Réponse du berger à la bergère
Enterrement de la paix au G7 : Lavrov accuse les Occidentaux d’avoir trompé la Russie lors du sommet d’Anchorage
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est intervenu lors d’une table ronde des ambassadeurs organisée à Moscou le 23 juin sur le thème : « La crise ukrainienne : les vrais objectifs et le rôle de l’Occident ». Il a rappelé que la Russie était prête à reprendre les négociations au point où elles se sont arrêtées en août 2025, au sommet d’Anchorage, dont il soupçonne que le but était uniquement de gagner du temps afin de réarmer Kiev, comme ce fut le cas des accords de Minsk en 2015.

Lors de la séquence de questions-réponses, le chef de la diplomatie russe est revenu sur deux événements récents qui mettent en relief la toxicité du rôle de l’Europe dans l’actuel pourrissement du conflit en Ukraine : l’altercation entre le couple franco-allemand et le président du Conseil européen, António Costa, auquel les deux chefs de gouvernement reprochent d’avoir voulu ouvrir un canal diplomatique avec le Kremlin, et la déclaration de clôture d’Emmanuel Macron au sommet du G7, où le chef de l’État a accusé la Russie de refuser toute négociation de paix que ce soit avec les États-Unis, les Européens ou l’Ukraine.
Sergueï Lavrov a rappelé que si la Russie ne pouvait se satisfaire d’une solution de paix ne respectant pas les intérêts fondamentaux de ces citoyens et compromettant sa propre sécurité, ce n’était pour autant pas elle qui bloquait actuellement les négociations :
Nous planifions toujours un avenir radieux, et surtout pour que notre pays vive dans une sécurité totale et que les intérêts des citoyens russes et de ceux qui se considèrent comme faisant partie du monde russe, de la culture russe, ne soient, nulle part dans le monde, bafoués. J’ai déjà mentionné dans mon discours que l’on nous demande à nouveau d’être prêts aux négociations. M. Costa, quand Macron l’a réprimandé, a commencé à reculer et a dit que « non, il ne voyait pas la possibilité de parler, de négocier avec la Russie, car la Russie n’était pas prête aux négociations ». Voici sa citation : « L’Union ne discute pas de négociations avec la Russie, car Moscou n’a pas démontré sa volonté d’y participer. L’Union européenne ne peut pas être un médiateur, car elle soutient l’Ukraine. » Macron a dit à peu près la même chose. Alors, de quoi parlez-vous et pour quelles négociations appelez-vous ?
Le chef de la diplomatie russe a commenté le « plan de paix » proposé à Londres par la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne sur la base des exigences de Volodymyr Zelensky :
Il n’y est absolument pas question d’un équilibre des intérêts. Il y a une exigence d’arrêter immédiatement, sans libérer les territoires illégalement occupés de la République populaire de Donetsk, y compris en fermant les yeux sur le fait que des forces d’occupation dirigées par les Britanniques et les Français seront déployées sur le reste du territoire de l’Ukraine.Ensuite, ils exigent des réparations de notre part.
L’Ukraine sera remplie d’armes grâce au pillage de nos fonds par Bruxelles, et ensuite, quand nous aurons payé toutes les réparations, ils pourront commencer à nous parler. Imaginez simplement à quoi cela ressemble en termes de réputation et de santé mentale des dirigeants de l’UE qui posent de telles conditions.
Sergueï Lavrov est également revenu sur les précédentes tentatives de mettre fin au conflit en Ukraine, à Istanbul en 2022, où Boris Johnson s’est rendu à Kiev pour faire échouer l’accord dont les termes avaient été validés, et à Minsk en 2015, dont Angela Merkel et François Hollande ont tous les deux confirmés qu’ils n’avaient signé le protocole que pour gagner du temps et permettre à l’Ukraine de s’armer, sans aucune intention de les mettre effectivement en œuvre :
Nous sommes prêts à parler avec Kiev, comme nous l’avons toujours été. Nous étions prêts à parler à Istanbul en 2022, quand les Ukrainiens avaient apporté leurs propositions sur les conditions pour mettre fin à ce conflit tout en garantissant les intérêts légitimes du Donbass. Ces propositions avaient été approuvées et il était déjà possible de préparer l’accord final pour signature. Mais Boris Johnson l’a interdit. Avant cela, en 2015, nous avions également participé aux négociations sur l’élaboration des accords de Minsk. Ces accords ont été piétinés et crachés dessus par Berlin et Paris.
Par la suite, j’ai cité l’exemple des négociations qu’avait organisées Macron en décembre 2019, où il était clairement écrit sur papier que les accords de Minsk devaient être mis en œuvre, y compris l’octroi d’un statut spécial au Donbass. Personne n’a rien fait de tout cela. Et nous non plus.
C’est cette litanie de trahisons qui explique selon lui pourquoi Vladimir Poutine estime que seules des négociations bilatérales avec les États-Unis peuvent éventuellement permettre la signature d’un accord pérenne.
Sergueï Lavrov est alors revenu sur les suites du sommet d’Alaska et sur l’échec des négociations russo-ukrainiennes menées en 2025 à Istanbul, Genève et Abu Dhabi où les Ukrainiens ont critiqué le faible niveau des équipes de négociation et le fait que les négociations portent principalement sur les questions humanitaires. En réponse à ces plaintes, la délégation russe (sur instruction de Poutine) a proposé de relever fortement le niveau des négociateurs et de créer trois pistes de négociation parallèles : humanitaire, politique et militaire.
L’analyse de Sergueï Lavrov est une réponse diplomatiquement subtile mai politiquement assassine à la rhétorique exprimée par le président français lors du dernier sommet du G7, où il s’est employé à réduire à néant le processus de paix, ainsi qu’à celle utilisée régulièrement par le président Zelensky :
C’était exactement ce que réclamaient les négociateurs ukrainiens… et pourtant, dès qu’on le leur a proposé, ils ont tout simplement disparu des radars. Et à l’automne ils ont dit : « Nous arrêtons ces négociations. »
Nous sommes prêts à les reprendre à tout moment, exactement là où elles se sont arrêtées. Probablement que l’année dernière, quelqu’un a encore dit aux Ukrainiens : « Il n’est pas nécessaire d’agir pour prolonger le dialogue. Combattons ! » Alors ils combattent.
Mais je le répète : chaque fois que le président [russe] s’exprime sur la question ukrainienne, il souligne que nous préférons clairement un règlement politico-diplomatique.
Ce règlement a eu lieu, ses paramètres ont été discutés et, dans l’ensemble, acceptés en Alaska il y a presque un an, quand les négociateurs américains ont proposé leur programme, leur plan d’action, et que nous avons accepté ce plan. Sa mise en œuvre supposait le début de négociations sur les détails d’un règlement politique.
Je ne veux même pas soupçonner que l’Alaska, comme les actions européennes, a été conçu pour gagner du temps pour que le régime de Kiev le fasse, je ne veux même pas y penser. Mais en fait, il s’avère que c’est ce qui s’est passé.
Qui de la Russie, de l’Ukraine ou des Occidentaux ment ? La comparaison entre l’analyse d’Emmanuel Macron au G20 et sa réaction quelques jours plus tard à Bruxelles permet de mettre un point final à ce débat.
