Jusqu'au dernier Ukrainien
Le ciel s’assombrit pour les Ukrainiens qui refusent la guerre
Bruxelles s’apprête à modifier la directive accordant un statut protégé aux réfugiés ukrainiens ayant fui leur pays en raison de la guerre. L’objectif est de forcer le retour des hommes en âge de combattre pour pallier les difficultés de recrutement auxquelles l’Ukraine est confrontée depuis des mois. Une proposition qui rencontrerait un « fort soutien » selon le ministre suédois des Migrations, Johan Forssell.

Depuis plus de trois ans, les rafles sont devenues la terreur des Ukrainiens en âge de combattre (25-60 ans depuis avril 2024) mais qui sont moralement opposés à la guerre, Kiev ne reconnaissant pas le statut d’objecteur de conscience et ne proposant aucune forme de service civil, comme l’impose pourtant le droit international. The Economist l’a confirmé récemment : ce sont les conscrits ne bénéficiaient d’aucune exemption qui sont adressés en priorité sur la ligne de front en guise de représailles.
Le Commissaire aux droits de l’homme du Parlement ukrainien diffuse aujourd’hui une vidéo, filmée dans un centre de recrutement (district d’Oujhorod), sur laquelle on voit un conscrit menotté à un escalier mural. Le responsable du centre ainsi que plusieurs employés auraient été inculpés pour des faits de torture, dont l’ancienne porte-parole de Volodymyr Zelensky, Julia Mendel, explique qu’ils « sont devenus une partie de la mobilisation dans certains bureaux de conscription en Ukraine ».
Aucun dirigeant européen ne peut ignorer la situation dramatique à laquelle sont exposés les Ukrainiens qui n’ont pas réussi à quitter leur pays, qui leur a été décrite par un député ukrainien, Oleksii Honcharenko (Solidarité européenne), à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, le 27 janvier 2026.
Pourtant, on apprend aujourd’hui que Bruxelles s’apprête à voter la modification d’une directive qui pourrait bouleverser la vie de millions de réfugiés ukrainiens en leur imposant un retour forcé au pays.
Depuis le début de la guerre, les ressortissants ukrainiens qui ont fui leur pays bénéficient du mécanisme de protection temporaire de l’Union européenne (Temporary Protection Directive), valable dans l’ensemble des pays de l’UE, qui leur octroie automatiquement un certain nombre de droits (titre de séjour, accès au marché du travail, à l’école, à un logement et à des soins médicaux). Ce dispositif provisoire, qui a bénéficié à ce jour à plus de quatre millions d’Ukrainiens, dont près de 27 % d’hommes, a été reconduit chaque année depuis mars 2022.
La question de son renouvellement est officiellement sur la table depuis juin 2025, Kiev estimant de son côté qu’elle ne peut plus continuer à se priver d’un vivier de combattants, indispensables pour tenir la ligne de front.
C’est dans ce contexte qu’a été débattue hier, lors d’un conseil organisé au Luxembourg, la question d’un resserrement du dispositif. Selon un document interne du Conseil de l’UE publié le 1er juin, ce resserrement pourrait cibler les hommes en âge d’être mobilisés (23-60 ans) ou ayant fui illégalement le pays, dont de nombreux pays estiment qu’ils ont une obligation morale de le servir ce qui permettrait de prolonger le dispositif d’une année supplémentaire (et accessoirement d’abaisser de deux ans l’âge minimal pour être mobilisé). La proposition remporterait un « fort soutien » au sein de l’UE mais également en Ukraine, selon le ministre suédois des Migrations, Johan Forssell.
Il est essentiel pour nous de fournir une protection aux Ukrainiens, mais en même temps, la guerre doit être menée et gagnée. Pour que cela se produise, il est essentiel que davantage d’hommes restent en Ukraine et combattent.
https://www.reuters.com/world/eu-considers-limiting-protection-ukrainian-men-fighting-age-2026-06-04/
L’Allemagne, l’Autriche, la Pologne et la Suède sont les plus favorables à cette mesure, qui ne concernerait officiellement que les nouveaux arrivants. Toutefois, le chancelier allemand avait annoncé mi-avril son souhait de « faciliter les retours volontaires » des Ukrainiens déjà présents en Allemagne et de coopérer avec Kiev afin de « limiter les demandes » de protection ou d’asile de la part des hommes mobilisables.
L’historienne Marta Havryshko y voit un tragique retour de l’histoire qu’elle qualifie de « farce sanglante » :
Une fois de plus, comme il y a quatre-vingts ans, l’Allemagne cherche à utiliser les hommes ukrainiens dans sa confrontation avec la Russie. À l’époque, environ 250 000 Ukrainiens ont servi dans diverses formations militaires du Troisième Reich. Aujourd’hui, l’Allemagne démocratique pousse des centaines de milliers d’hommes vers le hachoir à viande en menaçant de leur refuser protection et refuge. L’histoire se répète – non pas en tant que tragédie, mais en tant que farce sanglante. Les intérêts impérialistes de l’Allemagne n’ont pas changé ; seuls l’emballage et la rhétorique ont évolué.
La fusion entre les armées allemande et ukrainienne est en effet en ordre de marche. Mais de marche vers quoi ?
Les ministres de la Défense ukrainien et allemand ont conclu le 14 avril dernier un partenariat stratégique global incluant une série d’accords axés sur la défense aérienne (missiles intercepteurs Patriot PAC-2 GEM et IRIS-T), les capacités de frappe longue portée et les munitions, pour une valeur totale de 4 milliards d’euros. Ce partenariat inclut le financement de contrats et la livraison de systèmes de défense par l’Allemagne, qui est devenue en 2026 le leader européen en matière d’aide militaire à l’Ukraine, mais également la production conjointe d’armements (drones pilotés par l’intelligence artificielle) ainsi que le partage d’expertise et de données.
Le 9 mai 2025, le général Christian Freuding, l’actuel inspecteur de la Bundeswehr, s’est fait photographier en Ukraine avec le commandant d’une unité de drones (Paskuda Group) intégrée à la 3e Brigade d’assaut du régiment Azov, Oleg Romanov, officiellement pour célébrer la victoire sur le nazisme. Moss Robeson, l’auteur du blog Azov Lobby, explique pourquoi il est permis de douter de cette version des faits :
Oleh Romanov [en photo ci-dessous], commandant du bataillon antichar de la 3e brigade d’assaut du mouvement Azov, qui porte une croix gammée tatouée sur le bras, a approuvé l’année dernière une initiative controversée menée par l’un de ses combattants en visite à Auschwitz. D’après sa dernière publication sur Instagram, Romanov a célébré la Journée du souvenir et de la victoire sur le nazisme en Ukraine (le 8 mai) avec le général de division Christian Freuding, qui dirige le Centre de situation Ukraine de l’armée allemande. Ils ont posé avec un nouveau t-shirt du Paskuda Group, une unité de drones du bataillon de Romanov. Un opérateur de drones arborant des tatouages représentant un soleil noir et une toile d’araignée sur le coude [deux symboles notoirement nazis] a représenté le Paskuda Group lors d’une récente collaboration avec la plus grande marque militaire ukrainienne, M-TAC.
https://azovlobby.substack.com/p/victory-over-nazism?utm_source=publication-search

Doit-on s’inquiéter de ce rapprochement entre Kiev et Berlin alors que l’Ukraine revendique ouvertement aujourd’hui son droit à célébrer d’anciens collaborateurs nazis, et à réécrire cette page dramatique en la présentant comme un moment fondateur de son histoire ?
Précisons qu’après avoir formé près de 26 000 soldats ukrainiens, des vétérans ukrainiens forment en retour les soldats de la Bundeswehr depuis février 2026, en Allemagne, en vue d’une confrontation avec l’armée russe.
