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Équipe Le Point Critique | 11 juillet 2026

Glorification de « héros » nazis : la folle dérive de l’Ukraine sanctionnée du bout des lèvres par les parlementaires européens

Mercredi, le Parlement européen a voté une résolution dans laquelle il condamne la réinhumation d’anciens nazis et la panthéonisation, par Kiev, des auteurs du massacre de Volhynie, qu’il juge incompatible avec une adhésion de l’Ukraine à l’UE. Cette décision est une réponse en règle à la justification de cette séquence mémorielle, par le chef de cabinet de Volodymyr Zelensky.

Marche aux flambeaux en hommage à Stéphane Bandera, Lviv

Le Parlement européen a officiellement condamné le 8 juillet le décret présidentiel du 26 mai attribuant le titre de « héros de l’UPA » à un corps d’élite de l’armée ukrainienne, qu’il accuse d’être à l’origine d’une dégradation des relations entre Kiev et Varsovie dont les parlementaires attribuent la responsabilité personnelle à Volodymyr Zelensky. Cette résolution acte plus précisément la responsabilité historique de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) dans le massacre de plus de 100 000 Polonais commis en Volhynie durant l’Holocauste et souligne l’indécence de la glorification de ses auteurs compte tenu du « soutien indéfectible »apporté par la Pologne à l’Ukraine :

Rappelle la position qu’il a adoptée précédemment concernant le massacre de Volhynie, déplore la récente escalade inutile et non provoquée du président Volodymyr Zelenskyy, qui a donné aux héros de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) ;
déplore le mépris affiché à l’égard des sensibilités et du deuil polonais liés aux victimes de l’UPA, dont le nombre est estimé à plusieurs dizaines de milliers, et à leurs familles, en particulier au regard du soutien indéfectible apporté par la Pologne à la lutte de l’Ukraine contre l’agression russe ;
estime que cette décision porte atteinte aux relations de bon voisinage et aux efforts antérieurs visant à aborder les aspects douloureux et non résolus des relations historiques bilatérales dans un esprit de réconciliation véritable et sincère, et qu’elle n’est pas conforme aux valeurs européennes ;
appelle à une désescalade et à de nouveaux efforts de bonne foi en faveur de la réconciliation.

https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-10-2026-0259_EN.pdf#page=13

Bien que cette décision intervienne dans le cadre des négociations concernant l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, il est peu probable qu’elle suffise à remettre en cause la candidature de Kiev, plusieurs amendements polonais incriminant la vitalité de l’idéologie nazie et antisémite en Ukraine et appelant à déchoir le président Zelensky de l’Ordre du mérite européen n’ayant pas été retenus dans la version finale du texte, notamment :

  • les amendements 19 et 21, reconnaissant l’UPA comme « une organisation alignée sur l’idéologie nazie », responsable d’« atrocités de grande ampleur » commises contre la population polonaise mais également juive ;
  • l’amendement 20, exigeant que l’Ukraine « condamne l’idéologie, la symbolique et les agissements de l’UPA » et reconnaisse sa responsabilité dans « les crimes de masse commis contre les populations polonaises et juives » ;
  • l’amendement 16, appelant l’Ukraine à renoncer à son projet de commémoration d’anciens collaborateurs nazis, initié par la réinhumation d’Andriy Melnyk, organisée le 25 mai avec tous les honneurs d’État par le président Zelensky ;
  • l’amendement 59, invitant l’Ukraine à « revoir le contenu des manuels d’histoire utilisés dans les écoles ukrainiennes afin de présenter les événements historiques de manière équilibrée et fondée sur des faits » et soulignant le fait « l’éloge de collaborateurs nazis responsables de crimes contre des minorités ethniques est contraire aux valeurs européennes, rendant ainsi impossible l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne ».

Cette remise en question est d’autant moins probable qu’une résolution de 2010 condamnait déjà la glorification de Stepan Bandera (RC-B7-0116/2010), dont elle affirmait « déplorer profondément » l’attribution du titre de « héros national » en le présentant comme un collaborateur nazi. Celle du 8 juillet a pris soin d’expurger toute référence au nazisme et relativise les implications du décret de l’UPA (§ 34) en saluant « la politique de coopération tournée vers l’avenir menée par l’Ukraine à l’égard de ses pays voisins, notamment en matière de règlement des différends bilatéraux et de dialogue sur les questions historiques » qui, selon elle, « contribue à faire avancer le processus d’adhésion » (§ 35).

Si les eurodéputés polonais n’ont donc vraisemblablement pas été entendus, ils ont toutefois résisté à une série de pressions exercées par le plus haut sommet de l’État ukrainien pour tenter d’étouffer la gravité de cette séquence, ponctuée fin juin par l’adoption expresse d’une loi visant à créer un Panthéon national en hommage aux pères fondateurs de l’État ukrainien dont l’acte de restauration stipule :

Le nouvel État ukrainien qui émerge travaillera en étroite collaboration avec la Grande Allemagne national-socialiste, qui, sous la direction de son Führer Adolf Hitler, crée un nouvel ordre en Europe et dans le monde.

Le 7 juillet, le ministère ukrainien des Affaires étrangères a tenté d’interférer dans le vote d’un projet de loi présidentiel visant à criminaliser l’idéologie bandériste en Pologne, actuellement en discussion au Parlement polonais. Il a publiquement mis en garde les députés contre « une escalade unilatérale » du conflit entre Kiev et Varsovie en cas d’adoption de la loi, en proposant une série de mesures favorables à une réduction des tensions.

Nous mettons en garde la partie polonaise contre une escalade unilatérale de la tension. Au lieu de cela, l’Ukraine propose de mettre l’accent sur des efforts concrets pour réduire les tensions, y compris celles discutées lors d’une récente réunion ministérielle, l’utilisation des mécanismes et instruments bilatéraux existants, la participation maximale des outils diplomatiques et l’intensification du dialogue historique professionnel dans le cadre du Congrès des historiens polono-ukrainien.

https://wiadomosci.onet.pl/kraj/ukraina-reaguje-na-ruch-karola-nawrockiego-polska-uslyszala-ostrzezenie/ce4jtlm?utm_source=t.co_viasg_wiadomosci&utm_medium=social&utm_campaign=leo_automatic&srcc=undefined&utm_v=2

Cette annonce a eu lieu ironiquement le jour de la diffusion d’une interview du chef de cabinet de Volodymyr Zelensky, Kyrylo Budanov, en amont de la Journée nationale de commémoration du massacre de Volhynie, fixée au 11 juillet, dont le nom complet[1] consacre à la fois la responsabilité historique de l’UPA et la dimension génocidaire de ce massacre, pourtant contestée activement par Kiev.

Budanov a prévenu que « le pire moment de l’impasse » dans laquelle se trouve aujourd’hui la relation diplomatique entre les deux pays « pourrait encore être à venir » à l’occasion des commémorations du 11 juillet, auxquelles il a annoncé que l’Ukraine répondrait, menaçant ainsi explicitement de représailles la Pologne si elle persistait à vouloir honorer ses morts :

Le pic [de l’escalade] viendra certainement. Il n’y a pas de grand secret là-dedans. Il nous reste un peu moins d’une semaine jusqu’au 11 juillet, date de l’anniversaire de la tragédie de Volhynie. D’après les informations dont je dispose, ils [les Polonais] préparent toute une série d’étapes d’escalade, à mon avis, immatures. Donc, évidemment, tout cela va continuer.

Puis vinrent les menaces frontales, et donc l’escalade verbale, Budanov accusant la Pologne de chercher à imposer un ultimatum à l’Ukraine, probablement en référence à son échec diplomatique lorsqu’il s’est rendu à Varsovie début juin pour tenter de négocier le sauvetage de l’insigne de l’ordre de l’Aigle blanc que le président polonais a finalement retiré à son homologue ukrainien quelques jours plus tard :

L’Ukraine répondra à ces mesures, et personne ne restera silencieux. […]
L’Ukraine n’acceptera d’ultimatums de personne au monde. Le dernier qui a essayé de nous en donner un était la Fédération de Russie. Sans offenser la Pologne, mais elle [la Russie] est un peu plus puissante que la Pologne – et nous ne l’avons pas accepté non plus. Oui, c’était dur, c’était mauvais, il y a eu beaucoup de sang. Mais nous n’avons pas accepté même leur ultimatum. Alors pourquoi quelqu’un penserait-il que nous accepterions autre chose d’un autre côté ? On ne nous parle pas avec des ultimatums.

L’Ukraine présente aujourd’hui l’UPA comme un mouvement de résistance nationale qui a libéré le pays du joug soviétique et qui combattu à la fois contre les Soviétiques et contre les nazis, avec lesquels elle ne se serait alliée que par calcul.

L’historienne Marta Havryshko a reposté récemment une photo de Kyrylo Budanov posant avec le fondateur de la marque Sva Stone, « un nom dérivé d’un terme d’argot slave pour “svastika” », la croix gammée emblématique des nazis, « qui collabore avec le renseignement militaire ukrainien (GUR) et qui a reçu des distinctions de l’agence » (anciennement) dirigée par Budanov :

La marque a une fois de plus lancé une collection de T-shirts célébrant la Division Waffen-SS Galicie. Les chemises arborent le slogan « La Flamme de la Gloire ne s’éteindra jamais », tiré de la chanson du même nom du groupe néonazi Sokyra Peruna (Hache de Perun), qui glorifie les « exploits héroïques » de la Division. Le chanteur principal du groupe, Arsenii Bilodub, sert actuellement comme officier dans la Troisième Brigade d’assaut issue d’Azov.

Nous avons interrogé l’IA Grok qui confirme :

La marque Sva Stone est une marque ukrainienne de vêtements fondée à Kiev. Elle utilise ce nom de façon provocante et néo-païenne. Elle est souvent associée à la scène nationaliste ukrainienne et a collaboré avec des structures liées au renseignement militaire ukrainien (GUR).

C’est probablement ce que l’on appelle l’humour ukrainien.


Note

[1] Journée nationale de commémoration des victimes du génocide perpétré par les nationalistes ukrainiens sur les citoyens de la IIe République polonaise.

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