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Équipe Le Point Critique | 27 juin 2026

Le « moment Évian », Emmanuel Macron enterre définitivement la paix en Ukraine

Volodymyr Zelensky a annoncé jeudi que la campagne de bombardements, menée actuellement en Crimée, se faisait en étroite concertation avec les Occidentaux. Kiev serait en attente d’une décision cruciale qui pourrait forcer la Russie à capituler ou à demander un cessez-le-feu immédiat. Cette déclaration du président ukrainien fait suite à une série de déclarations belliqueuses de son homologue français visant à condamner toute possibilité d’une paix en Ukraine.

Emmanuel Macron, Sommet du g7, Évian-les-Bains, 18/06/2026.

Le 19 juin dernier, lors d’un sommet européen organisé dans le prolongement du G7, Emmanuel Macron a tenu à souligner que l’Europe était un allié de l’Ukraine totalement engagé à ses côtés, et qu’elle n’avait donc pas vocation à jouer un rôle de médiateur lors des futures négociations de paix. C’est donc en tant que nation cobelligérante, et probablement avec l’objectif d’obtenir un dédommagement des sommes astronomiques qu’elle a engagées en pure perte (20 à 28 milliards d’engagement, dont 12 à 18 milliards déjà décaissés), la France exigerait d’être associée à ces discussions et à la formalisation de garanties de sécurité valables pour l’Ukraine et l’ensemble de ses alliés.

Les Européens ne sont pas médiateurs. Il y a pu y avoir des puissances parfois amies qui se sont positionnées comme étant des médiateurs de ce conflit. Nous ne sommes pas des médiateurs, nous sommes au côté de l’Ukraine. Nous lui apportons de l’aide du soutien et nous avons sanctionné la Russie. Deuxième élément très simple, très clair que nous avons toujours défendu, le jour où il y aura des négociations, les Européens devront être autour de la table parce qu’il en va des intérêts de l’Europe qui est partie liée avec ce qui se joue en Ukraine par l’aide que nous avons apportée, par la question de l’élargissement qui concerne les Européens, par les soutiens financiers et les prêts que nous avons pu à faire dans le règlement financier de celui-ci.

Selon Politico, le chef de l’État et le chancelier allemand Friderich Merz avaient notamment critiqué violemment l’initiative d’António Costa, le président du Conseil européen, de rouvrir un canal diplomatique avec le Kremlin au nom de l’enemble de pays de l’UE, exigeant que l’Europe mettre un terme à toute tentative de négociation.

Ce revirement a le mérite de clarifier une situation actée depuis le début du conflit par l’ensemble des observateurs, mais que le président français avait toujours plus ou moins réfutée jusqu’à présent en se présentant comme le « chef de pont de la diplomatie européenne » capable de favoriser la paix ou une désescalade du conflit. C’est d’ailleurs sur cet « atout » qu’il avait bâti l’ensemble de la « campagne présidentielle » de 2022, résumant son programme à cet unique objectif supposé lui permettre de jouer un rôle clé sur la scène mondiale.

Cette revendication, inédite dans sa forme, s’explique toutefois probablement moins par la volonté de lever une ambiguïté, que de dissimuler le camouflet essuyé quelques jours plus tôt par les ambassadeurs français, britannique et allemand à Moscou, qualifiée par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, d’« ultimatum de Londres ». Le 11 juin dernier, soit quatre jours après une rencontre organisée à Londres entre Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer, en présence de Volodymyr Zelensky, la délégation était venue présenter les engagements pris lors de ce sommet hors de tout cadre diplomatique et publiés le soir même par les chancelleries. Si la démarche prétendait officiellement relever d’une volonté pacifique, nous avons expliqué en quoi la proposition rédigée par le trio Macron, Merz et Starmer était en réalité une simple compilation des exigences de Volodymyr Zelensky, « calibré[e] pour prolonger le conflit », raison pour laquelle la délégation a été reçue par le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Galouzine.

Jeudi 25 juin, en clôture du 36e Sommet franco-italien, Emmanuel Macron a fait un pas supplémentaire vers un durcissement de cette position, en saluant le dernier G7 comme un moment historique lors duquel les États-Unis auraient formalisé qu’« ils ne sont plus des médiateurs neutres » :

C’est pourquoi, à ce titre, je pense que le G7, la semaine dernière, a permis une reconvergence entre Américains, Canadiens, Japonais et Européens très importante, d’une part sur le dossier ukrainien, puisque pour la première fois, les États-Unis ont signé avec nous un texte qui a dit clairement qu’ils ne sont plus des médiateurs neutres, mais qu’ils soutiennent à nos côtés la souveraineté territoriale, l’intégrité territoriale ukrainienne, le soutien militaire, capacitaire et énergétique, et les sanctions à la Russie. Et ça, c’est un vrai changement qui les rapproche.

https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2026/06/25/36e-sommet-franco-italien

Quelques jours plus tôt, en clôture du dernier sommet du G7, il avait « pris acte » du prétendu refus de Moscou de saisir les nombreuses « mains tendues » par les Occidentaux (voir en fin d’article les dernière déclarations du Kremlin qui démontrent le contraire) et du nouveau paradigme selon lequel la situation sur le front se serait récemment inversée en faveur de l’Ukraine. Il avait alors salué la prise de conscience par les États-Unis et l’ensemble des membres du G7 que toute tentative de négociation de paix avec la Russie était vouée à l’échec, et que seul un soutien massif de l’Ukraine en vue d’une capitulation de Moscou permettrait de mettre un terme au conflit, qualifiant ce changement d’approche décisif de « moment Évian » :

Donc, je ne sais pas vous dire s’il y aura un avant, un après, ce n’est pas à moi d’en juger, ce sont les faits qui vous le diront. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a eu un pendant, il y a eu un moment Évian, à coup sûr, sur l’Ukraine. Ce moment, c’est que tout le monde a écouté l’état de la situation par le président Zelensky, avec beaucoup de respect, que tout le monde a constaté que l’Ukraine résistait beaucoup mieux que certains ne pouvaient le penser, et que la Russie était dans une situation difficile, et que tous, nous avons dit, on va accroître notre soutien à l’Ukraine, que tous, nous avons dit, nous allons accroître la pression sur la Russie, et que tous, nous avons dit, nous devons tenir ce chemin. Ça, c’est un vrai changement. C’est un vrai changement par rapport à tous les derniers mois, pas de la part des Européens, mais de la part des membres du G7.

https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2026/06/17/sommet-du-g7-devian-troisieme-jour

Hormis la crainte d’une humiliation liée à l’impréparation des armées françaises, on ne voit pas bien ce qui retient Emmanuel Macron de déclarer la guerre à la Russie, voire de provoquer un embrasement nucléaire du conflit tant il semble fier à l’idée qu’il restera dans l’Histoire comme celui qui a le plus activement contribuer à empêcher sa résolution. Au-delà d’apaiser une russophobie de plus en plus criante ou un positionnement géopolitique qui n’a jamais été débattu par les Français, ce moment procurerait au président un intérêt inestimable, qui devrait inquiéter chacun d’entre nous.

Dernière déclarations de Moscou en faveur de négociations de paix avec l’Ukraine

Vladimir Poutine, 24 juin 2026 : « Les négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine doivent se fonder sur la réalité sur le terrain. La Russie est prête à entamer des pourparlers sur la base des accords conclus à Istanbul en 2022. »
Sergueï Lavrov, 23 juin 2026 : « Nous sommes prêts à reprendre les négociations avec Kiev à partir du point où elles se sont arrêtées. »
Vladimir Poutine, début juin 2026 : « La Russie est prête à conclure un accord de paix avec l’Ukraine sur la base des accords d’Anchorage et d’Istanbul. »

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