Trahison d'État

Équipe Le Point Critique | 07 juillet 2026

L’affaire des missiles polonais

Les tensions entre l’Ukraine et la Pologne ont connu un nouveau rebondissement ce week-end, avec la divulgation d’un transfert secret de 30 missiles Patriot polonais à Kiev, réalisé au printemps dernier par le gouvernement Tusk, sans consultation du Parlement de Pologne.

Missile Patriot polonais

Le vice-président de la Diète de Pologne (Sejm), Krzysztof Bosak, a révélé ce samedi sur son compte X l’existence d’un accord secret, conclu en mars entre le gouvernement et l’Ukraine sans en informer le Sejm, au terme duquel une trentaine de missiles intercepteurs Patriot de dernière génération (PAC-3 MSE) auraient été cédés à Kiev. Il rappelle que ces missiles, qui sont à la fois rares et hors de prix, avaient été achetés par la Pologne aux États-Unis dans le but de construire un système de défense antiaérienne multicouche, annoncé depuis des années dans les médias, mais qui n’est toujours pas achevé, et qui ne le sera donc pas prochainement en raison de cette cession clandestine.

L’information a été rapportée dimanche dans la presse ukrainienne.

Le député de la Diète de Pologne Konrad Berkowicz affirme aujourd’hui que cette décision aurait été prise à Berlin et exécutée secrètement en Pologne par le Premier ministre Donald Tusk et son vice-président, Władysław Kosiniak-Kamysz, en sa qualité de ministre de la Défense. Le chef du Bureau de la politique internationale, Marcin Przydacz, a en effet confirmé ce dimanche que les missiles avaient très « probablement » d’ores et déjà transmis à Kiev, ce que le ministère ukrainien de la Défense avait laissé entendre en avril dernier, dans un message de remerciement à la Pologne.

Au-delà de leur coût d’acquisition, ces missiles sont les seuls capables d’intercepter les Iskander russes déployés dans l’oblast de Kaliningrad qui constitue une source historique de tensions entre Varsovie et Moscou. Ils sont donc cruciaux pour la défense polonaise, exactement pour les mêmes raisons qu’ils le sont pour l’Ukraine. Or on apprend aujourd’hui par la voix du journaliste Pawel Sokala et de l’eurodéputée Ewa Zajączkowska-Hernik que l’Ukraine aurait également pris la place de la Pologne dans la file d’attente pour la production de ces missiles, ce qui constituerait une inversion de la hiérarchie supposée placer les intérêts vitaux de la Pologne au-dessus de ceux de l’Ukraine :

Comme je le vois, de nombreux comptes confirment ce que, par prudence procédurale en mars, je n’ai pas écrit. À savoir que nous avons transmis aux Ukrainiens des PAC-3MSE. Reste cependant la question de savoir si, en lien avec cela, nous ne leur avons pas cédé quelque chose de plus – la possibilité de reconstituer notre arsenal.
Les PAC-3 sont des missiles diablement chers, dont nous avons peu et dont les livraisons, après la guerre du Golfe, accusent des retards temporels.
C’est un scandale inouï. Dans notre situation – exposés au risque en première ligne – les dépenser vers l’est n’aurait absolument pas dû se produire. L’Europe de l’Ouest peut se permettre de telles livraisons. Pas nous.
Quant au fait que, en transmettant un équipement si précieux et en nous exposant à un risque supplémentaire, nous recevons des Ukrainiens ce que nous recevons… je n’en parlerai même pas. Quel cheval est-ce – chacun le voit.
Ce qui m’intéresse vivement en revanche, et que je recommanderais d’examiner, c’est si, par hasard, nous n’avons pas en plus cédé aux Ukrainiens une place dans la file d’attente pour les slots de production de ces missiles aux États-Unis ?
Zelensky a remercié il y a quelque temps les « partenaires » pour une telle initiative. Et si nous ne faisions pas partie de ces « partenaires » ?
Et si c’est le cas, jusqu’où dans le futur les livraisons pour nous ont-elles été repoussées ?
Il vaudrait peut-être la peine d’éclaircir cette question. Même si de telles décisions ont été prises plus tôt – peut-être pouvons-nous encore les annuler. Les circonstances ont changé, après tout.
Hier, le ministère de la Défense et le ministère des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse, ont déclaré qu’ils avaient connaissance des scénarios d’attaque contre la Pologne discutés au Kremlin. C’est une raison suffisante pour informer les Ukrainiens du changement de priorités du gouvernement de la République de Pologne.

Le ministère polonais de la Défense, par la voix de son vice-ministre Cezary Tomczyk, a refusé de commenter cette annonce en prétextant que « la liste des dons transmis est secrète ». Suite à la polémique déclenchée par cette réponse, le vice-président du Conseil des ministres, Władysław Kosiniak-Kamysz, a annoncé qu’il avait ordonné la déclassification de toutes les donations à l’Ukraine pour les années 2022-2026, ainsi que l’ouverture d’une enquête par les services du contre-espionnage militaire pour identifier l’origine de la fuite d’information.

Cezary Tomczyk explique aujourd’hui que si la Pologne était menacée – ce qu’il prétend aujourd’hui en invoquant l’imminence d’une agression russe –, elle recevrait « dix fois plus de ce type de missiles et de systèmes dès la première journée de menace ».

Les députés d’opposition dénoncent une trahison des intérêts de la Pologne par le gouvernement pro-UE de Donald Tusk, accusé de faire le jeu de l’Ukraine et de l’Allemagne. Cette implication de Berlin est également pointée par le président polonais pour expliquer l’attaque menée actuellement par l’Ukraine sur le terrain mémoriel, à travers la glorification des auteurs du génocide polonais commis en Volhynie durant l’Holocauste.

Dans une interview accordée vendredi au média Wnet, le conseiller de Karol Nawrocki, Jacek Saryusz-Wolski a confié que le président polonais suspectait les Ukrainiens d’« utiliser intentionnellement les questions de l’UPA pour changer la géopolitique européenne », sur ordre ou avec la complicité de l’Allemagne, et pour exclure la Pologne de la table des négociations concernant l’avenir de l’Ukraine et la sécurité de l’Europe lors d’un futur accord de paix.

Ils y entrent déjà avec l’Allemagne et veulent exclure la Pologne du jeu « néo-Yalta ». Ni l’Allemagne ni l’Ukraine ne veulent que la Pologne s’assoie à la table en matière de solutions finales. Et la solution finale concerne la sécurité polonaise.

https://wnet.fm/2026/07/03/saryusz-wolski-ukraina-w-ue-a-interes-polski

Comment qualifier cette manipulation et la réaction du gouvernement Tusk si la décision d’instrumentaliser le massacre de Volhynie en glorifiant les collaborateurs nazis qui l’ont perpétré a été prise après le transfert clandestin du joyau de la défense polonaise ?

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