Heures sombres
Zelensky fait inscrire le directeur du Centre mondial du souvenir de l’Holocauste sur la liste noire des ennemis de l’Ukraine
Au lendemain de la panthéonisation d’un collaborateur nazi, Kiev a offert à un une unité d’élite des Forces spéciales ukrainiennes le titre de « Héros de l’UPA », l’armée insurrectionnelle d’Ukraine ayant participé au massacre barbare de 100 000 Polonais à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En réponse à l’indignation du Centre mondial du souvenir de l’Holocauste, le nom de son directeur a été inscrit hier sur la liste noire du régime.

La panthéonisation d’un collaborateur nazi, à Kiev le 25 mai, a été accueillie dans les médias et la classe politique française par un silence de plomb, symptomatique de l’immense malaise que constitue cet événement.
L’Europe a engagé 450 milliards d’euros pour soutenir économiquement et militairement le régime Kiev sans exiger la moindre enquête sur la manière dont cette aide est utilisée, alors qu’elle refuse de verser les fonds acquis par la Hongrie au titre de sa contribution au budget de l’UE au motif que la restriction de l’accès aux contenus LGBT+ imposée par Budapest aux enfants constituerait une violation des valeurs fondamentales de l’Union. Il est trop tard pour faire semblant de découvrir ce que les Ukrainiens eux-mêmes ont abondamment documenté et que dénoncent de nombreux commentateurs et médias indépendants occidentaux.
L’effroi qu’a suscité sur X l’hommage national rendu à l’ancien chef de l’OUN a provoqué tout au plus quelques réactions moralement déplacées et intellectuellement malhonnêtes de la part de certains éditorialistes, qui évoquent une fausse polémique et saluent à leur tour l’héroïsme d’Andry Milnyk, réinhumé lundi à Kiev.
Volodymyr Zelensky a franchi un cap supplémentaire dès le lendemain de cette cérémonie, en signant un décret présidentiel qui érige au rang de « Héros de l’UPA » l’une des unités des Forces armées ukrainiennes. Si le seul débat qui agite les historiens autour du passé collaborationniste de Milnyk est de savoir s’il a personnellement assassiné des juifs ou s’il a simplement organisé leur génocide, l’implication de l’Armée insurrectionnelle Ukraine (UPA) dans les massacres perpétrés par le régime nazi ne souffre en revanche d’aucune contestation.
Plusieurs voix se sont élevées en Pologne (où les hommes de l’UPA, qualifiés de « bouchers » par le député de la Diète de Pologne, Tomasz Rzymkowski, sont accusés d’avoir directement participé à l’assassinat de 50 000 à 100 000 civils polonais entre 1943 et 1945, lors des massacres de Volhynie et de Galicie orientales), pour désigner l’outrage commis par le président Zelensky et son administration.
Zelensky crache au visage de la Pologne ! Le président de l’Ukraine vient de donner à une unité d’élite des Forces spéciales le nom de « Héros de l’UPA » –une organisation qui a perpétré un génocide sur plus de 100 000 Polonais en Volhynie et en Petite-Pologne orientale. À la hache, à la scie et au couteau, ils massacraient femmes, enfants et vieillards. Et Zelensky fait de ces bouchers des héros. Ce n’est pas une alliance. C’est une provocation. La Pologne doit enfin dire : assez !
https://twitter.com/TRzymkowski/status/2060007533591273577?s=20
L’ex-Premier ministre, Leszek Miller, dénonce, lui aussi, le « crachat en plein visage à chaque Polonais dont les grands-pères, les grands-mères, les oncles et les tantes ont été massacrés à la hache, à la fourche et à la scie en Volhynie et en Galicie orientale », et exige que soit retirée à Volodymyr Zelensky la médaille de l’ordre de l’Aigle blanc, la plus haute et la plus ancienne distinction de la République de Pologne, qu’il a reçus en 2023.
L’ancien président polonais, Lech Wałęsa, a annoncé de son côté qu’il avait « publiquement retiré le drapeau ukrainien de sa poitrine » en réponse à l’« humiliation » infligée à l’ensemble des Polonais, mais à laquelle le gouvernement de Donald Tusk n’a toujours pas réagi, trois jours après la publication du décret présidentiel.
L’historienne juive Marta Havryshko, qui avait commenté dans des termes puissants la panthéonisation d’Andriy Milnyk, annonce aujourd’hui que le nom du directeur de Yad Vashem, le Centre mondial du souvenir de l’Holocauste créé en 1953 par la Knesset, Dani Dayan, qui s’était dit « profondément troublé » par la panthéonisation de Melnyk, a été ajouté par l’Ukraine sur la liste noire du site Myrotvorets. Créée en 2014 par l’ancien gouverneur de l’oblast de Lougansk (Donbass) connu pour son rôle dans le coup d’État de Maïdan, la plateforme recense les personnes estampillées par Kiev comme des ennemis du régime. Elle est considérée par certains comme une liste de personnes à abattre, les personnes décédées après l’inscription de leur nom, parfois accompagnée d’informations permettant de les localiser, étant mentionnées sur le site comme « liquidées ».
Les extrémistes ukrainiens ont ajouté le directeur de Yad Vashem, Dani Dayan, à la liste des cibles du site Myrotvorets pour avoir critiqué l’inhumation officielle par l’État d’Andriy Melnyk, collaborateur nazi, en Ukraine. Il est accusé de :
https://x.com/HavryshkoMarta/status/2060042362219327908?s=20
« Actions délibérées et systématiques visant à inciter à l’hostilité interethnique et interétatique entre Israël et l’Ukraine. »
« Participation à des actes d’agression humanitaire contre l’Ukraine. »
« Propagation de récits de la propagande fasciste russe contraires à des faits historiques connus. »
« Participation à des provocations informationnelles contre l’Ukraine en faveur des occupants fascistes russes. »
Pourtant, le gouvernement israélien n’a pas attendu la réaction de Dani Dayan pour exprimer son indignation face à l’hommage officiel rendu par Kiev, qu’elle accuse de « minimiser la facette noire » de l’Ukraine. Le ministère israélien des Affaires étrangères avait affirmé dès lundi dans une tribune qu’« On ne peut pas effacer la vérité historique ni la mémoire des victimes assassinées par les nazis et leurs collaborateurs », ce qui est la ligne diplomatique officielle et constante d’Israël face à la glorification des « héros » ukrainiens de l’Holocauste, notamment les marches aux flambeaux organisées chaque 1er janvier en l’honneur de la naissance de Stepan Bandera.
Précisons qu’au lendemain de son élection, en janvier 2020, le président Zelensky avait visité le mémorial en compagnie de son épouse et d’une délégation officielle, dans le cadre du Forum mondial sur l’Holocauste, organisé à l’occasion de la commémoration des 75 ans de la libération d’Auschwitz.
La boîte de Pandore a visiblement été ouverte par cette séquence. Marta Havryshko rapporte aujourd’hui que des députés du conseil municipal de Lyiv, la ville natale de Bandera, « ont proposé d’ériger un monument – en plein centre-ville, sur la place Hasyna – au commandant du bataillon Nachtigall lié à l’Abwehr et plus tard commandant de l’UPA qui a massacré des dizaines de milliers de civils polonais, juifs et ukrainiens ».
Si le silence des médias et des gouvernements occidentaux permet pour l’instant de ne pas ébruiter la colère polonaise et de contenir celle des citoyens européens, le maire de la ville polonaise de Chelm, Jakub Banaszek, assure, avec un certain optimisme, que l’inauguration prochaine du musée mémorial des Victimes du génocide de Volhynie permettra de rétablir la vérité sur la véritable nature de l’héroïsme aujourd’hui glorifié en Ukraine.
