Doigt d’honneur

Équipe Le Point Critique | 31 mai 2026

Ukraine, le (deuxième) coup d’État fasciste ?

Alors que l’Ukraine se débat dans une polémique sur la vitalité de ses racines nazies, la déclaration d’un haut gradé de l’armée confirme qu’elle continuera à honorer ses « héros », quoi qu’en pense l’Occident et en particulier la Pologne où ils commirent il y a quatre-vingts ans un génocide d’une sauvagerie inédite.

Nationalistes ukrainiens

L’Ukraine a rendu solennellement hommage, en début de semaine, aux figures les plus sombres de son histoire. Au lendemain de la panthéonisation d’Andriy Melnyk, un collaborateur nazi qui estimait que « le nouvel ordre d’Adolf Hitler en Europe est l’ordre véritable », elle a accordé à l’un de ses corps armés le titre de « Héros de l’UPA », l’armée fondée par Melnyk à laquelle les historiens attribuent le massacre de plus de 100 000 Polonais et Ukrainiens, commis avec une telle barbarie que même les nazis furent choqués.

Alors que la Pologne se dispute pour savoir s’il faut ou non retirer à Volodymyr Zelensky l’insigne de l’ordre de l’Aigle blanc (le président polonais l’a proposé, mais le Premier ministre s’inquiète de ses conséquences), la plus haute distinction nationale, l’historienne Marta Havryshko rapporte une déclaration du commandant adjoint du troisième corps d’armée, le lieutenant-colonel Maksym Zhorin :

En ce moment, notre Nation traverse une étape extrêmement difficile de lutte et a pleinement mérité le droit de s’enorgueillir ouvertement de ses héros. Que cela plaise à quelqu’un ou non – franchement, on s’en fout. C’est notre histoire et notre chemin.

Que ce soit l’histoire de l’Ukraine est incontestable et ne regarde qu’elle. Mais si c’est son chemin, il intéresse alors l’Europe puisque c’est avec son argent que l’Ukraine l’emprunte aujourd’hui. Ceux qui la financent ont donc le droit de savoir où il conduit a fortiori si elle doit, comme elle le demande aujourd’hui, en devenir un État membre.

Kiev le sait parfaitement. Il y a quelques jours, le nouveau chef de l’administration ukrainienne, Kyrylo Budanov, exigeait une intégration en urgence de son pays dans l’UE, en insistant sur le caractère exceptionnel de la situation ukrainienne :

L’Ukraine doit adhérer à l’UE. Nous devons tout mettre en œuvre pour que cela se fasse rapidement. Et vous devez tous nous aider, car l’Ukraine ne peut pas attendre des décennies pour que cela se réalise. Bien sûr, nous tiendrons compte de vos conseils, mais vous ne devez pas non plus oublier la réalité dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Aucun pays n’a connu une situation similaire sur le chemin de l’adhésion à l’UE. Et, désolé, mais nous devons accepter le caractère unique de l’Ukraine dans ce cas précis.

Pour contextualiser cette déclaration, le seul corps armé invité à la cérémonie de panthéonisation d’Andriy Melnyk fut le bataillon Azov considéré comme « le mouvement néonazi le plus puissant d’Ukraine » (l’emblème de l’un de ses régiments, le régiment Kraken, inclut une rune, qui est utilisée en Ukraine « pour désigner une continuation de la “lutte et de la victoire” de l’Allemagne nazie »).

Maksym Zhorin, aujourd’hui commandant adjoint de la 3e brigade d’assaut, une unité d’élite de l’armée ukrainienne, fut le commandant d’Azov entre 2016 et 2017. Il est également le chef d’état-major central du Parti du Corps national, fondé en 2016 et dirigé par l’ancien dirigeant d’Azov (2014), Andriy Biletsky. Moss Robeson, l’auteur du blog Bandera Lobby précise :

Maksym Zhorin, troisième commandant du régiment Azov (2016-2017), a officiellement quitté l’unité plus tard dans l’année, mais est resté proche de son successeur, Denys Prokopenko. Ils étaient tous deux membres de la « division Borodach » d’Azov, ouvertement néonazie, qui a pris des photos de groupe devant la grande idole de Perun sur la Lysa Hora (la « colline chauve ») à Kiev. Ce site semble être un lieu de pèlerinage pour de nombreux néonazis en Ukraine.

Il ne fait plus guère de doute que la séquence commémorative dramatique que vit aujourd’hui l’Ukraine trouve son origine dans sa situation militaire désespérée et dans la probable inquiétude de Volodymyr Zelensky à l’idée qu’il devra quitter tôt ou tard quitter le pouvoir et s’exposer à la vindicte de ces combattants néonazis en cas de défaite de son pays. C’est en substance ce que vient de reconnaître Maksym Zhorin, faisant fi des efforts diplomatiques de Kiev pour tenter de convaincre la Pologne qu’elle ne souhaitait pas l’offenser en glorifiant les auteurs des massacres de Volhynie.

Le problème est que son parti n’a pas recueilli en 2019 le nombre de voix suffisant (2,15 % vs 5 % requis) pour obtenir un seul siège à la Verkhovna Rada, le Parlement ukrainien. Il ne représente donc littéralement personne, du moins pas le peuple ukrainien.

Est-ce suffisant pour estimer que ce à quoi nous assistons aujourd’hui en Ukraine est un second coup d’État fasciste, le premier étant, selon de nombreux historiens en Europe et aux États-Unis, celui de 2014 et l’Euromaïdan ? Si tel est le cas, est-il supporté par les mêmes acteurs, à savoir l’Europe et les États-Unis ?

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