Tout est sous contrôle

Équipe Le Point Critique | 13 juin 2026

La France publie les critères qui serviront à qualifier d’ingérence étrangère toute forme de contestation lors de l’élection de 2027

Le Premier ministre Sébastien Lecornu vient de rendre public le rapport établi par le Service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (Viginum), sous tutelle du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), concernant les élections municipales de mars 2026.

Sébastien Lecornu, Assemblée nationale, juin 2026

Sur le « fond », le rapport explique pourquoi ce scrutin constituait un enjeu hautement critique sur le plan international. Il détaille ainsi à travers 31 pages pourquoi l’espace de deux jours, les villages de Rochefourchat (Drôme), de Leménil-Mitry (Meurthe-et-Moselle) ou de Caubous (Haute-Garonne), qui totalisent moins de 50 électeurs, ont été le point de focalisation des ennemis de la France, et pourquoi elles ont pu constituer un laboratoire d’étude précieux pour prévenir les ingérences auxquelles nous savons désormais que la France sera confrontée en 2027 :

Dernier processus électoral national au suffrage universel direct avant le scrutin présidentiel de 2027, les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 étaient ainsi susceptibles de constituer une cible de premier plan pour les compétiteurs stratégiques de la France. Si les enjeux locaux peuvent parfois demeurer difficiles à appréhender pour des acteurs étrangers malveillants, plusieurs facteurs ont amené VIGINUM à considérer le niveau de menace d’ingérence numérique étrangère sur le scrutin comme élevé. En effet, le contexte international volatil et la forte pénétration des sujets européens et internationaux dans le débat politique français (guerre en Ukraine, traité UE-Mercosur, relation transatlantique, conflit au Moyen-Orient), combinés à un calendrier politique national spécifique, étaient susceptibles de constituer un terrain propice à la conduite d’opérations d’ingérence numérique étrangère lors de ce scrutin.

Sur la forme, le document recense (p. 7) quatre stratégies mises en œuvre par nos ennemis pour tenter de déstabiliser « le fonctionnement démocratique » du pays, c’est-à-dire affaiblir la France, et qui ne pourraient qu’être imputées à un État étranger. Champagne !

Cet objectif malveillant peut être atteint au travers de plusieurs stratégies, déjà observées par VIGINUM lors de précédents scrutins et décrites dans le premier bulletin d’information diffusé par le RCPE :

• la décrédibilisation de la procédure électorale : cette stratégie a pour objectif de délégitimer le processus électoral pour pouvoir en contester le résultat, notamment en le présentant comme faussé, insincère, inutile, voire manipulé par les autorités garantes de son bon fonctionnement ;

• la polarisation du débat politique autour de thématiques clivantes : cette stratégie consiste pour une puissance étrangère à amplifier de manière artificielle ou inauthentique la visibilité de certains sujets sensibles, susceptibles d’influencer les décisions des électeurs, afin de nourrir la polarisation du débat public et d’accroître ses divisions (politiques publiques, place des minorités, violences policières, débats religieux, etc.) ;

• l’alimentation de la défiance vis-à-vis des médias du pays visé : cette stratégie vise à délégitimer les médias (privés et publics) pour remettre en question l’authenticité des informations diffusées, semer la confusion et pousser les citoyens à se réorienter vers des sources d’informations inauthentiques, manipulées ou fabriquées de toutes pièces, susceptibles d’être administrées par des acteurs étrangers ;

• l’exposition réputationnelle d’un candidat ou d’un parti politique : cette stratégie a pour objectif de modifier la perception de l’opinion en dénigrant un candidat ou en le promouvant, à travers différentes tactiques, techniques et procédures.

Chacune des détections et caractérisations effectuées par VIGINUM sur la période des élections municipales de 2026 s’est insérée dans une ou plusieurs de ces quatre stratégies.

En résumé, contester l’intégrité du scrutin, faire campagne sur des thématiques « clivantes » (autrement dit, faire de la politique), porter atteinte à la réputation d’un candidat, par exemple un candidat homosexuel qui aurait falsifié son curriculum vitae, on simplement critiquer les médias, dont le rapport Alloncle a démontré qu’ils étaient perpétrés en France par des biais militants, voire par une collusion idéologique, sera assimilable demain à une ingérence étrangère, perpétrée par un agent au service d’un État malveillant.

Les dernières pages du rapport (section 4, pages 24 et suivantes) présentent les « grands enseignements pour 2027 » qu’il est possible de tirer de cette analyse. Selon Viginum, le document démontre qu’« une accentuation de la menace d’ingérence numérique étrangère est donc à anticiper pour ce scrutin », mais – et ce point cousu de fil blanc est le plus inquiétant – que l’État compte se doter des moyens législatifs pour faire échouer ces stratégies,

Comment ? En muselant les plateformes en ligne (p. 25) et en renforçant sa collaboration avec l’Union européenne pour la mise en œuvre du Règlement sur les services numériques (DSA), dont l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) se présente comme le bras armé. Autrement dit, le rapport confirme que la Roumanie ne fut qu’un laboratoire d’expérimentation, où nous savons que la France a joué un rôle de premier plan. Le rapport du Comité judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis a détaillé en février 2026 la mécanique utilisée par Bruxelles dans 8 scrutins[1] affectant 6 pays dont la France, via le DSA et les accusations imaginaires de désinformation en ligne. Visiblement, le Premier ministre semble avoir l’intention de s’en servir pour ce qu’il est, à savoir un mode d’emploi pour s’assurer qu’aucune alternance ne soit possible en 2027.


Note

[1] Liste des pays européens où Bruxelles est accusée d’avoir manipuler un scrutin : Irlande (élections législatives de 2024, élections présidentielles de 2025), Pays-Bas (élections législatives de 2023 et 2025), France (élections législatives de 2024), Slovaquie (élections législatives de 2023) : signalement de comptes en vue de leur suppression, Moldavie (élections présidentielles de 2024), Roumanie (élections présidentielles de 2024).

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