Contradictions ukrainiennes
L’Ukraine demande à l’ONU de voter une résolution en faveur d’un cessez-le-feu immédiat
Vendredi, Kiev a exhorté la communauté internationale à exiger un cessez-le-feu immédiat, quarante-huit heures après la fin du sommet de l’OTAN où le président ukrainien a insisté sur les difficultés militaires de la Russie. Ce samedi, le commandant en chef des Forces armées ukrainiennes estime plus humblement que « l’Ukraine est encore loin d’un tournant dans la guerre contre la Russie ».

Le sommet de l’OTAN s’est terminé il y a trois jours à Ankara. Volodymyr Zelensky y a fait une série de déclarations lors du Forum de l’industrie de défense organisé en marge du sommet, mettant en avant la domination de son armée sur le front ukrainien. Concernant les pertes humaines, il a affirmé que les attaques de drones permettaient d’éliminer chaque mois 28 à 30 000 soldats russes, ce qui représenterait depuis le début de l’année près de 200 000 hommes, soit près d’un tiers des effectifs engagés sur le front, actuellement estimés à 700 000 :
Nous tuons actuellement environ 30 000 soldats russes par mois. Imaginez cette échelle. Rien qu’en juin, près de 28 000 soldats russes ont été tués, et nous avons des vidéos pour le prouver. La grande majorité d’entre eux ont été tués par des drones. Et, honnêtement, nous n’en sommes pas fiers.
Il a estimé que l’Ukraine possédait aujourd’hui « la plus grande et la plus avancée capacité de guerre par drones au monde », qu’ils s’agissent de drones navals ou à longue portée, capables de frapper le cœur de la Russie. Cet ascendant stratégique aurait permis de briser l’invulnérabilité de Moscou en portant des coups décisifs contre ses capacités de stockage et de production d’armes, de munitions et de carburant, en Sibérie ou dans l’Oural notamment :
Nous avons complètement éliminé l’idée même d’un arrière stratégique russe. Pendant longtemps, la Russie a pensé qu’elle disposait d’un avantage territorial. Personne d’autre n’avait une zone profonde où l’on pouvait stocker en toute sécurité la production militaire et tout ce dont dépendait sa guerre, en pensant que personne ne pourrait les atteindre. Et nous l’avons fait.
Le président ukrainien a toutefois insisté à la fin de son allocution sur les besoins urgents de son pays en défense aérienne, notamment en missiles en Patriot, qu’il a présentés comme la priorité absolue du sommet :
Nous sommes capables de tout faire nous-mêmes, mais lorsqu’il s’agit de défense aérienne, nous avons besoin de la détermination de nos partenaires. Je vous demande de faire en sorte que davantage de détermination et de décisions en matière de défense aérienne soient l’un des principaux résultats de ce sommet de l’OTAN à Ankara.
Les Occidentaux ont répondu à l’appel en renouvelant leur foi inébranlable dans les capacités militaires de l’Ukraine, qu’ils ont accepté de soutenir par un engagement de dépenses de 140 millions d’euros pour 2026 et 2027. Le président Zelensky est également reparti avec la promesse que les États-Unis transféreront leur licence de production d’intercepteurs Patriot dont les cadences de production actuelle ne permettent pas de couvrir les besoins ukrainiens.
Hier, pourtant, le représentant permanent adjoint de l’Ukraine auprès de l’Organisation des Nations Unies (ONU), Volodymyr Pavlichenko, a appelé les membres du Conseil de sécurité de l’ONU à déposer une résolution en faveur d’un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel :
La paralysie du Conseil de sécurité de l’ONU concernant les crimes de la Russie doit être stoppée par la communauté internationale qui respecte toujours l’ordre international fondé sur des règles. Ainsi, nous appelons une fois de plus les membres du Conseil de sécurité à mettre sur la table, sans plus tarder, un projet de résolution appelant à un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel.
https://www.pravda.com.ua/eng/news/2026/07/10/8043338
Selon Pvlichenko, une résolution de l’ONU serait « une indication claire que la communauté internationale », perçue par Kiev comme le dernier espoir d’arrêter le conflit par la voie diplomatique, « n’est pas prête à supporter la poursuite de la guerre et soutient le rétablissement d’une paix globale, juste et durable ». Moscou continue de rejeter l’approche ukrainienne et la demande d’un cessez-le-feu immédiat, qu’elle analyse comme une stratégie pour gagner du temps afin de consolider sa défense et de se réarmer. Selon le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, bien que la Russie soit « prête à une résolution pacifique » du conflit, elle disposerait « de suffisamment de capacités pour agir de manière indépendante et poursuivre l’opération militaire spéciale », contrairement à ce que le président Zelensky a laissé entendre à Ankara il y a deux jours.
Le Kremlin avait en revanche proposé le 4 juillet un cessez-le-feu « humanitaire » de six heures afin de permettre le transfert vers l’Ukraine des corps de soldats ukrainiens tués lors des combats dans la ville dont l’Armée russe a revendiqué la prise le 3 juillet. L’Institut pour l’étude de la guerre (Institute for the Study of War – ISWS) précise que selon le ministère russe de la Défense, de nombreux médias étrangers avaient « exprimé leur désir de se rendre à Kostyantynivka pour couvrir le transfert de la KIA, mais que l’Ukraine a finalement rejeté la proposition de cessez-le-feu russe ».
Dans cette guerre des récits, chacun évaluera lequel lui semble le plus cohérent. Pour l’heure, le commandant en chef des Forces armées ukrainiennes, Oleksandr Syrsky, n’a pas confirmé l’enthousiasme exprimé par le président ukrainien à Ankara. Dans son compte rendu de situation daté du 11 juillet, il estime que « l’Ukraine est encore loin d’un tournant dans la guerre contre la Russie » :
Malgré le ralentissement des avancées russes au premier semestre 2026, nous devons rester réalistes : l’ennemi conserve une supériorité numérique et continue ses offensives sur plusieurs axes.
Il a également déclaré avoir « appelé [s]es collègues de la Coalition à fournir plus d’actifs de défense aérienne, en particulier des systèmes antibalistiques, ainsi que des capacités de frappe supplémentaires pour réduire le potentiel militaire et économique » de la Russie.
