Terrorisme d'État

Équipe Le Point Critique | 14 juin 2026

Mobilisation forcée en Ukraine, les agents de recrutement tirent désormais à balles réelles dans la rue

La mobilisation forcée des citoyens ukrainiens vient de franchir un nouveau cap dans la folie. Une vidéo circule actuellement sur les réseaux sociaux montrant des agents de recrutement faisant usage de leur arme après avoir échoué à capturer un civil grâce à la mobilisation de la population.

Dmytro Lubinets, médiateur des droits de l’homme en Ukraine, 10 juin 2026, Radio Svoboda

Le politologue Ivan Katchanovski a republié vendredi, sur son compte X, une vidéo postée sur la messagerie Telegram par des citoyens ukrainiens. On y voit des agents du recrutement tirant des coups de feu en pleine rue afin de disperser la population. Le commentaire précise :

Une bande de recruteurs commence à tirer dans une rue animée de ma ville natale de Lutsk, dans l’ouest de l’Ukraine, après que des résidents locaux ont aidé à libérer un homme d’une mobilisation forcée. Cette vidéo est publiée dans des groupes Telegram ukrainiens. Les médias locaux rapportent cet incident de tirs. Umland qualifie de telles vidéos de propagande russe et de faux.

Les vidéos documentant la résistance héroïque de la population ukrainienne face à ces agents, qu’elle chasse désormais à coups de pelle lorsqu’ils tentent d’enlever ses enfants, sont de plus en plus nombreuses. Celles montrant ces agents faire usage d’une arme à feu le sont en revanche beaucoup moins.

L’autre information cruciale dans ce tweet concerne le déni des supporters de l’Ukraine face à ces scènes d’enlèvement, en l’occurrence celui d’Andreas Umland, un politologue allemand spécialiste de l’Ukraine où il vit et enseigne comme professeur associé de politique à l’université nationale Académie Kiev-Mohyla (NaUKMA) et où il intervient comme « expert principal » à l’Institut ukrainien pour l’avenir à Kiev. Sa fiche Wikipédia indique également qu’il a bénéficié d’une bourse de l’OTAN dans le cadre de son cursus à l’Institut Hoover sur la guerre, la révolution et la paix.

Umland est un ardent défenseur de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, dont il estime qu’elle « sera un atout pour la sécurité mondiale et peut mettre fin aux guerres agressives de la Russie ». En résumé, il s’agit d’un authentique faucon pro-ukrainien, dont toutes les positions (soutien financier et militaire massif de l’Occident, livraison d’armes lourdes, y compris à longue portée, adhésion à l’OTAN et l’UE, investissement dans l’industrie de défense ukrainienne, production conjointe d’armements…) reposent sur une vision manichéenne du conflit et sur l’affirmation d’un alignement de l’Ukraine sur les valeurs européennes, qui rendrait selon lui sa place dans l’UE légitime. Il soutient la mise en œuvre d’une « adhésion politique » de l’Ukraine dès 2027, en vue d’une intégration européenne complète en 2035[1].

Le fait que ces images soient vraisemblablement authentiques (il en existe des milliers, postées presque quotidiennement, que Umland a forcément déjà vues) démontre que ces pratiques sont impossibles à assumer pour ceux qui façonnent le mythe selon lequel l’Ukraine se battrait au nom de l’Europe pour faire triompher ses valeurs d’humanisme, d’inclusion et de liberté. Les dirigeants occidentaux peuvent-ils ignorer ce que nous sommes des millions à constater chaque jour sur les réseaux sociaux ?

Un député ukrainien (Oleksii Honcharenko, Solidarité européenne) a décrit en janvier dernier l’horreur de la mobilisation forcée lors d’une intervention à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (PACE), à Strasbourg :

À l’intérieur de notre pays, les actions du président Volodymyr Zelensky contredisent de plus en plus les valeurs que nous défendons ici – démocratie, droits de l’homme et État de droit.
Droits de l’homme : un système de mobilisation absolument brutal et corrompu, dans lequel les riches et les loyaux peuvent « payer » pour échapper à leurs obligations, tandis que d’autres peuvent être battus et même tués par les représentants des centres de recrutement territoriaux (TCC).
État de droit : quand le président Zelensky, par sa propre décision et sans décision de justice, impose des sanctions contre ses opposants politiques, contre des hommes d’affaires, et qu’ensuite leurs biens peuvent être saisis et ils peuvent être soumis à du chantage.
Corruption : […] aujourd’hui, le simple le fait de parler aujourd’hui de corruption et de lutter contre la corruption est considéré comme une trahison d’État en Ukraine.
Tout cela est mal et cela doit s’arrêter.

Ces accusations ont été confirmées il y a quelques jours par le médiateur des droits de l’homme en Ukraine, Dmytro Lubinets, lors d’un entretien accordé à Radio Svoboda, où il dénonce un système sans foi ni loi, gangréné par la corruption. Il explique notamment que les agents de recrutement n’hésitent pas à mobiliser de force des personnes handicapées ou malades qui bénéficient théoriquement d’une exemption légale :

Le système de recrutement militaire s’est transformé en un système d’arbitraire et d’impunité, où les responsables peuvent faire pratiquement ce qu’ils veulent aux citoyens ukrainiens. En conséquence, la mobilisation est devenue à la fois corrompue et dictée par des quotas. Ils prennent n’importe qui ils peuvent obtenir : ceux qui peuvent payer un pot-de-vin achètent leur sortie, tandis que même des personnes inaptes au service finissent par être mobilisées.

Dans un autre message, il évoque le cas d’une personne qui « a été déclarée apte au service en seulement 15 minutes, malgré des signes d’intervention chirurgicale ». La vidéo ci-dessous, filmée par le médiateur, montre des hommes dans un centre de recrutement présentant tous un motif légitime d’exemption (asthme sévère, handicap intellectuel, réforme administrative, handicap physique).

La vidéo complète peut-être retrouvée ici : https://www.youtube.com/watch?v=LylW-aBfIzE.

La fin justifie-t-elle moyens ?

Des militaires et des députés n’hésitent pas aujourd’hui à exiger la clôture des comptes bancaires ou l’élimination physique des civils cherchant à éviter la mobilisation, ce qui est pourtant un droit en temps de guerre. Peut-on en tenir rigueur à ces citoyens compte tenu des conditions humanitaires catastrophiques et de la déroute militaire relatées par de nombreux soldats ?

Ce que vous voyez là est un homme qui lutte pour sa vie. Il sait que dès l’instant où il sera enfourné comme un vulgaire morceau de viande ou un animal dans ce van, son espérance de vie sera réduite à quelques jours : il sera entreposé dans un gymnase où il sera tabassé et menotté s’il tente de s’enfuir, puis envoyer en première ligne sur le front où son temps de survie se résume à quelques minutes. Des vidéos comme celle-ci se comptent aujourd’hui par milliers, nous en avons déjà documenté un grand nombre (ici, , et ).

La dernière en date, postée hier par l’historienne Marta Havryshko montre un homme poursuivi jusque dans le hall de son immeuble, puis frappé et enlevé de force par les agents de recrutement.

Ces comportements sont-ils compatibles avec un pays sur le point de gagner la guerre et dont les centaines de milliards d’aide occidentale servent effectivement à renforcer son armée plutôt que ses milices ? Ce pays a-t-il sa place en Europe et est-ce rendre service à sa population ou à ses dirigeants que d’inonder l’administration ukrainienne de milliards dont une partie sert à financer des primes à la capture de civils à seule fin de pouvoir aligner des hommes sur le front pour retarder la fin de la guerre, et donc de ce juteux business ?


[1] Il a relayé le 11 juin, sur son compte X, une étude de la Fondation Bertelsmann, un think tank américain influent qui promeut le renforcement des relations transatlantiques.

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