Amnésie sélective

Équipe Le Point Critique | 08 juin 2026

L’Allemagne affirme ne pas être au courant de la panthéonisation par l’Ukraine d’un ancien collaborateur nazi

En conférence de presse, le ministère allemand des Affaires étrangères a affirmé le 3 juin dernier ne pas être informé que l’Ukraine avait rendu dix jours plus tôt un hommage national à un ancien collaborateur nazi. Aucun État membre de l’UE n’a fait à ce jour le moindre commentaire sur cet événement.

Florian Warweg

Le journaliste Florian Warweg (Ostdeutsche Allgemeine Zeitung) est intervenu mercredi lors d’une conférence de presse intergouvernementale organisée en présence du porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, Martin Giese. Florian Warweg a souhaité comment l’Allemagne avait réagi à la panthéonisation d’Andriy Melnyk, ancien dirigeant de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) qui collabora activement avec les nazis durant la seconde guerre mondiale. Ses restes ont été transférés le 19 ma du Luxembourg vers l’Ukraine où ils ont été réinhumés le 25 mai dans le cadre du projet de « Panthéon des héros ukrainiens », personnellement porté par Volodymyr Zelensky.

La réponse du ministère a été d’une simplicité biblique :

Je ne suis pas au courant de cet événement, désolé.

Si la presse allemande n’a fait que peu de cas de cet hommage national rendu à l’ancien collaborateur nazi, qui estimait en 1941 que « le nouvel ordre d’Adolf Hitler en Europe est l’ordre véritable, et que l’Ukraine en est l’une des avant-gardes », l’affaire a eu un certain écho international, en Pologne et en Israël, où Dani Dayan, le directeur de Yad Vashem, le Centre mondial du souvenir de l’Holocauste, s’est dit « profondément troublé par de telles commémorations nationales, qui se font au détriment de la vérité historique et de la mémoire des victimes de l’Holocauste ». Il a immédiatement été placé en réponse par l’Ukraine sur la liste noire du régime hébergée sur le site Myrovorets.

Florian Warweg souligne combien il semble aujourd’hui compliqué, y compris en Allemagne, de poser la moindre question qui pourrait remettre en cause le soutien que les nations sont supposées apporter inconditionnellement à l’Ukraine, y compris si la contrepartie est de banaliser ou de glorifier l’Holocauste :

On dirait bien que, dès qu’il s’agit de critiques contre l’action du gouvernement ukrainien, même Yad Vashem ne sert soudainement plus de référence pour la Bundesregierung…

La France ne fait pas exception à ce nouveau dogme. Douze jours après cet événement infamant, il n’y a eu à notre connaissance aucune réaction officielle publique de la part de l’État.

Ni le Quai d’Orsay, ni l’Élysée, ni aucun membre du gouvernement français n’a publié le moindre communiqué, la moindre déclaration ou le moindre commentaire officiel sur la réinhumation d’Andriy Melnyk ni sur le clash diplomatique entre la Pologne et l’Ukraine, ni sur l’événement qui l’a provoqué, en l’occurrence, l’octroi le 26 mai dernier, à un corps d’élite ukrainien, du titre de « Héros de l’UPA », l’Armée insurrectionnelle d’Ukraine responsable de l’assassinat de plus de 100 000 Polonais et de plusieurs milliers d’Ukrainiens lors des massacres de Volhynie et de Galicie orientale en 1943.

Il n’y a pas eu non plus la moindre réaction officielle en Europe, à l’exception d’Israël et bien évidemment de la Pologne, et ce bien que le président polonais ait estimé que l’Ukraine avait démontré le 26 mai qu’elle n’était « mentalement pas prête à intégrer l’Union européenne ».

Les rares médias (RFI, France 24, Le Monde, Euronews, Courrier international) qui ont mentionné cette séquence ont attendu que l’événement prenne la dimension d’un scandale politique pour en faire état, en soulignant le caractère controversé de Melnyk et les critiques internationales, mais sans expliquer à leur auditoire qui était réellement ces héros de l’UPA et ce que leur glorification nous dit de l’administration ukrainienne, de ses valeurs et de son présent.

Emmanuel Macron s’est rendu aujourd’hui à Londres pour une réunion de coordination internationale sur l’Ukraine dans le cadre de la Coalition des volontaires, en présence du Premier ministre britannique, Keir Starmer, du chancelier allemand Friedrich Merz et du président ukrainien. La Pologne faisant partie de la collation, on suppose que ce clash diplomatique sera évoqué. Comment, c’est là toute la question.

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