Aucune limite
Fusiller ou affamer les civils récalcitrants, état des lieux du débat sur la mobilisation en Ukraine
Deux récentes déclarations émanant d’un député ukrainien et d’un commandant de bataillon néonazi confirment que Kiev est prête à sacrifier jusqu’à la dernière âme d’Ukraine pour tenter d’obtenir une improbable victoire sur le front.

La difficulté de l’armée à mobiliser des civils est devenue un problème critique pour l’Ukraine. Volodymyr Zelensky et son chef de cabinet le reconnaissent aujourd’hui publiquement, le président ukrainien demandant désormais à ses alliés de « favoriser le retour » au pays des citoyens ayant trouvé refuge à l’étranger pour échapper à la conscription. L’Allemagne a déjà pris des mesures en ce sens, la Pologne et la République tchèque l’envisagent aujourd’hui, la protection conférée par l’Europe arrivant à expiration en mars 2027.
Bloquer les comptes bancaires des civils qui se cachent
Le député ukrainien du parti présidentiel, Oleksander Fedienko (Serviteur du peuple) a accordé ce week-end une interview à la chaîne Apostroph, dans laquelle il a commenté les problèmes liés à la mobilisation dans son district. Il a confirmé que l’Ukraine était confrontée à des difficultés majeures pour recruter des civils, plus aucun homme en âge de combattre (une notion devenue flexible si l’on en croit les images des dernières rafles) ne souhaitant se sacrifier pour un pays dont l’administration organise le pillage. Pour remédier à cette situation, Oleksander Fedienko propose des modifications législatives visant à doter l’armée de nouveaux outils qui permettraient de « traquer » les citoyens tentant d’échapper à la conscription, notamment le blocage de leurs cartes bancaires :
Dans la zone où je travaille, dans le district de Boryspil, il y a déjà des plaintes de la part de la police et des centres de recrutement : les gens sont tout simplement partis physiquement.
Ce n’est pas qu’ils n’existent plus, ils sont juste partis quelque part, ils se cachent, et il n’est plus possible de les trouver physiquement.Il faut adopter certaines modifications législatives qui permettront de garder ces personnes dans le radar. […].
Si une personne a reçu une convocation et est recherchée, une procédure pour restreindre la carte bancaire et d’autres éléments similaires doit être lancée. Après tout, certains combattent en première ligne, tandis que d’autres continuent de mener une vie normale tout en restant recherchés.
https://antikor.ua/en/articles/8Oleksander Fedienko37561-blokirovka_kart_narodnyj_deputat_fedienko_predlohil_novye_ogranichenija_dlja_teh_kto_skryvaetsja_ot_tk
Faire fusiller les civils refusant la mobilisation
Une solution encore plus radicale a été envisagée quelques jours plus tôt par l’ex-commandant de compagnie du bataillon ultranationaliste Aidar), Evgueni Diki. Le gradé ukrainien propose de donner des armes aux employés des centres de recrutement (TCC) et les autoriser à tirer sur les civils qui refusent la mobilisation (les « uklonisty ») :
Si une telle possibilité était accordée, il suffirait d’un ou deux incidents où les contrevenants seraient abattus, et croyez-moi, le problème des réfractaires au service militaire disparaîtrait comme par enchantement.
Dans cette intervention, il critique notamment le fait que les TCC soient « trahis » par le pouvoir quand ils sont agressés.
En janvier 2024, dans une interview accordée à la chaîne Novynarnia, il avait alerté sur l’augmentation du nombre d’incidents observés lors des rafles de civils, notamment sur le fait que les uklonisty commençaient à s’organiser « en meutes ». Il avait alors déclaré que si ce mouvement prenait trop d’ampleur, les vétérans « élimineraient » ces civils récalcitrants hors du cadre légal, « avec assez de mains, d’armes et de détermination », au point qu’« il n’en resterait plus trace ». Il qualifie dans cette interview les uklonisty de « rats effrayés » qui mordent en groupe, et les accuse d’être manipulés par la Russie, dont l’objectif serait selon lui de créer un mouvement structuré de lutte contre la mobilisation en Ukraine.
Aucune proposition formelle en faveur d’une loi autorisant les exécutions sommaires de tous les réfractaires ne semble avoir été déposée devant des instances, mais on sait aujourd’hui que les soldats ukrainiens éliminent systématiquement les déserteurs, ce qui contribue probablement au volume stratosphérique de pertes confirmé par chaque échange de dépouilles.
Ces déclarations interviennent dans un contexte doublement immoral puisque de nouveaux éléments ont confirmé il y a quelques jours l’ampleur du détournement de l’aide occidentale organisé par le premier cercle présidentiel. On ne parle plus aujourd’hui de simples faits de corruption, usuels en temps de guerre, mais d’un pillage en règle des ressources du pays qui rend indispensable le sacrifice de sa population. Comment peut-on attendre d’une nation qu’elle se sacrifie pour ses bourreaux qui sont prêts ?
Selon l’ancienne attachée de presse de Volodymyr Zelensky, l’Ukraine aurait perdu près de la moitié de sa population depuis le début de la guerre. Sur les quelque 44 millions d’habitants auxquels elle était estimée par la Banque mondiale, il n’en resterait plus aujourd’hui que 25 millions (– 19 millions), alors que l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) et le Centre ukrainien de stratégie économique recensent chacun moins de 6 millions de ressortissants en exil.
