Terrorisme d’État

Équipe Le Point Critique | 31 mai 2026

Attaque contre un institut universitaire à Starobelsk, l’hypothèse de l’erreur de tir de moins en moins crédible

Une semaine après les faits, on en sait un peu plus sur l’attaque sanglante qui a frappé une école le 21 mai à Starobelsk dans le Donbass. Un reportage de CNN confirme que le logiciel de ciblage utilisé par les pilotes de drones ukrainiens est basé sur la technologie Palantir, réputée d’une précision absolue, contredisant l’hypothèse d’une erreur de tir.

Écrans de contrôle pour le lancement de drônes, poste de commandement ukrainien, reportage CNN du 27 mai 2026

La capitale ukrainienne a subi le 24 mai l’une de ses attaques les plus massives depuis le début du conflit. Le bilan humain s’élève à 4 morts, un chiffre qui semble relever du miracle compte tenu de l’ampleur des dégâts causés par l’Armée russe. La presse et la classe politique françaises ont dénoncé un déchaînement de violence gratuite, sans préciser le contexte de cette séquence.

Dans la nuit du 21 au 22 mai, un peu après minuit, la résidence universitaire de l’Institut pédagogique de Starobelsk situé dans l’oblast de Lughansk (Donbass), rattaché par référendum à la Fédération de Russie depuis septembre 2022 a été la cible d’une attaque meurtrière par drones, perpétrée par les forces armées ukrainiennes contre le dortoir de l’internat. L’établissement hébergeait 86 employés et étudiants venus passer des examens. L’attaque aurait été menée avec des drones FPV longue portée (16 selon la Russie) déployés en trois vagues successives, ce qui aurait provoqué l’effondrement du bâtiment. Les autorités font état de la mort de 21 jeunes filles, âgées entre 14 et 18 ans, et de dizaines de blessés.

22 mai – Réunion du Conseil de sécurité de l’ONU

Le ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie a immédiatement qualifié l’attaque de « terroriste », en pointant la responsabilité des Occidentaux, qui fournissent aux forces armées ukrainiennes les renseignements et l’assistance technique pour effectuer le ciblage de leurs objectifs.

L’État-major ukrainien soutient en réponse qu’il ne cible que « des infrastructures militaires et des objets utilisés à des fins militaires, en respectant strictement les normes du droit international humanitaire » et que l’attaque visait en réalité le quartier général d’une unité spéciale militaire russe (Rubicon), mais qu’elle aurait été déviée par la défense aérienne ou en raison d’un brouillage radio.

Une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU s’est tenue dans la soirée du 22 mai à la demande la Russie. Le représentant permanent de la Fédération auprès des Nations unies, Vassili Nebenzia, a réfuté l’explication fournie par Kiev invoquant la présence d’installation militaire à proximité du collège et d’une frappe déviée par la Russie. Il a confirmé que l’attaque ne pouvait pas être accidentelle puisqu’elle a impliqué trois vagues successives, ce qui la définit comme un crime de guerre au regard du droit humanitaire international.

En réponse, les différentes délégations européennes ont toutes déclaré qu’elles ne pouvaient pas se prononcer sur les affirmations de la Russie dans la mesure où elles n’avaient pu accéder au site.

L’Ukraine a qualifié l’affaire de « spectacle de propagande pure » et a contesté la présence d’enfants parmi les victimes citées par la Russie.

La réponse la plus agressive est venue de la Lettonie (1 : 00 : 09) qui a purement et simplement nié la réalité de l’attaque :

Nous avons pris connaissance des rapports de la partie russe concernant la prétendue frappe à Starobilsk. Cependant, il n’est pas possible d’effectuer une vérification indépendante dans les territoires occupés. Cela ressemble à une nouvelle provocation et à un faux du Kremlin, conçu pour détourner l’attention des propres crimes de la Russie et pour justifier une nouvelle agression.

La séquence s’est conclue sur un échange entre Vassili Nebenzia et la représente du Danemark Christina Markus Lassen :

Vassili Nebenzia : N’avez-vous vraiment pas honte de tenir de tels propos, de dire ce que nous entendons aujourd’hui ?
Christina Markus Lassen : Non, nous n’éprouvons aucune honte. Et en effet, oui, nous aimerions avoir accès, car c’est précisément ce que nous exigeons dans toute situation dans cette salle. Nous souhaitons une vérification indépendante afin de savoir de quoi nous parlons.

23 mai – Refus de CNN et de la BBC de se rendre sur les lieux

Des correspondants de guerre étaient pourtant sur place dès le premier jour et ont documenté le cratère causé par l’attaque. Les premières images ont été diffusées dès le 22 mai.

Le 23 mai, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Sacharova, a annoncé un voyage organisé pour la presse internationale afin de permettre aux journalistes de venir vérifier les faits par eux-mêmes. Une délégation de 50 journalistes issus de 19 pays s’est rendue sur les lieux.

Deux des médias les plus influents, CNN et la BBC, ont en revanche décliné l’invitation, CNN affirmant que ses correspondants étaient en vacances. Le 26 mai, pourtant, la chaîne a diffusé un reportage immersif du journaliste Nick Walsh, réalisé de nuit au sein d’une équipe de lanceurs de drones potentiellement au moment où l’attaque a eu lieu.

On y voit notamment les écrans de contrôle dont se servent les Forces armées ukrainiennes pour planifier leurs attaques, qui utilisent le logiciel PRISMA, une plateforme d’intégration de données et d’analyse opérationnelle avancée développé par Palantir.

Si ces éléments ne permettent pas d’affirmer que les équipes de CNN ont assisté au lancement des tirs sur l’école de Starobelsk, ils contredisent en tout cas la version officielle selon laquelle l’Ukraine ne connaissait pas la nature de cet objectif, la technologie de Palantir, dont le partenariat avec Kiev a été officialisé il y a une dizaine de jours, étant réputée d’une précision absolue.

Autre absence notable : aucune délégation officielle d’un État tiers indépendant ou de l’ONU n’a daigné faire le déplacement.

26 mai – Inscription des enseignants sur le site Mirovorets

L’attaché de presse de l’ambassade de la Fédération de Russie en République de Turquie publie aujourd’hui une description glaçante de l’attaque, qui, si elle est confirmée, représenterait un tournant dans l’évolution du conflit compte tenu de la lourdeur historique de son bilan humain :

Tout d’abord, les opérateurs de drones ont attaqué les bâtiments administratifs et le dortoir. Puis ils ont attendu que les enfants commencent à quitter le bâtiment. Et quand les enfants s’enfuyaient, ils tiraient directement sur eux, les tuant de sang-froid comme des personnages d’un jeu vidéo. La troisième vague de drones a simplement achevé ceux qui avaient survécu.

Last but not least, nous découvrons un détail particulièrement sordide difficilement compatible avec la contrition affichée publiquement par Kiev. Neuf employés et enseignants du collège de Starobilsk ont été inscrits le 26 mai dans la base du site Mirotvorets qui recense les individus que Kiev considère comme un ennemi de l’Ukraine. Ils sont qualifiés de « traîtres à la patrie » et accusés d’une dizaine de crimes dont celui d’endoctrinement, de fascisation et de participation à un génocide (un terme dont Kiev considère qu’il doit être manipulé pourtant avec une grande précaution) par la modification forcée de l’identité nationale des enfants ukrainiens.

Quoi que l’on pense de ces chefs d’accusation, le timing est d’autant plus troublant que l’inscription sur le site Mirotvorets revient à se voir coller une cible dans le dos.

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