Lapsus

Équipe Le Point Critique | 16 mai 2026

Un amiral allemand confirme que le plan de défense de la Bundeswehr est en réalité un plan d’attaque de la Russie

Le plus haut gradé de la Bundeswehr a déclaré le 14 mai que la Russie pourrait attaquer un pays de l’OTAN avant 2029. La veille, lors d’un symposium militaire, un amiral allemand a révélé que le plan de défense élaboré en anticipation de cette menace était en réalité un plan d’attaque de la Russie. Explications.

Général Carsten Breuer, Inspecteur général de la Bundeswehr

Dans une interview conjointe accordée ce jeudi au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung avec son homologue britannique Sir Richard Knighton, l’Inspecteur général de la Bundeswehr, Carsten Breuer (le plus haut gradé allemand) a averti que la Russie pourrait être en mesure d’attaquer un des pays de l’OTAN avant 2029. Il estime donc sur ce principe qu’il faut que l’Allemagne et l’Alliance renforcent leurs capacités militaires afin d’être prêtes à se défendre :

Les différents indicateurs – réarmement, augmentation des effectifs, évolutions économiques et politiques – convergent vers un point : 2029. Cela pourrait-il arriver plus tôt ? Oui.

Vendredi, lors d’un rassemblement catholique allemand à Wurzburg, il a confirmé ses propos en expliquant que « la Russie élargissait rapidement ses forces armées et construisait de nouvelles structures militaires visant à affronter l’Occident ».

Nous pouvons voir que la Russie se prépare à être en mesure de mener une guerre à grande échelle contre l’Occident.
La menace est réelle, et elle est très proche. En tant que soldat, j’envisage le pire scénario et j’affirme que d’ici 2029, nous devons être prêts. Nous devons être prêts à dissuader la Russie, afin qu’elle n’y songe même pas.

Dissonance cognitive

Ces affirmations sont en phase avec celles de l’ensemble des états-majors européens, notamment français. Aucun d’entre eux n’a en revanche expliqué comment il conciliait cette certitude avec l’analyse de la situation militaire sur le front, selon laquelle la Russie ne réaliserait que des gains territoriaux très lents, coûteux et limités, stratégiquement insignifiants, l’Ukraine résistant de façon impressionnante, voire gagnerait du terrain et serait sur le point d’inverser le cours de la guerre de manière imminente.

C’est l’analyse développée le 12 mai par le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, soit deux jours avant la déclaration de Carsten Breuer :

Je crois que les Ukrainiens ont vraiment le momentum. La Russie traverse une phase de faiblesse, tant économiquement, intérieurement que sur le champ de bataille. Les Ukrainiens font d’énormes progrès. Les frappes sur les infrastructures militaires russes à l’arrière deviennent de plus en plus dévastatrices et ont un impact.

https://www.yahoo.com/news/articles/germanys-pistorius-says-ukraine-gaining-140829010.html

L’Agence de presse allemande (DPA) précise :

« Beaucoup parlent maintenant d’une phase décisive de la guerre, peut-être en faveur de l’Ukraine, a déclaré M. Pistorius, ajoutant que les prévisions plus tôt et très pessimistes sur le cours de la guerre n’étaient plus largement partagées.

Le New York Times estime aujourd’hui, en se basant sur des sources issues du renseignement militaire, qu’il faudrait trente ans à la Russie pour conquérir le Donbass. De quoi l’Allemagne fait-elle donc semblant d’avoir peur ?

Ne soyons pas dupes, faire cohabiter ces deux perspectives dans une même rhétorique permet de justifier trois mesures à la fois impopulaires et irresponsables compte tenu des difficultés économiques auxquelles sont confrontés les pays de la zone euro : le soutien inconditionnel apporté à Ukraine, le réhaussement massif des budgets militaires nationaux et la création d’une Europe de la Défense, où les décisions se prendraient en petit comité et non à l’unanimité comme l’exigent les traités pour les questions relevant de la souveraineté des États membres.

Les Allemands peuvent-ils sérieusement craindre un débarquement de l’Armée rouge à Berlin d’ici moins de trois ans ? La distance séparant Louganksk de la mer d’Azov, deux points situés aux extrémités du Donbass, est de 150 à 160 km. S’il faut trente ans à la Russie pour s’emparer de cette bande de terre, combien lui en faut-il pour atteindre la porte de Brandebourg ou la place de la Concorde, situées respectivement à 1 800 km et 2 800 km de Moscou ?

Ce n’est probablement pas à cette menace que pense aujourd’hui le général Breuer, mais plutôt à l’agression ou la tentative d’annexion d’un des pays Baltes. Mais pour quelle raison la Russie offrirait-il à l’OTAN l’occasion d’entrer officiellement en guerre contre elle a fortiori si elle est à l’agonie économiquement, militairement et politiquement ?

Lapsus redoutable

La journaliste allemande Alina Lipp actuellement exilée en Russie après avoir été placée sous sanctions par Bruxelles pour son analyse du conflit en Ukraine attire aujourd’hui l’attention sur une phrase prononcée lors d’un symposium organisé à Hambourg les 12 et 13 mai sur le thème de « la guerre et la paix en mer ». Selon la vidéo publiée par la journaliste, l’amiral allemand Kurt Leonards, qui dirige le commandement territorial de Hambourg aurait évoqué la nécessité de prévoir comment seront répartis (Verteilungsplan) « les milliers prisonniers de guerre russes » (Gefangene) dans le cadre du Plan opérationnel allemand (OPLAN DEU), présenté officiellement comme un plan de défense en cas d’une guerre contre la Russie.

Nous avions fait part de nos doutes sur la sincérité des intentions affichées dans ce plan, rédigé il y a deux ans, lorsque le Wall Street Journal a dévoilé son existence et son contenu. Ils sont aujourd’hui partagés par Alina Lipp qui relève une incohérence difficilement attribuable à un simple lapsus :

Personne qui élabore un plan de défense ne se préoccupe de milliers de prisonniers de guerre, car ceux-ci n’existent que dans le cadre d’un mouvement en avant. Un plan de défense inclut la protection des infrastructures, la construction de bunkers pour les civils et un développement massif de la défense antiaérienne, pas la répartition de prisonniers de guerre !

Dernièrement sur Le Point Critique

Aucun article actuellement disponible dans cette catégorie
Recevez gratuitement l’information du Point Critique, en continu sur vos écrans ! !