La guerre, c'est la paix

Équipe Le Point Critique | 08 juin 2026

La Coalition des volontaires propose un plan de paix calibré pour prolonger la guerre

Réunis ce week-end à Londres, les dirigeants français, allemand et britannique ont dressé la liste des cinq conditions pour une paix « robuste et durable » en Ukraine. Rédigé hors de tout cadre diplomatique, ce document est une compilation de l’ensemble des lignes rouges fixées par la Russie depuis les accords de Minsk, augmentée de nouvelles conditions qui visent à forcer l’intégration de l’Ukraine dans l’UE et l’OTAN. Il ne s’agit plus de saboter la paix, mais de convoquer la guerre.

Porte d'entrée du 10 Downing Street, Londres
© iStock/Andy Wasley

Emmanuel Macron, Keir Starmer et Friedrich Merz se sont réunis samedi à Londres en présence de Volodymyr Zelensky dans le cadre de la Coalition des volontaires. L’objectif de la réunion était de discuter du renforcement des capacités de défense ukrainiennes, de faire le point sur l’avancement du processus de paix et de coordonner l’agenda de la Coalition avec les prochains rendez-vous internationaux (G7, sommet de l’OTAN).

Bien que cela n’ait pas été exprimé dans ces termes, on peut légitimement supposer que cette rencontre a été décidée sous la pression de l’évolution de la situation militaire, pourtant présentée comme extrêmement favorable à l’Ukraine. Elle fait suite à deux initiatives du président ukrainien : l’envoi, le 25 mai, d’une lettre au Congrès américain dans laquelle Zelensky demande la livraison en urgence de systèmes de défense antimissiles balistiques (missiles intercepteurs Patriot PAC-3), afin de contrer les attaques russes, et la sollicitation, le 4 juin, d’une rencontre avec Volodymyr Poutine, assortie d’un cessez-le-feu complet le temps de la rencontre.

Sur la forme, le communiqué de presse conjoint indique que les trois dirigeants ont réitéré leur soutien indéfectible à l’Ukraine, dont ils estiment qu’il les autorise à jouer un rôle important dans les négociations, auxquelles ils exigent que Kiev soit systématiquement associée.

Sur le fond, le texte apparaît profondément décalé par rapport à la revendication de ses auteurs, qui se présentent comme les représentants naturels de l’Europe, à peser sur les négociations de paix. Le communiqué détaille cinq conditions jugées non négociables par la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui sont en réalité toutes des « lignes rouges » formulées par la Russie depuis les accords de Minsk.

1. Appel à un cessez-le-feu immédiat. Cette exigence, qui est habituellement exprimée par le pays qui est subit le plus de pertes, date de plus d’un an. Ce n’est en revanche que tout récemment que les soutiens de l’Ukraine reconnaissent qu’elle se contente depuis « des années » de résister. The Hill, The Economist, l’ISW, l’US Army War College, la presse ukrainienne… tous dressent le même constat :

L’Ukraine semble prendre l’avantage sur le champ de bataille dans son conflit acharné contre la Russie, regagnant du terrain pour la première fois depuis des années en contournant les forces moscovites grâce à sa maîtrise de la guerre des drones.

https://thehill.com/policy/international/5901178-ukraine-gains-momentum-russia

2. Exclusion des territoires conquis par la Russie. Le communiqué propose en effet de fixer le point de départ des négociations à la ligne de front actuelle, dans le respect des frontières internationales qui « ne doivent pas être changées par la force ».

3. Déploiement de troupes au sol dès l’entrée en vigueur du cessez-le-feu afin de garantir que l’Ukraine dispose de garanties de sécurité « robustes et juridiquement contraignantes ».

Troisièmement, l’Ukraine doit disposer de garanties de sécurité robustes et juridiquement contraignantes une fois qu’un cessez-le-feu entrera en vigueur, en s’appuyant sur les engagements pris à Berlin en décembre 2025 et à Paris en janvier 2026. Cela inclut le déploiement de la Force multinationale – Ukraine.

4. Maintien des avoirs gelés jusqu’à la fin de la guerre et le remboursement des dommages causés à l’Ukraine par le conflit, ce qui est stricto sensu le cadre fixé lors du Conseil européen du 19 décembre 2024 (§7).

5. Inclusion dans le processus de paix de l’UE et de l’OTAN qui devront valider chaque point du futur accord, ce qui revient à contourner les traités pour inclure de fait l’Ukraine dans ces deux entités. Si les choses ne sont pas formulées en ces termes, c’est bien l’arrière-pensée exprimée dans le document qui prévoit que l’Ukraine a « le droit souverain de choisir ses propres arrangements de sécurité et alliances doit être pleinement respecté » (point 2) :

Cinquièmement, que les intérêts européens en matière de sécurité doivent être sauvegardés dans tout accord. Les éléments de toute négociation liée à l’UE et à l’OTAN auraient besoin du consentement de l’UE et de ses États membres et des alliés de l’OTAN respectivement.

Depuis le début du conflit, c’est la première fois que l’OTAN, dont les 32 États membres sont d’ores et déjà engagés aux côtés de l’Ukraine qu’ils arment et qu’ils financent, est envisagée comme le juge arbitre d’un futur traité de paix. Au-delà de consolider ce rapport de force en transformant le conflit en une guerre opposant officiellement la Russie à un bloc de 32 pays, cette initiative est contraire à tous les usages en vigueur dans les chancelleries, puisqu’elle se propose d’appliquer la règle reconnue unanimement par les manuels diplomatiques comme la garantie d’un échec des négociations de paix.

Si Emmanuel Macron n’avait pas supprimé le Corps diplomatique en avril 2022, ce qu’aucun autre pays n’a fait à notre connaissance, on l’aurait probablement informé que lorsqu’un cherche à obtenir la paix on ne procède pas de cette manière. Mais à l’heure où Bruxelles souhaite abolir le vote à l’unanimité qu’elle juge trop contraignant, il semble difficile de croire que Paris et Berlin commettent fortuitement la même erreur.

Zelensky a-t-il approuvé ce cadeau empoisonné ? Le malaise qu’il affichait à l’issue de la rencontre, sur le perron du 10 Downing Street, pourrait presque laisser penser, par contraste avec l’air goguenard de ses « alliés », qu’il commence à être fatigué de la guerre, dont le communiqué du 7 juin n’est pas l’antidote mais la prescription.

Mais peu importe, chacun sait que ce n’est pas lui qui décide de l’avenir de son pays, ce que confirme le document. Qui serait assez fou pour confier le destin de l’Europe, à un comédien sous emprise, qu’il a fallu entraîner pendant près de quatre ans à jouer son futur rôle ?

Dernièrement sur Le Point Critique

Aucun article actuellement disponible dans cette catégorie
Recevez gratuitement l’information du Point Critique, en continu sur vos écrans ! !