Objectif atomique

Équipe Le Point Critique | 09 juillet 2026

Sommet de l’OTAN : les États-Unis enterrent définitivement l’esprit d’Anchorage

Le sommet de l’OTAN s’est achevé hier à Ankara au terme de deux jours d'échanges et de négociations, focalisés en partie sur la guette en Ukraine. Le président Zelensky est reparti avec 140 milliards d’euros en poche, un manuel pour fabriquer des missiles Patriot et l’espoir de pouvoir prolonger le conflit pendant deux années de plus.

Donald Trump, sommet de l'TAN 2026, 7-8 juillet 2026, Ankara (Turquie)

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’est exprimé hier en marge du sommet de l’OTAN à propos de la campagne de frappes ukrainiennes contre les sites énergétiques russes qu’il a qualifiées de « désastre stratégique » et de vengeance légitime. Il a annoncé que les États-Unis soutiendront ces attaques visant à déstabiliser économiquement et politiquement la Russie, afin de permettre à l’Ukraine de mettre un terme au conflit et à la Russie de « ressentir ce qu’elle subit depuis des années » :

Nous aiderons l’Ukraine à frapper en profondeur en Russie afin qu’elle mette fin à la guerre.

Cette déclaration succède à l’annonce du président américain, à l’issue de sa rencontre avec Volodymyr Zelensky, d’un possible transfert de licences de production pour les intercepteurs Patriot, les seuls capables d’arrêter les missiles balistiques russes Iskander. Le président ukrainien aura donc dû attendre un peu plus d’un mois pour obtenir une réponse à la lettre adressée le 26 mai à Donald Trump, dans laquelle il l’alertait sur la pénurie critique de munitions pour les systèmes de défense antiaérienne Patriot :

Au nom du peuple ukrainien, je demande respectueusement au président et au Congrès des États-Unis de rester engagés. Et pour nous aider à garantir cet outil vital de protection contre la terreur russe – les missiles Patriot PAC-3 et des systèmes supplémentaires – afin de stopper les missiles balistiques russes et les autres attaques de missiles russes.

https://kyivindependent.com/zelensky-sends-trump-urgent-letter-warning-of-critical-missile-defense-shortages

Bien qu’il s’agisse d’un transfert de technologie et non d’une aide financière ou d’une livraison de matériel, cette promesse marque une rupture avec la décision de suspendre temporairement l’aide militaire américaine à l’Ukraine, annoncée le 4 mars 2025 à la suite de la rencontre calamiteuse avec le président ukrainien à la Maison-Blanche, et suivie de nombreuses déclarations en ce sens. En apparence du moins, puisque personne ne peut prédire quand le premier intercepteur Patriot sortira des usines de production ukrainienne, ce qu’a probablement cherché à souligner Donald Trump en commentant cette annonce :

Comme ça, tu ne pourras pas te plaindre qu’on ne leur en donne pas assez… Fais-les toi-même !

La veille, le président ukrainien s’était invité au Forum de l’industrie de défense de l’OTAN où il avait exhorté ses alliés à lui fournir des systèmes de défense aérienne, qui constitueraient selon lui la clé d’une victoire contre la Russie :

Nous sommes capables de tout faire, sauf la défense aérienne. S’il vous plaît, nous avons besoin de la détermination de nos partenaires.

https://www.bbc.com/news/articles/c9d227e5zj6o

Il repartira sans ses Patriot et sans avancée sur une éventuelle intégration à l’OTAN, mais avec une promesse de dons de 140 milliards d’euros (70 à 80 milliards € d’aide militaire pour 2026 et l’équivalent pour 2027), financés majoritairement par les Européens, dont principalement l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne, les pays baltes et la France.

Ceux qui pensaient que Donald Trump était un espion russe seront probablement ravis de constater qu’il n’en est rien. Ceux qui pensaient que les États-Unis avaient l’ambition de se poser en médiateurs ou en facilitateurs de paix aussi.

Le sommet confirme l’analyse formulée par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui déclaraient il y a quelques jours, à l’issue du dernier G7 :

Je ne veux même pas soupçonner que l’Alaska, comme les actions européennes, a été conçu pour gagner du temps pour que le régime de Kiev le fasse, je ne veux même pas y penser. Mais en fait, il s’avère que c’est ce qui s’est passé.

Il ne pensait sans doute pas si bien dire.

Le Pr Jeffrey Sachs (université de Columbia), l’un des économistes et géopolitologues probablement les plus respectés au monde, a qualifié de « désastreux » le dernier sommet de l’OTAN, qu’il analyse comme une potentielle étape décisive vers une guerre nucléaire contre la Russie (15 : 28) :

Il n’y a aucun moyen de vaincre la Russie autrement qu’en nous menant à une guerre nucléaire, parce que la Russie ne va pas se rendre face à des frappes en profondeur sur son territoire soutenues par l’Occident. Elle va escalader, et si on la pousse suffisamment fort et si ces frappes sont assez coûteuses, cela débouchera sur une guerre nucléaire.

https://youtu.be/dQ1WdcPWxFU?t=929

Si une telle issue devait se produire, ce que Jeffrey Sachs estime « absolument possible » (17 : 17), la responsabilité en reviendrait probablement pour une large part aux États-Unis, mais aussi et surtout aux alliés européens de l’Ukraine, en particulier la France, dont il souligne l’incompétence et l’ignorance crasses (16 : 00) des dirigeants actuels :

Il y a donc, je suppose, trois scénarios possibles pour la suite des événements. Le premier est que la Russie parvienne carrément à atteindre ses objectifs militaires. C’est certainement tout à fait possible. Certains diraient même que c’est tout à fait probable. La deuxième, c’est que la situation dégénère en guerre nucléaire. Je pense que c’est tout à fait possible, car nous sommes actuellement dirigés par les personnes les plus incompétentes qu’on puisse imaginer : Trump, Mertz, Mcronone et bien d’autres encore. Et la troisième, c’est que ces gouvernements et ces lobbies bellicistes finissent par être chassés par des populations qui en ont profondément assez d’eux.

L’une des annonces à laquelle renvoie cette analyse est la possibilité, formalisée mercredi par Donald Trump à Ankara, d’instaurer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine dans le cadre des garanties de sécurité, ce qui créerait un risque élevé de basculement vers une confrontation directe entre l’OTAN et la Russie puisqu’il suffirait alors d’une simple provocation ukrainienne pour déclencher une reprise des hostilités.

Dernièrement sur Le Point Critique

Aucun article actuellement disponible dans cette catégorie
Recevez gratuitement l’information du Point Critique, en continu sur vos écrans ! !