Journalisme vs science

Équipe Le Point Critique | 14 juin 2026

L’interview malheureuse du Pr Raoult ?

Le Pr Raoult était l’invité de l’émission Bistrot Libertés (Radio Liberté) du 11 juin. Sa prestation laisse un sentiment contrasté, qui autorise à penser que cette émission ne réconciliera personne avec « le savant fou de Marseille », voire en éloignera certains admirateurs. La journaliste Corinne Lalo relève huit points problématiques, concernant notamment les déclarations du Pr Raoult sur l’origine naturelle du virus.

Médecins japonais durant la pandémie de COVID-19
Asian doctor holding checking coronavirus or covid-19 infected patient name list sheet in quarantine area in hospital | © iStock/tuachanwatthana

Le plateau de Bistrot Libertés du 11 juin, animé par le journaliste Éric Morillot a donné la parole à deux spécialistes des maladies infectieuses, les professeurs Christian Perronne et Didier Raoult. Bien que les deux infectiologues s’accordent sur la gestion de type « totalitaire » qui a caractérisé la pandémie de COVID-19 (Raoult explique dans cette émission que le Pr Fischer, qui fut un ardent défenseur de la vaccination obligatoire, notamment des enfants, est un ancien stalinien), et en partie sur l’escroquerie vaccinale et la contamination génétique des injections (44 : 03), ils se sont violemment accrochés sur l’origine du virus.

Le Pr Perronne a rappelé que les vaccins ont été brevetés avant le début de la pandémie (49 : 30), tout comme le SARS-CoV-2, qui l’aurait été en 2015 par l’institut Pasteur, et dont l’enquête sénatoriale américaine a établi qu’il était probablement issu d’expériences de gain de fonction, menées par Peter Dazsack (EcoHealth Alliance) sous la supervision d’Anthony Fauci (NIH), en collaboration avec l’institut de virologie de Wuhan, en Chine[1],[2],[3].

La question de l’ancienneté des vaccins

Pour ceux qui ne le connaissent pas, le Dr E. David Martin avait révélé en mai 2023, lors du 3e Sommet international sur le COVID organisé au Parlement européen, que le premier brevet de vaccin ARNm contre le COVID a été déposé par Pfizer en 1990 :

N’est-ce pas fascinant que l’on nous ait dit que la protéine Spike était une nouveauté, que nous venions tout juste de découvrir, et que c’était là le problème ? Non, en réalité, nous ne venions pas de la découvrir, ce n’était pas le problème, nous l’avons découvert en 1990 et les premiers brevets sur les vaccins pour la protéine Spike du coronavirus ont été déposés en 1990. [Pfizer l’a] fait, et en 1990, ils ont découvert qu’il y avait un problème avec les vaccins : ils ne fonctionnaient pas. Savez-vous pourquoi ils ne fonctionnaient pas ? Il s’avère que le coronavirus est un modèle très malléable ; il se transforme, évolue et mute au fil du temps. En fait, toutes les publications sur les vaccins contre le coronavirus de 1990 à 2018, chaque publication concluait que le coronavirus échappe à l’action du vaccin, car il se modifie et mute trop rapidement pour que les vaccins soient efficaces. C’est ce que dit la science publiée.

Le débat sur les expériences de gain de fonction

Le débat s’est alors focalisé sur l’origine du virus, dont Didier Raoult continue d’affirmer, malgré la masse de connaissances accumulées en faveur d’une manipulation en laboratoire visant à créer un virus hautement pathogène chez l’homme :

Didier Raoult : Je voudrais dire je je suis en total désaccord avec ce que dit mon ami Perronne, ce qui est naturel parce que c’est la science, on a bien le droit de ne pas être d’accord. […] Moi j’ai séquencé 24 000 séquences du COVID-19. Je suis un docteur scientifique. Sur les 24 000 séquences, je peux vous dire exactement ce qui se passe. À chaque fois qu’il y a un rebond, à chaque fois qu’un nouveau mutant est apparu et qui est devenu contagieux ou plus dangereux, les mutations qui ont été associées sont des mutations qui n’ont jamais été prévues comme étant susceptible de donner les gains de fonction. […] Nous on a démontré qu’au contraire, tous les virus, tous les coronavirus adaptés à l’homme perdaient le dernier le dernier gène, qui s’appelle l’ORF8 ; et tous les virus qui sont devenus endémiques, ce qu’est en train de devenir le COVID-19 comme les quatre autres coronavirus, ont perdu cette partie-là en passant de la chauve-souris, qui la garde parce que le virus en a besoin pour infecter la chauve-souris. […]

Myriam Palomba (journaliste) : Vous réfutez le fait qu’il y ait pu avoir des gains de fonction ?

Didier Raoult : Personne ne sait faire ça. Personne ne sait faire ça. C’est un fantasme. C’est un fantasme. […] On ne sait pas comment on fait un gain de fonction chez un virus. D’accord ?

Selon le Pr Raoult, les dernières données démontrent que la pandémie de COVID-19 serait issue non pas d’un pangolin, mais d’un raton laveur ou chien viverrin (raccoon dog), fréquemment rencontré aux abords du marché de Wuhan :

Tous les gens qui font beaucoup de séquences, Drosten, tous les grands virologues pensent actuellement que le chaînon entre les grottes et Wuhan, c’est les raccoon dogs qui ont transporté ça, et on a trouvé les séquences. […] Il y a eu des centaines de milliers de séquences qui ont été faites dans ces grottes et on a trouvé les ancêtres à la fois du SARS-1 et du SARS-2 dans ces grottes.

Le Pr Perronne a rappelé que l’on sait aujourd’hui que le SARS-CoV-2 circulait aux États-Unis depuis mars 2019 et plusieurs mois avant la pandémie en Italie, en Espagne et en France, à Bordeaux, avant la contamination zéro officiellement localisée à Wuhan. Réponse du Pr Raoult :

Pr Raoult : Tu m’enverras les papiers où il y a les séquences. Je te crois pas.

Pr Perronne : Il n’y a pas de publication parce que ça été censuré.

Pr Raoult : Donc il n’y a pas de publication. Ça va, donc c’est intéressant, mais il n’y a pas de publication.

Les huit points clés de l’interview

La journaliste Corinne Lalo qui a publié en 2025 une enquête monumentale (Fausses pandémies, vrais mensonges : comment on vous trompe en 10 leçons, 420 pages) qui passe au crible les dix principaux mensonges et manipulations autour de la pandémie de COVID-19 (origine, mesures sanitaires, vaccins, rôle des laboratoires et des médias, traitements alternatifs, absence d’hécatombe et de critères justifiant le classement de la pandémie en « urgence internationale »…) a analysé les affirmations formulées par le Pr Raoult lors de cette émission. Elle relève plusieurs points troublants concernant le rôle joué par l’ancien directeur de l’institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection durant la pandémie de COVID-19 :

Ce qu’il y a à retenir de cette émission au-delà de l’impolitesse de Didier Raoult qui n’a pas dû écouter tous les conseils de sa maman.

1- Raoult qui a eu un rôle positif au début du COVID a vite déçu ses partisans en encourageant la vaccination des soignants et autres…

2- Raoult continue à soutenir que le coronavirus est d’origine naturelle, et cela, contre toute évidence publiée par les pairs.

3- Raoult se trompe ou ment lorsqu’il oublie de mentionner qu’une séquence artificielle est bien présente dans le coronavirus du COVID.
Celle-ci, le site furine, a bien été publiée par les Chinois eux-mêmes.
Or Raoult a toujours soigneusement évité d’en parler alors que c’est l’éléphant au milieu du salon.

4- Raoult ne connaît pas bien son dossier, car le premier SARS coronavirus était bien officiellement relié à la civette masquée comme le souligne le Pr Perronne.

5- Raoult nous ressort maintenant le racoon dog comme remplaçant du pangolin.
Le raton laveur, ou chien viverrin, serait désormais le nouvel amant de la chauve-souris.
C’est exactement le narratif officiel de tous ceux qui ont menti depuis le début.

6- Raoult essaie de nous faire croire qu’aucune armée dans le monde n’essaie de militariser les microbes.
Toutes les archives démontrent le contraire.

7- Raoult prend soin de ne jamais déplaire aux Chinois avec lesquels il est notoirement lié.

8- Le jour même de cette émission, le Pr Raoult m’a soutenu qu’il ne savait pas qui était Ralph Baric.
Or ce virologue américain est au centre de l’affaire COVID.
Il faisait en 2019 des conférences en Chine pour expliquer comment fabriquer des pathogènes à potentiel pandémique.
Donc, ou Raoult dit vrai et il est incompétent ou il ment et dans ce cas dans quel but ?

Conclusion, Raoult s’est tiré une balle dans le pied avec cette émission.

Il préfère évidemment les interviews complaisantes.

J’explique tout dans mon livre.

La théorie de Didier Raoult, qui repose exclusivement sur la vérité du séquençage, est-elle valide par principe sous prétexte qu’elle repose sur la science (qui est par essence faillible) ? Elle exclut tout autre type de preuves ou de faits, sans doute moins « nobles » et complexes (mails déclassifiés, flux financiers, destruction de preuves, dossier d’évaluation du vaccin…), comme l’existence de documents démontrant que Pfizer/BioNTech travaillaient déjà à la réalisation d’un vaccin en mai 2019. Elle ignore par ailleurs ou feint d’ignorer le brevet du PDG de Moderna, Stéphane Bancel, daté de 2016 et découvert en 2022, concernant la séquence retrouvée dans le site de clivage de la furine. Elle ignore également que Ralph Baric, Peter Dazack et la virologue de l’institut de Wuhan, Shi Zhengli, alias Batwoman, ont publié la séquence du COVID en 2018 dans le cadre du projet DEFUSE. Baric est considéré aujourd’hui par le Congrès américain pour être l’un des acteurs clés du « complot » perpétré contre le gouvernement américain dans le cadre de la pandémie de COVID-19.

Didier Raoult peut-il ignorer qui est Ralph Baric ?

Le fait que Didier Raoult affirme ne jamais avoir entendu parler du Pr Ralph Baric, qui est une référence incontournable dans la virologie des coronavirus émergents (il est considéré comme l’un des plus grands spécialistes des coronavirus) est d’autant plus surprenant qu’ils sont tous les deux cités dans une étude de 2021 recensant les scientifiques ayant le plus grand nombre de publications à leur actif concernant le COVID-19 (82 et 83 respectivement).

À la question « Est-on capble aujourd’hui de créer une chimère de virus basée sur des expériences de gain de fonction », l’IA Grok confirme que Ralph Baric est reconnu comme ayant réussi à produire des virus génétiquement modifiés, en particulier des coronavirus chimériques.

Baric est un pionnier des systèmes de reverse genetics (génétique inverse) pour les coronavirus. Cela permet de synthétiser des génomes viraux complets à partir de séquences d’ADNc, de les modifier génétiquement et de produire des virus infectieux en laboratoire (Yount et al.).
Dès 2003, son équipe a créé le premier clone infectieux complet (infectious cDNA) du SARS-CoV, permettant de produire des virus viables à partir de séquences génétiques. C’était une première aux États-Unis pour les coronavirus.
Il a systématiquement remplacé des parties du génome (notamment la protéine Spike ou son domaine de liaison au récepteur RBD) par celles d’autres coronavirus (ex. : de chauves-souris). Exemple emblématique : l’article de 2015 dans Nature Medicine (A SARS-like cluster of circulating bat coronaviruses shows potential for human emergence) (Menachery et al.), où il a créé un virus chimérique en insérant la Spike de SHC014 (virus de chauve-souris) dans un squelette de SARS-CoV adapté à la souris. Ce virus a montré une capacité à infecter des cellules humaines.
Ces travaux ont été publiés dans des revues prestigieuses (PNAS, Nature Medicine, etc.) et sont reconnus par la communauté scientifique comme des avancées majeures pour étudier la transmission interespèces, tester des antiviraux (comme le remdésivir) et développer des vaccins.

Rappelons qu’Anthony Fauci et Hunter Biden, le fils du président américain, ont bénéficié d’une grâce présidentielle miraculeuse, couvrant l’ensemble des actions qu’ils auraient pu commettre entre le 1er janvier 2014 et le 31 décembre 2024. Or, comme nous l’avons expliqué à l’époque :

le premier contrat conclu entre le Pentagone et Metabiota date du 10 février 2014. Il portait sur la recherche de coronavirus de chauve-souris, réalisée dans le cadre du projet PREDICT, dont le SARS-CoV-2 est sous toute vraisemblance une création.

Rappelons également que Ralph Baric est suspecté avoir réalisé avant février 2019, dans son propre laboratoire de l’université de Caroline du Nord (UNC) à Chapel Hill, l’expérience (56 023) qui pourrait être à l’origine de la pandémie. Les murs de l’IHU sont-ils à ce point opaques pour que Didier Raoult n’en ait jamais entendu parler ?


Références

[1] Le dossier de la Maison-Blanche : https://www.whitehouse.gov/lab-leak-true-origins-of-covid-19/.

[2] Le rapport de la Sous-commission spéciale sur la pandémie, publié le 2 décembre 2024 : https://oversight.house.gov/release/final-report-covid-select-concludes-2-year-investigation-issues-500-page-final-report-on-lessons-learned-and-the-path-forward/?highlight=coronavirus.

[3] La page de la commission du Congrès recensant l’ensemble des auditions : https://oversight.house.gov/landing/covid-origins/.

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