Le vers est dans le fruit

Équipe Le Point Critique | 05 juillet 2026

Le problème ukrainien

L’Ukraine multiplie depuis le 25 mai les provocations à l’égard de la Pologne. Ces attaques semblent avoir réveillé un sentiment anti-polonais violent en Pologne comme en Ukraine, où elles ont libréré la parole des nationalistes les plus radicaux. Certaines voix s’inquiètent aujourd’hui d’une possible tentative d’assassinat du président Nawrocki.

Dmytro Yarosh, commandant de l'Armée volontaire ukrainienne

Il y a un mois, Volodymyr Zelensky est entré symboliquement en guerre contre le pays qui l’a probablement le plus aidé, et le plus précocement, depuis le début du conflit avec la Russie, la Pologne. Après avoir brièvement feint d’avoir agi par maladresse en nommant, le 26 mai, un corps d’élite « Héros de l’UPA », en hommage à l’Armée indépendantiste ukrainienne qui massacra plus de 100 000 civils polonais en collaboration avec le IIIe Reich, en Volhynie et en Galicie orientale, il a entrepris une authentique croisade mémorielle.

Celle-ci avait en réalité débuté la veille de ce décret, par la réinhumation d’Andriy Melnyk, collaborateur nazi et dirigeant de l’OUN, l’organisation indépendantiste qui créa l’UPA. Elle s’est concrétisée le 28 juin par la création d’un Panthéon national, qui accueillera les pères fondateurs de l’État ukrainien, dont l’Acte de restauration stipule explicitement :

Le nouvel État ukrainien qui émerge travaillera en étroite collaboration avec la Grande Allemagne national-socialiste, qui, sous la direction de son Führer Adolf Hitler, crée un nouvel ordre en Europe et dans le monde. L’Armée nationale révolutionnaire ukrainienne, qui se forme sur le sol ukrainien, continuera à combattre aux côtés de l’Armée allemande alliée contre l’occupation moscovite et pour le nouvel ordre dans le monde entier.

Les valeurs défendues aujourd’hui par l’État ukrainien

Le chef de la Chancellerie du président de la République de Pologne, Zbigniew Bogucki, a expliqué sur son compte X ce que fut le massacre de Volhynie et pourquoi il n’existe aucune manière décente d’ériger a posteriori ses auteurs en héros :

Les criminels de l’UPA n’étaient en aucun cas des héros !
Que représentait la Volhynie à la lumière de la décision du président ukrainien de donner à l’une de ses unités le nom de héros de l’UPA ?
Réfléchissons à ce qu’était la Volhynie et à qui appartenaient les membres de l’UPA. La Volhynie était-elle un noble champ de bataille ? Un affrontement entre deux armées ? Une manœuvre tactique ? Étaient-ce réellement des héros ? S’agissait-il de champs de bataille où deux armées s’affrontaient pour défendre leurs intérêts nationaux ?
Non, Mesdames et Messieurs.
La Volhynie, ce sont des enfants déchiquetés.
Ce sont des femmes enceintes assassinées.
Ce sont des fourches.
Ce sont des scies.
Ce sont des écartèlements.
C’est une barbarie dont, peut-on le dire, la civilisation occidentale n’avait jamais été témoin.
Et cela doit être dit. Ce n’étaient pas des champs de bataille héroïques. Ce n’étaient pas des héros.
Si l’on cherche des héros en Volhynie, on les trouve dans ces fosses anonymes. Ce sont plus de 100 000 Polonais qui, à ce jour, n’ont toujours pas été enterrés. Ce sont eux qui étaient nos grands héros polonais, ces femmes et ces enfants. Ce sont eux qui étaient les héros, et non les criminels de l’UPA.

L’historien polonais Edward Reid explique lui aussi pourquoi il n’existe aucun argument moral pour cautionner les crimes commis par l’UPA et pourquoi leur reconnaissance ne peut se faire au nom de la société ukrainienne :

Le massacre de plus de cent mille civils polonais par l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et les formations nationalistes associées en Volhynie et en Galicie orientale pendant la Seconde Guerre mondiale est l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire européenne du XXe siècle. Des hommes, des femmes, des enfants et des personnes âgées ont été délibérément ciblés parce qu’ils étaient polonais. Des villages entiers ont été détruits. Des familles ont été exterminées. Nombre de victimes ont été soumises à une cruauté extraordinaire avant d’être tuées.
Il n’existe aucun contexte historique, aucun ressentiment politique ou aspiration nationaliste qui puisse justifier ces crimes. Chaque peuple a le droit de chercher la liberté et l’indépendance, mais aucune nation n’a le droit de bâtir cette liberté sur le meurtre systématique de civils.
Aucune personne raisonnable ne devrait accepter la glorification de ceux qui sont responsables de nettoyages ethniques ou de massacres. Honorer des individus impliqués dans des atrocités envoie un message selon lequel la souffrance des victimes innocentes est secondaire par rapport à la mythologie nationaliste. Cela approfondit les anciennes blessures au lieu de les guérir.
Reconnaître ces crimes n’est pas une attaque contre le peuple ukrainien. Des millions d’Ukrainiens n’ont eu aucune implication dans ces événements, et de nombreux Ukrainiens ont également souffert énormément pendant la Seconde Guerre mondiale. Distinguer entre une nation et ceux qui ont commis des atrocités est essentiel si l’on veut comprendre l’histoire avec honnêteté.

Est-il honnête de vouloir tordre le bras à la Pologne en lui ordonnant de se taire et d’accepter cette agression mémorielle d’une violence inouïe ?

Un groupe de juristes polonais a republié samedi un extrait du film Wołyń, qui raconte le génocide de Volhynie. Il a été réalisé en 2016, preuve que le temps n’a pas permis de refermer la plaie que l’Ukraine cherche aujourd’hui à ulcérer. L’extrait (1 : 52 : 05) présente une reconstitution de la tentative de médiation menée par un lieutenant polonais dans le but de mettre fin aux massacres. Les auteurs de ce tweet expliquent pourquoi l’indulgence qui est actuellement exigée du gouvernement polonais est probablement aussi vaine qu’elle le fut en 1943 :

À tous les partisans du rapprochement avec l’Ukraine, je recommande un extrait du film Wołyń qui fait référence à un véritable événement : la tentative de médiation menée par le lieutenant Zygmunt Rumel auprès des bandits de l’UPA. Il s’est rendu aux négociations sans armes pour supplier d’arrêter les massacres de la population civile. Ils l’ont déchiqueté avec des chevaux.

Le retour d’une haine historique

Plusieurs voix s’élèvent depuis quelques jours pour dénoncer la flambée de haine que cette initiative ukrainienne a réveillée à l’encontre des Polonais, notamment envers ceux qui vivent aujourd’hui en Ukraine. Le ministre polonais en charge des affaires européennes, Jacek Saryusz-Wolski, rapporte ce samedi la déclaration du directeur du Centre des études orientales :

Je suis surpris par l’intensité des sentiments anti-polonais en Ukraine. Je m’occupe des relations bilatérales depuis 20 ans, mais je n’ai jamais rien vu de tel auparavant. Dans les médias comme sur les réseaux sociaux, on voit littéralement une vague de haine envers la Pologne.

Pour preuve, fin juin, un sergent ukrainien a proféré des menaces de mort à l’encontre des Polonais et des Hongrois qui critiqueraient le décret présidentiel glorifiant les soldats de l’UPA, parmi lesquels figurait son propre grand-père. Dans un autre message, il dénonce la faiblesse de ses concitoyens « polonophiles » qui refusent d’assumer fièrement cette page sanglante de leur histoire pour ne pas froisser leurs voisins.

Ces menaces sont-elles crédibles ? Oui, et c’est un problème.

La crainte d’une escalade mortelle

La chroniqueuse politique Joanna Zinkiewicz fait état de sa profonde inquiétude pour le sort du président polonais dont elle explique qu’il subit une campagne de haine sans précédent en Pologne comme en Ukraine après avoir déchu Volodymyr Zelensky de l’ordre de l’Aigle blanc, en réaction à son refus d’amender le décret de glorification de l’UPA :

J’ai peur d’une répétition de l’histoire, je vous rappelle que dans le passé, il y a eu une attaque contre le président de la République de Pologne Gabriel Narutowicz. Il a été abattu par un peintre et critique d’art Eligiusz Niewiadomski. L’attaque a eu lieu le 16 décembre 1922 dans la construction de la Galerie nationale d’art de Zachęta à Varsovie.
Plus tard, le ministre de l’Intérieur Bronisław Pieracki a été assassiné. Il a été abattu le 15 juin 1934 à Varsovie par un membre de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), Hryhoriy Maciejko.

https://myslpolska.info/2026/06/30/joanna-zinkiewicz-tron-we-krwi/

Ces inquiétudes s’appuient notamment sur la manière dont Volodymyr Zelensky a commenté fin juin la décision du président polonais, Karol Nawrocki : « Nawrocki aime Orbán, ça va mal finir. » On se souvient que Zelensky avait formulé publiquement, début mars, des menaces de mort à l’encontre du Premier ministre hongrois. Celles-ci avaient été réitérées quelques jours plus tard par l’ex-directeur des services de sécurité ukrainiens, Hryhoriy Omelchenko, qui avait déclaré que des « escadrons de la mort », composés d’officiers issus d’une organisation paramilitaire clandestine (Karma) formée dans le but d’identifier et d’éliminer les agents russes, connaissaient déjà l’adresse du Premier ministre hongrois et de sa famille. Or la décision du président polonais a été présentée par l’administration de Kiev et le Premier ministre polonais comme un cadeau fait à la Russie, et donc comme une trahison des intérêts suprême de l’Ukraine.

Si ces menaces à l’encontre de Viktor Orbán n’ont pas été mises à exécution, le nom de l’Ukraine est aujourd’hui associé à plusieurs opérations criminelles, qu’il s’agisse du sabotage des gazoducs Nord Stream, ou plus récemment de l’attentat perpétré contre un oligarque ukrainien à Monaco, suspecté d’avoir été commandité par le SBU. Elle pourrait également être impliquée dans la tentative d’assassinat de Vladimir Poutine, en janvier dernier, ou dans l’attaque en juin dernier contre le port roumain de Constanta, qui aurait pu se conclure par des milliers de morts.

Le vers est déjà dans le fruit

La dépendance extrême de l’Ukraine à l’aide occidentale, qui fait de celle-ci un levier puissant pour exiger certaines contreparties, aurait dû permettre de clore la parenthèse ouverte par l’Ukraine fin mai avec la réinhumation d’Andriy Melnyk. Rien de tel ne s’est passé.

Les dirigeants européens ne se réveilleront pas. Aucun d’eux n’a pris la parole pour défendre la Pologne afin de protéger l’image de l’Ukraine ; il est tard pour s’indigner et condamner un « glissement » qu’ils n’ont cessé de nier en construisant les outils juridiques pour réduire au silence ceux qui le dénonçaient.

L’héroïsation des fondateurs de l’UPA, décrits par l’ancien Premier ministre polonais Leszek Miller comme « la variante ukrainienne du fascisme ou du nazisme », a démontré que l’intégration de l’Ukraine dans l’UE et l’OTAN n’est pas négociable, quand bien même Zelensky ferait un pas en arrière, ce qu’il ne peut de toute façon pas et ce qu’il ne ferait dans le meilleur des cas qu’au prix d’un mensonge stratégique. Elle a été approuvée par l’ensemble des médias, dont le silence a consisté à normaliser l’idéologie au nom de laquelle ce génocide fut perpétré. L’UE a sur ce principe déjà été absorbée dans une nouvelle entité, dont les valeurs sont officiellement incarnées par un pays qui a choisi de construire un mémorial nazi comme symbole de son identité et de son histoire.

Voilà le point où les peuples européens ont été conduits.


Nos principales publications concernant l’affrontement diplomatique entre la Pologne et l’Ukraine

• 03/07/2026 : Glorification d’anciens collaborateurs nazis, Bruxelles devra choisir entre l’Ukraine et ses valeurs.
• 02/07/2026 : Le Parlement ukrainien valide en trois jours la création d’un Panthéon destiné à accueillir d’anciens collaborateurs nazis.
• 27/06/2026 : Menaces de guerre ukrainiennes à l’encontre de la Pologne et de la Hongrie.
• 25/06/2026 : Clash diplomatique avec la Pologne : la vengeance de Zelensky.
• 24/06/2026 : Les 362 méthodes de torture utilisées par l’UPA et par la population ukrainienne qui collaborait avec elle sous l’Holocauste.
• 23/06/2026 : Apologie de crimes nazis : le président polonais déchoit Volodymyr Zelensky du prestigieux ordre de l’Aigle blanc.
• 13/06/2026 : Le régime de Kiev exige que les Ukrainiens s’agenouillent devant la dépouille d’un ancien collaborateur nazi.
• 09/06/2026 : Kiev pourrait renoncer à sanctuariser l’armée qui participa aux massacres de Volhynie sous l’Holocauste.
• 30/05/2026 : Glorification des auteurs du génocide polonais, le Premier ministre Donald Tusk vole au secours de Volodymyr Zelensky.
• 28/05/2026 : Zelensky fait inscrire le directeur du Centre mondial du souvenir de l’Holocauste sur la liste noire des ennemis de l’Ukraine.
• 27/05/2026 : Hommage national rendu par l’Ukraine à un collaborateur nazi : une historienne fait part de sa honte.
• 23/05/2026 : Bruno Retailleau quitte Kiev deux jours avant la réinhumation des restes d’un ancien collaborateur nazi dans la capitale ukrainienne.

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