Damage control
Clash diplomatique avec la Pologne : la vengeance de Zelensky
Volodymyr Zelensky a confirmé qu’il n’assisterait pas à la Conférence sur la reconstruction de l’Ukraine, organisée à Gdansk les 25 et 26 juin. Cette annonce fait suite à la décision de son homologue polonais de lui retirer l’insigne de l’ordre de l’Aigle blanc, en réponse au refus de Kiev d’annuler un décret présidentiel glorifiant les soldats responsables du massacre de plus de 100 000 Polonais durant l’Holocauste. L’épouse du président ukrainien a également annulé sa venue.

Au lendemain de la décision du président Nawrocki de déchoir son homologue ukrainien de la plus haute distinction accordée par l’État polonais, Volodymyr Zelensky a tenté de créer une diversion en accusant le président polonais d’avoir instrumentalisé cette séquence mémorielle pour des raisons électorales, et en le comparant à Viktor Orbán, contre lequel il avait proféré des menaces de mort en mars dernier dans le but de forcer la levée du veto hongrois au prêt européen de 90 milliards d’euros.
Rien ne va dans la stratégie de contrôle des dommages (damage control) imaginée par les équipes de communication de Volodymyr Zelensky et exposée lors de l’interview accordée il y a trois jours au média TCH.
La veille, le président ukrainien avait annoncé sur son compte X avoir renvoyé l’insigne par la poste, à son initiative (au mépris de tous les usages qui exigent que l’on restitue un objet aussi précieux par voie diplomatique ou qu’on le remette en mains propres à celui qui vous l’a offert) en réalisant que son nom figurait aux côtés de celui de Benito Mussolini et de l’impératrice Catherine II, trop fascistes ou trop russes à son goût. Le président Nawrocki lui a répondu que cette décision avait été prise sur la recommandation du chapitre de l’ordre de l’Aigle blanc pour protéger « la plus haute confiance de l’État polonais » en soulignant que l’on ne déçoit pas les morts, mais uniquement les vivants.
Bien que l’incident soit donc officiellement clos et que Zelensky maintienne qu’il a été provoqué sur le fond par un simple désaccord concernant le rôle joué par l’UPA durant l’Holocauste[1], il refuse aujourd’hui de se rendre en Pologne pour assister à la Conférence internationale sur la reconstruction de l’Ukraine (URC 2026) afin, dit-il, de ne « pas créer de scandale », alors que son état-major assure que les derniers événements ne remettent aucunement en question le soutien financier et militaire de Varsovie. C’est d’ailleurs la ligne officielle de la Pologne, dont le président a été vraisemblablement exclu pour s’assurer qu’aucune voix ne perturberait cette grande messe organisée autour de l’idée que l’Ukraine ferait déjà pratiquement partie de l’UE et qu’elle incarnerait ce bouclier moral contre l’envahisseur russe – le seul, à l’évidence, à être lucide depuis quatre ans sur les valeurs qui animent fondamentalement l’État ukrainien.
Selon Volodymyr Zelensky, dont l’épouse aurait également annulé son déplacement en Pologne, c’est parce que Nawrocki serait « indigné de ne pas avoir été invité » à la conférence de Gdańsk, en probables représailles de la part des organisateurs (en l’occurrence le gouvernement ukrainien, en étroite collaboration avec la Commission européenne ; et le gouvernement polonais, dirigé par le Premier ministre Donald Tusk) qu’il aurait « rétrospectivement » provoqué ce séisme diplomatique. Non content de ne pas faire le déplacement, le président ukrainien a hystérisé à ce point les relations diplomatiques, que l’on sait déjà que la Pologne, l’un des plus généreux et plus précoces soutiens militaires apportés à l’Ukraine depuis le début de la guerre, sera exclue des contrats d’armement qui se signeront aujourd’hui et demain. Le remboursement de son aide pourrait également être divisé par quatre au terme d’un nouveau mécanisme sorti du chapeau il y a quelques jours.
Une faute avouée étant à moitié pardonnée, Zelensky est revenu lors de son interview sur le titre de « Héros de l’UPA » accordé à un corps d’élite de l’armée ukrainienne, mais en expliquant qu’il avait signé des centaines de décrets similaires depuis son élection et qu’il se contentait d’approuver les demandes émanant des soldats :
Ils choisissent le nom [de l’unité]. J’ai signé des centaines de tels décrets pendant la guerre. Pas une seule fois je n’ai donné mon propre nom à nos soldats. Je soutiens cette initiative [des unités elles-mêmes].
S’il y a un débat sur le fait que des unités ukrainiennes aient choisi de reprendre les noms des bataillons Nachtigall et Roland, deux unités étrangères de la Wehrmacht constituées par l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) qui créa l’UPA, il n’y a en revanche aucun concernant l’existence du régiment néonazi de l’armée ukrainienne baptisé Luftwaffe, la composante aérienne de la Wehrmacht de 1935 à 1945.
De manière accablante, le président Zelensky a mentionné lors de l’interview une rencontre antérieure avec son homologue polonais lors de laquelle il lui aurait offert un livre sur les massacres de Volhynie. Il n’a en revanche pas mentionné l’accord conclu avec son prédécesseur, le président Duda, de ne pas évoquer à l’avenir les questions historiques,
Israël rappelle aujourd’hui la vitalité des accointances néonazies de l’Ukraine à travers une déclaration officielle de son ambassade, datée du 21 juin, condamnant une démonstration du groupe ultranationaliste Bratstvo sur la place de l’Indépendance à Kyiv accompagnée de slogans et de saluts nazis. Dans son communiqué, Israël exprime sa « préoccupation » en mémoire des victimes du nazisme et appelle à une réaction des autorités ukrainiennes.
Jusqu’à quand l’Europe compte-t-elle fermer les yeux et se terrer dans le silence, ou ce silence signifie-t-il que nous sommes près du grand coming out ?
Note
[1] Zelensky ne nie pas explicitement le fait que les hommes de l’UPA ont massacré de façon barbare plus de 100 000 civils polonais entre 1943 et 1945, mais il réfute le terme de génocide ou de nettoyage ethnique. Le Centre pour la mémoire ukrainienne conteste en revanche la réalité de ces faits.
