Compte à rebours

Équipe Le Point Critique | 27 juin 2026

L’Italie creuse le chemin ouvert par l’Allemagne de création d’une fédération européenne de six États, dont la France

La cheffe du gouvernement italien, Georgia Meloni, a confirmé son alignement sur le projet franco-allemand d’une mini-Europe fédérale regroupant six pays, lors du sommet FII Priority Europe 2026. L’événement, qui s’est tenu à Rome du 17 au 19 juin 2026, était organisé par le Future Investment Initiative Institute, une fondation internationale basée en Arabie saoudite, à l’origine du forum d’investissement annuel connu sous le nom de « Davos dans le désert ».

Georgia Meloni, sommet FII Priority Europe 2026, 17 juin 2026, Rome

La Première ministre italienne a concentré son allocution sur le projet E6, une initiative lancée fin janvier 2026 par le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, en partenariat avec la France, visant à créer un club fermé, composé des six États membres de l’UE considérés comme son moteur économique. La première réunion a eu lieu en mars 2026 et réunissait les ministres des Finances de l’Allemagne, de la France, de l’Italie, des Pays-Bas, de la Pologne et de l’Espagne autour de quatre priorités :

  • poursuivre la mise en place de l’union de l’épargne et de l’investissement ;
  • renforcer le rôle international de l’euro ;
  • améliorer l’efficacité des dépenses européennes en matière de défense ;
  • garantir la sécurité de l’approvisionnement en matières premières.

Conjointement ces pays représentent environ 70-72 % du PIB et de la population de l’UE. L’objectif est de pouvoir avancer vite sur certains sujets, en particulier ceux impliquant la souveraineté des États, où les décisions se prennent à l’unanimité ou la majorité qualifiée. Le dispositif se veut temporaire, afin d’offrir un maximum de souplesse et d’efficacité sur des sujets critiques. Dit autrement, il s’agit de constituer une forme d’Europe à deux vitesses, où les décisions stratégiques se prennent en comité restreint dans le cadre de coalitions ad hoc, sans attendre l’aval de l’ensemble des États et ainsi éviter d’éventuels blocages.

Georgia Melona a confirmé son adhésion complète à ce format, qu’elle estime aujourd’hui indispensable pour construire un partenariat stratégique avec les pays du Golfe, renforcer la compétitivité de l’Europe et affirmer sa « souveraineté » face aux États-Unis et à la Chine :

Alors que nous approchons du 70e anniversaire de ces Traités, nous devons réfléchir à l’Europe que nous voulons et que nous avons besoin de construire.
Il est clair qu’être une grande plateforme commerciale ou réglementaire ne suffit plus. Nous avons besoin d’autonomie stratégique, de capacités industrielles, de souveraineté technologique et de puissance financière. Et l’Europe doit être prête à utiliser sa force géopolitique et géoéconomique.
Nous voulons une Europe qui concentre ses énergies sur les grands enjeux stratégiques où il est vital d’unir nos forces, tout en laissant aux États-nations la responsabilité des domaines où ils peuvent obtenir de meilleurs résultats par eux-mêmes.
Dans cette démarche, une priorité doit être le renforcement des synergies avec nos partenaires. À commencer par la coopération entre l’Europe et le Golfe, qui recèle un potentiel énorme encore inexploité et qui peut être décisive pour relier l’Occident et l’Orient, l’Afrique et l’Asie.
L’Italie entend jouer un rôle de premier plan dans ce domaine, en tant que porte d’entrée de l’Europe et hub naturel énergétique, logistique et commercial en Méditerranée.
En travaillant ensemble, l’Europe et le Golfe peuvent offrir au monde un modèle de coopération stratégique reproductible et scalable, capable de transformer l’énergie, le commerce, les infrastructures et les interconnexions en facteurs de stabilité plutôt que de vulnérabilité.
Cela est parfaitement cohérent avec ce que représente la Future Investment Initiative : un agenda mondial où idées, capitaux, technologies et projets concrets se rejoignent pour construire l’avenir.
Mon espoir est que Rome devienne l’escale européenne permanente de ce travail : l’endroit où nous mesurons les résultats, calibrons les progrès et fixons de nouvelles priorités. Pour déterminer, ensemble, notre destin.

Ainsi s’ouvre peu à peu la porte vers une Europe fédérale, dont l’ancien ministre de l’Économie, Bruno Lemaire faisait l’éloge ce matin dans les colonnes du Figaro. Car si Georgia Meloni présente ce projet de collation comme un modèle hybride renvoyant à une conception confédérale de l’Europe, c’est-à-dire préservant la souveraineté des nations dans certains domaines (en l’occurrence les moins stratégiques), il fait peu de doutes qu’elle avance masquée1, pour ne pas donner le sentiment de trahir le programme sur lequel les Italiens l’ont élue.

C’est bien une nouvelle conception de l’Europe qui se joue en effet à travers ce projet – « l’Europe que nous voulons et que nous avons besoin de construire » –, dont le ministre allemand des Finances expliquait le 26 mai dernier que son principe repose sur un abandon de souveraineté dans les domaines où celle-ci était jusqu’à présent protégée de plein droit par les traités :

Le fait que les six plus grandes économies de l’UE soient disposées à mettre de côté l’intérêt personnel national et à aller de l’avant ensemble envoie un signal important à l’ensemble de l’Union européenne. Notre objectif est de faire avancer les négociations.

https://www.bundesfinanzministerium.de/Content/EN/Standardartikel/Topics/Europe/Articles/meeting-of-e6-ministers-in-berlin.html

Bruno Lemaire a vendu la mèche ce matin en expliquant que le format E6 actuellement porté par le couple franco-allemand corrspond bien à une « fédération de six États-nations », dotée d’une capitale et d’une Constitution, ce qui est une manière de prescrire, en se rangeant pudiquement derrière un oxymore, la disparition de ces 6 nations.

Pour peser sur le cours du monde, nous devons proposer une nouvelle Europe à six : France, Allemagne, Espagne, Italie, Pologne et Pays-Bas. Ces pays resteront dans l’Union européenne. Mais ils se constitueront en fédération d’États-nations. Ils définiront dans une Constitution adoptée par les peuples les modalités de la prise de décision entre eux. […] À terme, ils se choisiront une capitale. […]
Au sein de l’Union européenne, cette fédération sera la puissance décisive, car elle aura systématiquement la majorité qualifiée. Elle agira comme un seul État. Elle permettra de dépasser les insupportables lenteurs technocratiques de Bruxelles. La Fédération des six relancera la politique européenne, comme la zone euro a relancé notre intégration économique.

À la question : « Quelle capitale ? », Bruno Lemaire explique que ce seront les peuples qui décideront. Rappelons qu’il a rejoint en mai 2005 le gouvernement Villepin qui piétina sans le moindre scrupule la volonté des Français qui avaient majoritairement rejetés le Traité établissant une Constitution pour l’Europe.

  1. Pour rappel, Georgia Meloni a rejoint en février 2021 l’Aspen Institute Italia, un think tank international dont le siège principal est basé à Washington, et qui entretient de liens financiers étroits avec la fondation Rockfeller. ↩︎

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