Allégeance

Équipe Le Point Critique | 30 mai 2026

L’embarrassant voyage de Monsieur Philippe

Édouard Philippe s’est rendu à Kiev le 26 mai, entre deux moments de communication calamiteux pour l’Ukraine qui confirment qu’elle n’a jamais rompu avec ses racines nazies. C’est dans ce contexte que le candidat à la prochaine élection présidentielle a pourtant pris des engagements à haut risque en vue d’une intégration de l’Ukraine dans l’OTAN et l’UE.

Édouard Philippe, Kiev, 26 mai 2026

Le maire du Havre et nouvel aspirant à la magistrature suprême s’est rendu ce mardi à Kiev pour la troisième fois depuis le début de la guerre, à l’occasion du 4e Sommet international des villes et des régions. Édouard Philippe n’étant présent à aucune des précédentes éditions, c’est donc en tant que candidat à la présidentielle qu’il avait fait le déplacement en Ukraine, dont Le Figaro souligne qu’il souhaite en faire « l’un des grands sujets » de la campagne, malgré un contexte particulièrement inadapté.

La veille, le gouvernement ukrainien célébrait la panthéonisation d’Andriy Melnyk, un ancien collaborateur nazi qui fonda l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA). La date du déplacement d’Édouard Philippe est d’autant plus calamiteuse qu’elle a coïncidé avec l’entrée en vigueur d’un décret présidentiel consacrant un corps d’élite des Forces armées ukrainiennes « Héros de l’UPA ». Par chance, il n’était plus dans la capitale quand le scandale autour de la glorification de ces figures historiques ukrainiennes a éclaté.

Quelques jours plus tôt, Bruno Retailleau s’était également rendu en Ukraine pour les mêmes raisons que son concurrent : afficher une stature internationale, convaincre Washington et Bruxelles qu’ils partagent les mêmes valeurs et assurer à l’Ukraine qu’ils la soutiendront contre vents et marées s’ils accèdent à la présidence de la République. Accessoirement, il s’agissait pour Édouard Philippe de démontrer son courage face aux appels de Moscou aux étrangers, y compris les diplomates, à quitter Kiev en prévision de bombardements massifs.

Nous avons déjà souligné l’indécence de Bruno Retailleau d’assimiler les valeurs de l’Ukraine (sa souveraineté et sa « résilience ») et celles de la France, dans un tel contexte, en se référant à sa tradition gaulliste. Le président du groupe Les Républicains n’avait toutefois commis essentiellement qu’une faute morale et un contresens historique.

Édouard Philippe est allé plus loin, en formalisant une série d’engagements concrets : il s’est dit favorable à un déploiement de troupes européennes sur le sol ukrainien et à une intégration de l’Ukraine au sein de l’UE et de l’OTAN.

Je suis favorable à ce que des troupes européennes soient déployées en Ukraine une fois la paix revenue, pour garantir que la Russie ne soit pas tentée de reprendre ses attaques. Et je m’engagerai à œuvrer pour que l’Ukraine puisse entrer dans l’OTAN. C’est l’armée la plus aguerrie d’Europe et l’OTAN serait sa meilleure garantie de sécurité.

Concernant une éventuelle intégration européenne, il a estimé non seulement que l’Ukraine avait toute sa place dans l’UE, mais qu’elle constituait aujourd’hui sa meilleure garantie de sécurité bien qu’elle soit un pays en guerre dont les causes profondes (la contamination de l’appareil d’État par l’idéologie nazie) sont à l’évidence intactes :

La question n’est pas tellement de savoir si nous avons compris que le monde a changé. C’est une question de savoir si nous sommes ou non capables de maîtriser ces technologies et de les produire en masse pour être à la hauteur des défis, s’il le faut. De ce point de vue là, mon sentiment – et je le dis très clairement – est qu’aucun pays européen, à l’exception de l’Ukraine, n’est au niveau. Tous les autres pays européens sont dans un effort de défense qui s’accélère, et je pense qu’il est nécessaire. Mais aucun d’entre nous n’est à la hauteur de pouvoir produire en masse des instruments utilisant ces technologies. Ce qui veut dire que nous avons beaucoup à apprendre de l’Ukraine.
Et il faut le dire sans honte. On peut apporter beaucoup à l’Ukraine, mais on a à apprendre de l’Ukraine. C’est une des raisons pour lesquelles je suis convaincu que l’Europe se comportera mieux avec que sans l’Ukraine. Parce qu’aujourd’hui, l’armée la plus aguerrie d’Europe, c’est l’armée ukrainienne. Et que si nous voulons assurer la défense de l’Europe, nous avons mille fois intérêt à le faire avec l’Ukraine que sans l’Ukraine.

Contrairement à une adhésion à l’OTAN, Édouard Philippe ne s’est pas engagé à précipiter le calendrier d’intégration de l’Ukraine dans l’UE qui reste soumis à plusieurs conditions. La question est de savoir si la glorification des anciens « héros » nazis ukrainiens a pu être perçue comme un obstacle par cet ancien gaulliste, accusé par certains d’avoir trahi sa famille politique en rejoignant le gouvernement d’Emmanuel Macron.

Édouard Philippe ne peut pas ignorer qu’il fut à Kiev le jour où est entré en vigueur le décret présidentiel nommant « héros de l’UPA » le corps d’élite des Forces armées ukrainiennes. Ce timing lui a été rappelé dans les commentaires de son tweet. Il n’a pourtant fait aucun rétropédalage. Le savait-il avant ? Si tel est le cas, son silence vaut pour approbation.

À défaut de l’avoir publiquement condamnée, Édouard Philippe a-t-il exprimé son embarras face à la séquence mémorielle organisée par Kiev depuis le 19 mai ? Peu importe en réalité. Cette séquence, annoncée comme l’ouverture d’une page qui devrait prochainement inclure la panthéonisation de Stepan Bandera confirme que rien ne pourra justifier une adhésion de l’Ukraine à l’UE avant qu’une purge massive soit réalisée dans les rangs de son armée et probablement de sa classe politique. L’ampleur de la tâche est telle qu’elle rend tout aussi dangereuse une éventuelle adhésion à l’OTAN, qu’Édouard Philippe a promis en revanche de faciliter, alors qu’elle a été exclue par les États-Unis, en partie pour cette raison.

Flatter les ambitions du président ukrainien par opportunisme politique au risque de se disqualifier moralement n’est donc pas une simple faute de goût ou un pari dangereux. Il nous semble au contraire urgent de comprendre que lorsque 32 nations décident de transférer la quasi-totalité de leur richesse et de leur armement à un pays dont le président s’est donné pour mission de réhabiliter le nazisme, ce dont elles risquent d’accoucher s’appelle en bon allemand un Reich. Est-il déjà constitué sans que nous le sachions ?

Dernièrement sur Le Point Critique

Aucun article actuellement disponible dans cette catégorie
Recevez gratuitement l’information du Point Critique, en continu sur vos écrans ! !