Tyrannie sans fin
Élections en Ukraine, pourquoi Volodymyr Zelensky s’y refuse
Lors d’une prise de parole improvisée à Kiev le 2 juin dernier, au lendemain d’une attaque russe, le président ukrainien a annoncé qu’il n’envisageait pas d’organiser de nouvelles élections en 2026, contrairement à ce qu’avait laissé entendre le Financial Times en février dernier. De nouveaux éléments éclairent ce durcissement de la position de Volodymyr Zelensky, dont le temps politique semble aujourd’hui compté.

Cette déclaration se veut une réponse aux rumeurs relayées par la presse ukrainienne concernant une possible candidature de l’ex-commandant en chef des armées, Valerii Zaluzhnyi, perçu comme un rival potentiel de Volodymyr Zelensky si des élections devaient être organisées en automne prochain. Ce démenti n’est pas à proprement parler un scoop compte tenu des réticences affichées depuis 2022 par le président ukrainien, qui n’a modifié sa position en 2025 que du bout des lèvres, et sous pression de l’administration Trump. Cette annonce est toutefois inédite dans sa forme, puisqu’elle prétend démontrer la supériorité démocratique de l’Ukraine en attribuant les frappes perpétrées contre Kiev à la volonté de Vladimir Poutine de montrer sa puissance avant le scrutin régional de septembre 2026, et en sous-entendant que le président ukrainien refuserait d’organiser de futures élections par peur de les perdre :
Nos responsables politiques ne doivent pas l’oublier : il n’y aura pas d’élections chez nous. Nous devons défendre notre État.
Le mandat de Zelensky a expiré en mai 2024, mais la Constitution ukrainienne autorise sa prolongation dans le cadre de la loi martiale, reconduite 19 fois depuis son instauration en 2022. Le président ukrainien justifie depuis plus de deux ans l’impossibilité d’organiser de nouvelles élections, qu’il conditionne à la signature préalable d’un cessez-le-feu d’au moins 60 jours, en raison des problèmes de sécurité et d’organisation inhérents au conflit :
Nous passerons aux élections quand toutes les garanties de sécurité nécessaires seront en place. C’est très facile à faire : instaurer un cessez-le-feu et il y aura des élections.
Il estime par ailleurs que ce cessez-le-feu doit être impérativement décorrélé d’un accord de paix, qui ne pourra être validé qu’à l’issue de la tenue d’un référendum national portant sur l’ensemble de ses termes ainsi que sur les garanties de sécurité proposées, ce que son ancienne porte-parole analyse comme une forme de chantage et comme une stratégie pour interdire toute solution de paix.
Il n’y a pas d’élections. Nous sommes dans un piège juridique. La dernière fois qu’il envisageait des élections, il ne voulait pas lever la loi martiale et voulait organiser un scrutin en un seul tour pour pouvoir le contrôler. C’est ce que rapporte un média ukrainien très fiable, citant des sources de son entourage et du Parlement.
Pourquoi peut-on douter des explications données par le président ukrainien pour justifier son refus d’organiser sa succession ?
Concerts et festivals en plein air dans tout le pays
Kiev organise régulièrement des concerts géants en plein air où la population se déplace massivement (50-80 événements, incluant des festivals ou des concerts en plein et des hommages orchestraux), ce qu’elle ne ferait pas si elle vivait dans la terreur de bombardements aveugles.
Le dernier en date, le festival en plein air Max Barskih, a réuni une demi-douzaine d’artistes ainsi que l’Orchestre présidentiel national, dans un format incluant des spectacles en plein air organisés dans une vingtaine de villes ukrainiennes de fin juin à septembre. L’IA Grok décrit l’événement en ces termes :
Une atmosphère festive et familiale sous le ciel ukrainien, avec une forte présence de fans. Des vidéos et posts sur les réseaux montrent une foule enthousiaste, des moments viraux (comme une spectatrice grimpant sur une structure pour danser) et une bonne organisation malgré quelques incidents mineurs gérés par la sécurité.
Tentative d’achat de la candidature de Zaloujny
Last but not least, une enquête publiée aujourd’hui par la Pravda d’Ukraine (Ukrainska Pravda) indique que l’administration kiévienne aurait tenté de dissuader Zaloujny, dont les sondages indiquent qu’il l’emporterait dans le cas d’un second tour l’opposant à Volodymyr Zelensky, de se présenter à la prochaine élection. Le rapport précise également que « de hauts responsables auraient envisagé de lui offrir des postes gouvernementaux de premier plan, y compris celui de Premier ministre ».
Hormis la fin d’une séquence de sept ans sous le feu des projecteurs, une défaite électorale pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour le président ukrainien, dont l’entourage immédiat est directement cité dans une multitude de scandales, révélés depuis novembre 2025 par les agences ukrainiennes de lutte anticorruption NABU, SAPO). Certains observateurs, dont l’ancien conseiller présidentiel, Oleksiy Arestovytch, estiment que les sommes détournées pourraient représenter 40 à 70 % de l’aide occidentale dont a bénéficié l’Ukraine depuis quatre ans.
Chantage autour de l’audit américain en 2025
Si Volodymyr Zelensky est personnellement impliqué dans le système de détournement de fonds révélé par les agences anticorruption, la perspective d’un audit de l’aide occidentale est probablement une raison suffisante pour expliquer son refus de quitter le pouvoir. Les Américains avaient annoncé en 2025 enquêter sur l’utilisation de l’aide fournie à Kiev par l’administration démocrate. Le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense de l’Ukraine, Rustem Umerov, avait alors négocié que cet audit soit annulé et remplacé par une amnistie totale de l’administration kiévienne (pourquoi ?), dans l’ébauche d’accord de paix américain en novembre 2025.
La question devrait revenir sur la table dans les prochains mois. Le premier volet des négociations concernant une éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’UE a en effet débuté le 15 juin. Ce groupe (cluster) de chapitres, qui regroupe les questions relatives à l’état de droit et au fonctionnement démocratique, inclut en particulier ceux concernant le contrôle financier, la gestion des fonds publics et la lutte contre la corruption. La Facilité pour l’Ukraine, qui constitue le principal outil de soutien européen à l’Ukraine (50 milliards d’euros alloués pour la période 2024-2027) prévoit qu’« une commission des comptes indépendante dédiée examinera l’utilisation des fonds ».
Attenta du SBU pour contrer l’exposition de la corruption d’État ?
L’attentat commis il y a trois jours à Monaco contre l’oligarque ukrainien, Vadim Ermolaev, dont les premiers éléments de l’enquête suggèrent qu’il aurait été commandité les services de renseignement ukrainien (SBU), autorise à penser que ces doutes sont fondés. Selon le journal Nice Matin, citant l’ancien agent de renseignements de la DGSE, Claude Moniquet, Ermolaev s’apprêtait à donner une conférence au Parlement européen pour dénoncer la corruption dans son pays.
Encore une fois, si ces accusations sont fondées, il vaudra probablement mieux pour le président ukrainien être toujours en poste et avoir à disposition des moyens d’État lorsque le vent tournera. Faut-il y voir un lien avec la création d’un Panthéon national, destiné à flatter l’aile ultranationaliste la plus dure du régime, inondée depuis quatre ans d’armes occidentales permettant au président ukrainien de rester en poste aussi longtemps qu’il le souhaitera ?
