Ignominie

Équipe Le Point Critique | 27 juin 2026

La canicule, une indication pour demander demain une euthanasie ?

Le texte sur l’aide active à mourir a fait son retour à l’Assemblée nationale le 22 juin, un mois après le rejet par le Sénat de l’article 2 de la proposition de loi instaurant le droit à une aide à mourir. Le vote solennel est prévu le 15 juillet, le Gouvernement souhaitant aller vite et profiter très probablement de la désertion massive de l’Hémicycle pour faire passer ce texte éminemment controversé qui prétend légaliser l’euthanasie selon un cadre réglementaire qui sera demain le plus permissif au monde.

Exposition organisée par la Société américaine d'eugénime dan les années 1930. Source : https://www.youtube.com/watch?v=fhO1-NbVh7o

L’Assemblée nationale a adopé le 25 février dernier en seconde lecture le droit à l’aide à mourir, défini selon la version initiale comme le fait « d’autoriser et d’accompagner une personne qui en a exprimé la demande à recourir à une substance létale […] afin qu’elle se l’administre ou, lorsqu’elle n’est pas en mesure physiquement d’y procéder, se la fasse administrer par un médecin ou par un infirmier ». Le Sénat a refusé de franchir ce rubicond anthropologique, en commission des lois, le Sénat, en restreignant le recours à l’aide à mourir aux situations exclusives où le pronostic vital du patient serait engagé à « court terme », soit quelques heures avant le décès. L’article a finalement été rejeté en séance publique.

En l’absence de consensus sur le texte, c’est donc la version adoptée en seconde lecture qui sera débattue et soumise au vote solennel du 15 juillet. Au terme de cette proposition de loi, une euthanasie pourra ainsi être sollicitée par des patients ne présentant pas d’incapacité physique, ayant formulé une simple demande orale et sans que leur pathologie entraîne une souffrance constante, comme le prévoyait la version initiale du projet de loi. L’administration de la substance létale pourra être pratiquée hors d’un établissement de soin, à domicile, sans pratiquement aucune restriction hormis les lieux publics, au terme d’un délai de réflexion réduit à 48 heures. Aucun contrôle de la procédure ne sera autorisé avant que la mort ne soit donnée, toute personne tentant de convaincre un proche de renoncer à cette décision, y compris les parents, les enfants ou le conjoint, le personnel religieux ou les psychiatres, sera passible de poursuites pénales, et donc d’une peine de prison assortie d’une amende, pour délit d’entrave. Le député Philippe Juvin a résumé de façon lumineuse la monstruosité de ce texte, chaque Français devrait écouter on intervention et la faire écouter à ses proches* :

Les premiers débats confirment la surdité absolue des députés, pour l’essentiel de gauche, qui portent ce texte à bout de bras sur pression de deux lobbys – celui de la franc-maçonnerie et de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité dont l’administrateur et membre du comité d’honneur, le Pr Jean-Louis Touraine (député Renaissance honoraire) expliquait la stratégie en 2014[1] –, aux parlementaires qui rappellent que ce texte n’est que l’ombre du projet de loi initiale.

Aucune des mesures les plus choquantes de la proposition de loi n’a pour l’instant été annulée, celles visant à prévenir son dévoiement étant méthodiquement rejetées : pas d’accès préalable effectif aux soins palliatifs avant l’accès à l’aide à mourir, pas d’interruption de la procédure en cas de doute sur l’intégrité du consentement, inclusion des personnes sous tutelle ou curatelle malgré la difficulté, voire l’impossibilité d’évaluer leur consentement…

La loi n’est pas encore votée, mais on en voit déjà les dérives concrètes, et elles vont en réalité au-delà de ce que l’on avait pu imaginer. Il y a quelques jours, le député Renaissance Jean-François Rousselet a choqué l’ensemble des Français qui ont assisté, médusés, à son intervention.

Avançons sur ce texte ? À l’heure actuelle, il y a des gens qui sont en train de mourir dans une chaleur torride, et donc il faut les aider et avancer.

Sur son compte Instagram, il précise qu’il « n’a pas peur des mots », et qu’il est farouchement « pour l’aide à mourir », qu’il présente comme une mesure humaniste :

En tant qu’ancien soignant, j’y suis très favorable. Parce qu’elle s’adresse à des malades dont les souffrances ne peuvent plus être apaisées.
C’est une loi généreuse. S’occuper des gens jusqu’au bout, c’est notre devoir.
J’ai aussi défendu les médecins et les soignants qui, par conviction, ne veulent pas y prendre part. La clause de conscience doit les protéger. Il faut penser à eux et les protéger par la loi.
Accompagner jusqu’au bout, sans jamais forcer personne. C’est tout le sens de mon engagement.

Nous pensions avoir mal compris le sens de son propos, mais la déclaration publiée le 25 juin par Le Grand Orient de France confirme la capture des débats par la franc-maçonnerie qui dénonce dans ce communiqué les pressions de certains « lobbys religieux, rétifs à toute évolution en matière de droits et liberté pour l’individu », qui menaceraient selon elle le pacte républicain fondé sur « la liberté de conscience, garantie par la laïcité ». Comme Jean-François Rousselet, la loge estime que « les malades ne peuvent plus attendre ».

Nous ignorons l’obédience de Jean-François Rousselet, mais peu importe. On apprend aujourd’hui que Pierre Bertinotti, l’auteur du communiqué du Grand Orient de France, a remis ce texte en main propre à la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, lors d’une visite organisée de la loge. Comme le souligne le Dr Claire Fourcade, médecin en soins palliatifs, responsable du pôle Plaidoyer de la Société française d’accompagnement de soins palliatifs (SFAP), la présidente de l’Assemblée n’a en revanche jamais trouvé le temps de rencontrer les soignants de soins palliatifs depuis plus d’un an.

Le Gouvernement a choisi d’assumer le parallèle difficilement contestable avec la loi Aktion T4[2] sur l’euthanasie qui fut le texte emblématique de l’Allemagne nazie, précurseur de l’Holocauste.

Cette comparaison est-elle excessive ? Je défie quiconque de le démontrer. Pour ceux qui doutent que le Gouvernement sait pertinemment que cette loi n’et pas une loi de progrès, tournée vers le peuple, mais un dispositif qui permettra demain d’organiser l’éradication des plus faibles, la préfecture de Police de Paris a demandé vendredi l’annulation de la manifestation contre l’euthanasie prévue ce dimanche en raion de la température, estimée à 29 °C. Comme le demande Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) et auteur d’une étude démontrant que les Français n’approuvent pas la proposition de loi sur l’euthanasie, qui note que la manifestation de La France insoumise organisée par 37 °C le jour de la Fête de la musique n’a pas été annulée :

Que se passe-t-il dans notre pays ? Que nous veut-on ?

Nos précédentes publications concernant la loi sur la fin de vie

Mars 2026 : « Euthanasiste, un métier d’avenir ! », la tribune parodique du Point met les points sur les i, https://lepointcritique.fr/2026/03/22/euthanasiste-metier-avenir-tribune-parodique-du-point-met-points-sur-i/
Février 2026 : Loi sur la fin de vie, autopsie d’une manipulation, https://lepointcritique.fr/2026/02/24/loi-fin-vie-autopsie-manipulation/
Février 2026 : Loi sur la fin de vie, vers un « marché de la mort » ?, https://lepointcritique.fr/2026/02/22/loi-fin-vie-vers-marche-mort/
Mai 2025 : Loi sur la fin de vie, un sinistre retour de l’histoire ?, https://lepointcritique.fr/2025/05/30/loi-fin-de-vie-sinistre-retour-histoire/
Mai 2025 : Loi sur la fin de vie, les 33 amendements les plus choquants, https://lepointcritique.fr/2025/05/04/loi-fin-vie-33-amendements-les-plus-choquants/
Mai 2025 : Loi sur la fin de vie, solution finale au vieillissement de la population ?, https://lepointcritique.fr/2025/05/03/loi-fin-de-vie-solution-finale-vieillissement-population/
Mai 2025 : Le projet de loi sur la fin de vie pulvérise le tabou de l’euthanasie, https://lepointcritique.fr/2024/05/25/projet-loi-fin-vie-fait-voler-eclats-tabou-euthanasie/


Notes

[1] Lire le passionnant article de Grégor Puppinck, docteur en droit, enseignant, essayiste, directeur du Centre européen pour pour le droit et la justice (ECLJ) : https://x.com/Gregor_Puppinck/status/2025576295061479795.

[2] Encylcopédie multimédia de la Shoah. Programme d’euthanasie et Aktion T4. https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/article/euthanasia-program.

* Mise à jour au 29 juin 2026.

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