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Équipe Le Point Critique | 02 juillet 2026

Le Parlement ukrainien valide en trois jours la création d’un Panthéon destiné à accueillir d’anciens collaborateurs nazis

Volodymyr Zelensky a déposé le 28 juin un projet de loi visant à créer un Panthéon national regroupant les figures marquantes de l’histoire ukrainienne. La Verkhovna Rada l’a validé le 1er juillet, soit moins de 72 heures plus tard, sans qu’aucune voix ne s’élève contre ce projet qui accueillera les collaborateurs nazis qui ont libéré l’Ukraine du joug soviétique.

Zelensky annonce la création d'un Panthéon national ukrainien, 28 juin 2026

C’est donc officiel. L’Ukraine aura son propre Panthéon où reposeront les restes des pères fondateurs de la nation, actuellement éparpillés aux quatre coins de l’Europe, en Allemagne, en France et en Roumanie. L’objectif de ce mémorial, dont le projet est soutenu depuis 2023 par le président ukrainien, est de « restaurer la justice historique, préserver la mémoire nationale, renforcer la cohésion de la société autour d’une histoire commune et consolider l’identité nationale et civique ukrainienne » :

Aujourd’hui, j’ai soumis au parlement une loi sur le Panthéon national ukrainien. Les noms de tous les héros qui se sont battus pour l’Ukraine à travers différents siècles et époques, qui ont inspiré l’Ukraine, seront réunis et inscrits à jamais dans notre histoire avec un H majuscule, avec un grand respect et une grande attention de l’État – l’Ukraine, qui se respecte, qui valorise les siens et défend les siens – son droit d’être ukrainiens. Quand personne ne nous ordonnera plus jamais comment nous devrions vivre, comment parler, qui nous devrions aimer, à qui nous devrions être reconnaissants et quels héros nous devrions honorer.

Cette initiative, qui coïncide symboliquement avec le jour de la fête de la Constitution, intervient moins d’un mois après la réinhumation d’un ancien collaborateur nazi, Andriy Melnyk, suivie 24 heures plus tard de la publication d’un décret présidentiel, attribuant le titre posthume de « héros » à l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) qui tortura et assassina plus de 100 000 civils polonais ainsi que des milliers d’Ukrainiens et de Juifs durant l’Hocolauste, en Volhynie et en Galicie orientale, lors d’un des massacres les plus barbares de l’histoire. Melniyk fut le premier des héros que ce Panthéon accueillera, mais on connaît déjà les noms de ceux qui devraient le rejoindre : Stepan Bandera, Roman Shukhevych, Yevhen Konovalets ou encore Symon Petliura.

The Kyiv Independant les présente comme des acteurs essentiels de l’histoire ukrainienne, en omettant de préciser que l’ensemble des « figures militaires de la lutte pour la libération », qui sont prioritairement visées par le texte, ont toutes en commun d’avoir soutenu et/ou participé activement à l’Holocauste, comme nous l’avons expliqué dans un précédent article.

L’historienne Marta Havryshko rappelle en effet que l’État ukrainien dont le futur Panthéon accueillera les pères fondateurs « était censé aider Hitler à bâtir son Nouvel Ordre et contribuer à la Solution finale de la question juive ». Elle détaille et commente, dans un autre message, la déclaration que contenait ce fameux Acte de restauration de l’État ukrainien, dont l’Ukraine célèbre aujourd’hui, jour pour jour, le 85e anniversaire :

Le document déclarait : « Le nouvel État ukrainien qui émerge travaillera en étroite collaboration avec la Grande Allemagne national-socialiste, qui, sous la direction de son Führer Adolf Hitler, crée un nouvel ordre en Europe et dans le monde… L’Armée nationale révolutionnaire ukrainienne, qui se forme sur le sol ukrainien, continuera à combattre aux côtés de l’Armée allemande alliée contre l’occupation moscovite et pour le nouvel ordre dans le monde entier. »

Il n’y a donc aucune ambiguïté sur la nature de ce projet qui prétend instaure en 2026, au cœur de l’Europe et sans doute demain de l’UE, un authentique mémorial nazi dont personne ne sera autorisé à contester l’existence. Dani Dayan, le directeur du Centre mondial du souvenir de l’Holocauste, Yad Vashem, en a fait l’amère expérience. Quelques jours après déclaré sur le réseau X qu’il se sentait « profondément troublé » par la panthéonisation de Melnyk, son nom a été inscrit sur la liste noire du régime de Kiev, la fameuse kill list Myrotvorets.

Le chef de l’administration ukrainienne, Kyrylo Budanov, a commenté quasiment dans les mêmes termes que Volodymyr Zelensky cette initiative mémorielle, en référence à la décision du président polonais, Karol Nawrocki, de déchoir son homologue ukrainien de l’ordre de l’Aigle blanc un mois après la publication du décret de glorification de l’UPA.

Si cette récente initiative a été prise au terme d’intenses tractations diplomatiques visant à convaincre Zelensky d’amender sa décision, la Pologne s’est contentée de prendre acte non pas tant de l’incompatibilité entre les valeurs de l’État ukrainien et celles portées par cet insigne, que de l’impossibilité, vis-à-vis du peuple polonais et des survivants des massacres commis par l’UPA, de fermer les yeux sur une telle provocation.

La justification de la surenchère que constitue l’actuel projet de loi est d’autant plus inepte que personne n’a jamais contesté à l’Ukraine le droit d’honorer d’anciens nazis, c’est bien là tout le problème, puisqu’elle rend hommage chaque premier janvier à la naissance de Stepan Bandera, dont la principale artère de la capitale porte le nom.

Ce n’est en réalité qu’un exemple parmi des centaines d’autres, notamment au sein de l’armée ukrainienne, qu’il s’agisse du régiment Azov ou du bataillon Luftwaffe, nommé en hommage assumé à la Wehrmacht hitlérien, mais cette fascination pour les idéaux du IIIe Reich ne s’exprimait jusqu’à ce jour que dans l’enceinte de l’Ukraine.

Ce qui a changé depuis un mois, c’est qu’elle prétend aujourd’hui s’imposer comme une norme morale à laquelle les propres alliés de Kiev devraient se soumettre en silence, et continuer à armer le régime qui se présente comme l’étendard des valeurs européennes.

Dernier rebondissement en date, nous avons appris hier que le Parlement ukrainien avait d’ores et déjà adopté la loi en première lecture, soit moins de 72 heures après son dépôt, à 287 voix, seuls 18 députés présents n’ayant pas pris part au vote, aucun n’ayant voté contre le texte. Volodymyr Zelensky a salué un texte fondateur de l’identité nationale de l’Ukraine dont il estime que les hôtes de ce futur Panthéon « ont apporté une contribution véritablement historique au renforcement de sa gloire »

C’est une étape cruciale. Elle est importante non seulement au regard de notre histoire et de l’hommage que les Ukrainiens rendent à leurs propres héros, mais aussi pour poser les bases d’une cohésion sociale durable à l’avenir. Cela n’est possible que lorsque les décisions de l’État reposent sur la reconnaissance de la réalité : celle de ceux que le peuple respecte profondément, de ceux qui ont apporté une contribution véritablement historique à la défense, au développement et au renforcement de l’Ukraine, de sa souveraineté, de son indépendance et de sa gloire.

Cette séquence démontre une nouvelle fois le profond divorce entre l’État ukrainien et ses citoyens ukrainiens, transformés depuis quatre ans en chair canon et dont une étude de l’Institut international de sociologie de Kiev démontre qu’ils n’étaient, en 2013, respectivement que 14 %, 13 % et 19 % à avoir une image positive ou très positive de l’OUN-B, de l’UPA et de Bandera.

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