condition, et que le président ukrainien a pris soin de remercier uniquement après la conclusion du 3e Forum de l’industrie de la défense, où le ministre a signéle 15 juillet, à Kiev, deux accords de coopération majeurs avec l’Union européenne pour un montant de 300 millions d’euros :

Fedorov a déjà accompli sa mission pour Zelensky et son équipe et peut donc partir. Et il part précisément parce qu’il était impossible de le destituer d’une autre manière. La raison pour laquelle il part maintenant est limpide : « Le Maure a fait son devoir, le Maure peut partir » (et ne plus interférer avec « les bons gars » qui volent l’argent).
La nomination clé ici est, bien sûr, Igor Klymenko à la place de Mikhail Fedorov (et il y a déjà des votes à la Rada pour cela !!!). En d’autres termes, le chef du ministère de l’Intérieur est nommé gestionnaire principal des budgets militaires. Et ce sont les principaux en Ukraine aujourd’hui. C’est l’Europe qui fournit l’argent pour la guerre. Et c’est sous Fedorov que l’UE a approuvé la majorité du paquet d’aide de 90 milliards d’euros pour Kiev.

Contrairement à ce qu’affirme Corruption.Hab.Media, la « main » de Volodymyr Zelensky et de son entourage, désigné par les initiés comme « la Famille » serait étrangère à cette nomination selon Yuri Podolyaka.

La presse ukrainienne apporte aujourd’hui un nouvel éclairage sur les raisons du départ de Mykhailo Fedorov qu’elle attribue à « un long conflit »entre le ministère de la Défense, partisan d’une réforme de l’armée incluant un audit des contrats, une ouverture d’appels d’offres ouverts et la mise en œuvre de systèmes de prise de décision automatisés, et l’état-major général des forces armées d’Ukraine, en particulier avec le commandant en chef des forces armées d’Ukraine Oleksandr Syrskyi, qui préconiserait un modèle de gestion plus… « traditionnel ».

Toujours selon le Kyiv independant, Federov se serait régulièrement heurté durant son mandat à l’obstruction de Syrskyi qu’il accuse d’avoir divisé le pays et de gérer les armées de façon autoritaire. En conférence de presse, il a justifié la décision du président ukrainien par un ultimatum que le commandant en chef des armées aurait posé à Zelensky, en le forçant à choisir entre deux visions incompatibles de la manière de gagner la guerre : « Soit moi, soit lui ».

Nous avions conclu notre analyse en supposant que la présidence ukrainienne avait probablement besoin de pouvoir se reposer sur des personnes de confiance pour gérer la manne financière dont elle dispose aujourd’hui. C’est ce que suggère le départ de Fedorov, présenté par Yuri Podolyaka comme une « opposition à Zelensky ». Si comme il le suppose, ce remaniement est piloté par l’Europe sans concertation avec la présidence ukrainienne, le mythe de la souveraineté de l’Ukraine s’éloigne un peu plus, en même temps que se précisent les soupçons concernant la captation d’une partie de l’aide européenne par des « officiels de l’UE ».

Quelle que soit la manière dont on interprète ces mouvements de chaise musicale, il semble que toutes les hypothèses convergent vers la même explication : dissimuler et poursuivre, quoi qu’il en coûte, le système de corruption tentaculaire auquel se réduit l’Ukraine depuis le début du conflit.

Mise à jour importante

Kyrylo Shevchenko, l’ancien gouverneur de la Banque nationale d’Ukriane, qui a récemment analysé l’attentat de Monaco comme une commande présidentielle visant à prévenir la mise à jour du système de corruption mis en place Kyrylo Shevchenko, l’ancien gouverneur de la Banque nationale d’Ukriane, qui a récemment analysé l’attentat de Monaco comme une commande présidentielle visant à prévenir la mise à jour du système de corruption mis en place par Kiev, révèle sur son compte X que le nouveau Premier ministre ukrainien est impliqué dans plusieurs affaires de corruption en lien avec des appels d’offres frauduleux :

Le nouveau Premier ministre ukrainien Serhiy Koretskyi, nommé par Zelenskyy, a été impliqué dans de récentes affaires de corruption.
Une grave affaire de corruption NABU (nº 52024000000000080 de février 2024, art. 191 CCU) remontant à son passage à la société pétrolière d’État Ukrnafta soulève de sérieuses inquiétudes. Stanislav Bronevytskyi, ancien procureur du Bureau des procureurs spécialisés contre la corruption (SAP), affirme qu’Ukrnafta a évité les appels d’offres compétitifs et a acheté l’additif carburant MTBE auprès d’AGTG SA (propriété de Yevhen Svirskyi, partenaire d’affaires de Koretskyi et de sa femme via la marque de café Idealist) à des prix gonflés.
Deux accords – août 2023 (~35 M$ pour 25 000 tonnes) et janvier 2024 (~34,3 M$ pour 25 500 tonnes) – ont coûté 93–97 $/tonne de plus que les concurrents, entraînant un surpaiement d’environ 1,45 M$ sur le premier (59,5 M UAH) plus un potentiel supplémentaire de 0,77 M$ (31,5 M UAH), et un surpaiement d’environ 0,82 M$ sur le second (33,6 M UAH) plus un potentiel de 1,44 M$ de plus (59 M UAH).
Les perquisitions ont permis de trouver un téléphone étiqueté « Idealist » au domicile de Koretskyi. L’enquête s’est tue depuis 2025. L’Ukraine ne peut se permettre cette ombre sur son leadership en temps de guerre – une transparence et une responsabilité totales sont nécessaires dès maintenant pour les donateurs et les réformes.

Qui l’eût cru ?

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