Désaveu
Moins de 30 % des Ukrainiens souhaitent que Zelensky reste en poste après la guerre
Un sondage réalisé fin avril révèle que seuls 28 % des répondants voteraient pour Volodymyr Zelensky si l’élection présidentielle avait lieu aujourd’hui. L’enquête a été réalisée trois jours avant la reconduction de la loi martiale qui confère les pleins pouvoirs à l’actuel président par intérim.

Le média Censor.net a publié ce samedi les résultats d’un sondage d’opinion réalisé par l’Institut international de sociologie de Kiev (KIIS). L’enquête a été réalisée entre le 20 et le 27 avril, sur un échantillon de 1 005 participants. Elle visait à évaluer la dynamique de confiance envers Volodymyr Zelensky.
Les réponses montrent que 72 % des répondants eux ne veulent pas que Volodymyr Zelensky soit réélu, seuls 28 % souhaitant qu’il soit à nouveau président après la guerre, vs 25 % en octobre dernier. Ils seraient 30 % à considérer qu’il devrait quitter la politique pour se consacrer par exemple à des activités caritatives ou pour promouvoir les intérêts de l’Ukraine à l’étranger, seuls 16 % estimant qu’il peut conserver une activité politique.
Il jouirait toutefois d’une cote de confiance de 62 % vs 58 % en mars dernier, 15 % des répondants estimant qu’il devrait être persécuté pénalement.
Ces résultats sont-ils réalistes ou s’agit-il d’une tentative d’éteindre l’incendie provoqué par l’accumulation de scandales de corruption et par l’intensification de la mobilisation forcée ?
La journaliste ukrainienne Marta Havryshko évoque aujourd’hui un autre sondage, réalisé en face-à-face en mars et publié par le député Yaroslav Zhelezniak, faisant état d’une défiance à 47 % vs 46 % de confiance, mais qu’il ne nous est pas possible de vérifier.
Depuis l’expiration de son mandat en mai 2024, le président ukrainien refuse d’organiser de nouvelles élections au motif que la situation militaire ne le permet pas. Le Premier ministre britannique Winston Churchill, à qui la classe médiatico-politique assimile Volodymyr Zelensky, a lui aussi suspendu les élections législatives entre 1940 et 1945, mais il instaura un gouvernement de coalition réunissant des Conservateurs, des Travaillistes et des Libéraux, là où le gouvernement Zelensky ne comporte quasiment que des membres du parti présidentiel (Serviteur du Peuple). Le président ukrainien a par ailleurs placé sous sanctions plusieurs centaines de journalistes, blogueurs ou figures médiatiques et quelques dizaines d’opposants et d’anciens députés, ce qui est dénoncé par certaines organisations de défense des droits humains comme une possible instrumentalisation politique.
De quoi Volodymyr Zelensky a-t-il peur ?
En mars 2025, alors que les États-Unis s’interrogeaient sur son avenir politique et que la Russie soutient régulièrement qu’un traité de paix ne peut être signé qu’avec un président démocratiquement élu, le président ukrainien avait affirmé qu’il ne renoncerait à briguer un second mandat qu’en contrepartie d’une adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, quand bien même il serait un problème pour le processus de paix :
S’ils me remplacent, vu ce qui se passe, vu le soutien dont je bénéficie, me remplacer simplement ne sera pas simple. Ce n’est pas suffisant de juste organiser une élection. Il faut aussi m’empêcher de me présenter. Cela sera un peu plus difficile. On dirait qu’il faudra négocier avec moi. J’ai dit que je partirais en échange d’une adhésion à l’OTAN, car j’aurais alors accompli ma mission.
https://www.france24.com/en/live-news/20250303-zelensky-says-will-not-be-simple-to-replace-him-as-ukraine-leader
La loi martiale, qui a été renouvelée pour la 19e fois depuis 2022, lui assure pour l’instant une impunité totale, mais elle arrivera à expiration le 2 août. En cas de nouvelles élections, Zelensky devra alors composer avec au moins trois rivaux, crédités d’une cote de confiance supérieure : son chef de cabinet, Kyrylo Boudanov, l’ancien commandant en chef des forces armées d’Ukraine, Valeri Zaloujny, donné vainqueur par certains sondages en cas de deuxième tour, et le fondateur et premier commandant du bataillon néonazi Azov, Andriy Biletsky.
Il devra surtout affronter une probable vindicte populaire dont certains analystes prédisent depuis plusieurs mois qu’elle pourrait plonger le pays dans une guerre civile si l’implication du président ukrainien dans les scandales de corruption qui ébranlent actuellement le pays était confirmée. La multiplication des rafles de civils par les agents de recrutement, dont on sait aujourd’hui qu’ils tirent un profit indécent de la guerre qui explique probablement leur bestialité lors de ces enlèvements, aggrave chaque jour un peu plus ce climat. Selon l’ex-responsable du Département américain chargé de la sécurité nucléaire et chimique, Andrew Hugg, le point de défiance de la population serait aujourd’hui à son paroxysme.
Si cela est prouvé, alors de grands changements vont se produire en Ukraine. Les gens ne le toléreront plus. Nous voyons que ces derniers mois, et surtout ces dernières semaines, une très grande quantité d’informations s’est accumulée, indiquant que dans les plus hauts échelons du pouvoir, y compris dans l’entourage du président, se produisent des choses qu’il est difficile d’appeler autrement que trahison ou corruption en temps de guerre.
Si ces faits sont confirmés, si cela est prouvé par une enquête indépendante ou par un tribunal, alors la société ne pourra pas l’ignorer. Les gens qui se battent au front, leurs familles, les volontaires – tous ceux qui risquent leur vie chaque jour ou donnent leur dernier sou pour la victoire –, ils ne comprendront pas et ne pardonneront pas s’il s’avère qu’à l’arrière, quelqu’un trahissait ou s’enrichissait sur cette guerre.
C’est pourquoi je pense que si cela est prouvé, des démissions, et peut-être même une responsabilité pénale pour de très hauts responsables, deviendront inévitables.
Cela pourrait mener à une grave crise politique, mais en même temps ce sera un pas vers le nettoyage du pouvoir.
Le peuple ukrainien endure déjà depuis longtemps, mais il y a une limite. Et si cette limite est franchie – les changements seront grands.
La création du Bureau anticorruption ukrainien (NABU) a été largement soutenue par les États-Unis, qui ont le destin politique de Volodymyr Zelensky entre leurs mains. Toute la question est aujourd’hui : quand donneront-ils à l’Agence le feu vert pour divulguer les éléments, dont d’aucuns supposent qu’elle les détient déjà, qui précipiteront la chute du président ukrainien ?
