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Équipe Le Point Critique | 12 juin 2026

Berlin refuse de condamner l’inscription par l’Ukraine du directeur du mémorial de l’Holocauste sur la liste Myrotvorets

Le gouvernement allemand a confirmé lundi que les représailles organisées par l’Ukraine à l’encontre du directeur du mémorial israélien de l’Holocauste, pour avoir condamné la panthéonisation d’un collaborateur nazi, ne remettaient pas en cause son soutien financier et militaire à Kiev.

Josef Hinterseher, respectivement porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères

Lundi dernier, le journaliste allemand Florian Warweg (Ostdeutsche Allgemeine Zeitung, ex-RT Allemagne) a publiquement interpellé son gouvernement sur les événements qui ont provoqué, il y a plus de quinze jours, la plus grave crise diplomatique entre la Pologne et l’Ukraine depuis 2017. Il y a neuf ans, Kiev avait imposé un moratoire interdisant les recherches et les exhumations des restes de victimes polonaises des massacres perpétrés par l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) en Volhynie et en Galicie orientale entre 1943 et 1945. Le 25 mai, elle a procédé à la réinhumation des restes d’Andriy Melnyk, le nationaliste ukrainien et collaborateur nazi qui cofonda en 1929 l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) à l’origine de la création de l’UPA. Le lendemain, un décret présidentiel a accordé à un corps d’élite des Forces armées ukrainiennes le titre de « Héros nommé depuis l’UPA ».

Lors d’une conférence de presse organisée le 3 juin, Florian Warweg avait interrogé le ministère allemand de Affaires étrangères pour savoir comment il avait réagi à la panthéonisation d’Andriy Melnyk. Le porte-parole du ministère, Martin Giese, avait répondu « ne pas être au courant de cette affaire » survenue pourtant dix jours plus tôt.

Florian Warweg a réitéré le 8 juin en proposant un nouveau test au ministère. La question portait cette fois sur l’inscription par l’Ukraine du directeur du Centre mondial du souvenir de l’Holocauste (Yad Vashem), Dani Dayan, sur la liste noire des ennemis du régime, en représailles à un commentaire posté sur X, dans lequel le Centre se disait « profondément troublé » par la panthéonisation de Melnyk.

Le directeur du mémorial de l’Holocauste Yad Vashem, Dani Dayan, a été ajouté la semaine dernière à la liste ukrainienne Myrotvorets des ennemis de l’État, parce qu’il avait critiqué l’hommage officiel rendu par l’État au collaborateur nazi Andriy Melnyk. J’aimerais savoir : Comment le gouvernement fédéral évalue-t-il cette inscription sur la liste ? Prévoit-il d’agir auprès du gouvernement ukrainien pour obtenir la suppression de ce site ?

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il s’est heurté à la même réponse de la part de Stefan Kornelius et de Josef Hinterseher, respectivement porte-parole du gouvernement et du ministère des Affaires étrangères :

Je ne suis pas au courant de cette procédure, je suis désolé.

Florian Warweg a ensuite demandé au gouvernement s’il condamnait l’existence de cette liste et s’il envisageait de demander à ses homologues ukrainiens de la supprimer comme il l’a fait par le passé :

Le ministère des Affaires étrangères ne s’est pas toujours montré aussi ignorant concernant cette inscription et cette liste, notamment au regard du fait que l’ancien chancelier Schröder, Sahra Wagenknecht ou encore l’ancien secrétaire d’État au ministère des Affaires étrangères Wolfgang Ischinger y figurent également. Je cite brièvement la document parlementaire fédéral 19/11668 :
« Le gouvernement fédéral condamne Myrotvorets avec la plus grande clarté et demande au gouvernement ukrainien et aux autorités ukrainiennes d’agir en vue de la suppression de ce site. »
Le gouvernement fédéral maintient-il cette évaluation du gouvernement précédent ? Si oui, quand a-t-il agi pour la dernière fois dans des discussions bilatérales pour obtenir la suppression de ce site ?

La suite de l’échange est un moment d’anthologie qui se passe de commentaires :

Josef Hinterseher : Je suis désolé, mais comme je l’ai déjà expliqué, cet événement ne m’est pas connu. Le document 19/11668 ne m’est malheureusement pas assez présente à l’esprit pour que je puisse vous répondre immédiatement. Nous vous fournirons éventuellement une réponse par écrit. Veuillez nous en excuser.

Florian Warweg : Mais vous m’avez déjà un complément de réponse la semaine dernière. Cela signifie que vous avez bel et bien connaissance de cette affaire. Votre service de presse – dont le nombre de collaborateurs est tout à fait gérable – m’a envoyé vendredi une réponse concernant l’ensemble de ce dossier, à savoir l’hommage rendu à Melnyk. Dire maintenant que vous ne savez rien de cet événement, je peux peut-être l’accepter de la part de Monsieur Kornelius, mais pas de la vôtre, Monsieur Hinterseher.

Josef Hinterseher : Il s’agissait, je crois, d’une autre question à laquelle vous avez reçu une réponse écrite. Il était question du devoir de mémoire. Je peux d’ailleurs relire cette réponse pour que tout le monde en ait connaissance : « Le ministère des Affaires étrangères ainsi que l’ensemble du gouvernement fédéral s’engagent en faveur de la commémoration des victimes des crimes contre l’humanité du régime SS et en faveur d’une recherche scientifique indépendante et d’un travail de mémoire sur l’histoire. Avec l’Ukraine, le ministère des Affaires étrangères entretient un échange étroit et confiant. La commémoration des victimes des crimes nazis et un travail de mémoire indépendant et transparent y jouent un rôle important. Le gouvernement fédéral condamne par ailleurs la guerre d’agression russe contraire au droit international contre l’Ukraine et soutient l’Ukraine dans sa légitime défense. » C’est parce que cela faisait partie de votre question de la semaine dernière que je l’ai cité intégralement.

Florian Warweg : La question à l’époque – qui n’a d’ailleurs toujours pas reçu de réponse – était de savoir comment le gouvernement fédéral évalue la critique de Yad Vashem concernant l’hommage officiel rendu au collaborateur nazi Melnyk. Cette critique a justement conduit à l’inscription de son directeur sur la liste Myrotvorets.

Josef Hinterseher : Je ne me sens pas tenu de commenter ici, au nom du gouvernement fédéral, une critique émise par Yad Vashem.

Florian Warweg : C’est bien de le savoir.

Stefan Kornelius : C’est bien de savoir que vous trouvez cela bon à savoir. Y a-t-il d’autres questions sur ce sujet ?

Cette séquence peut sembler anecdotique mais ses implications sont en réalité vertigineuses.

Que se passe-t-il au sommet de l’État allemand pour que le fait de condamner un hommage national rendu au dirigeant d’une organisation dont les soldats ont activement participé à l’Holocauste et l’ont fait avec une telle barbarie qu’elle choqua jusqu’aux nazis, suscite un tel embarras ?

J’ignore ce qui est le plus inquiétant : que cet embarras soit la seule réponse « audible », de la part du pays qui enfanta le nazisme, pour qu’il puisse continuer à armer le pays qui honore aujourd’hui ce monstre, ou qu’aucun journaliste ni homme politique en Occident, à quelques rares exceptions près, n’ait le courage de nommer le moment que nous vivons et le projet européen derrière lequel il tente de se cacher pour ce qu’il est apparemment ?

Fait remarquable, c’est le chancelier Merz lui-même qui a donné avec le plus de lucidité le sens de ce moment en le qualifiant de « signe du temps ».

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