Autodafé technologique
Coopération franco-russe : l’UE détruit le pas de tir de la fusée Soyouz en Guyane
L’Europe a officiellement enterré le 24 avril quinze années de coopération franco-russe dans le domaine spatial, avec la démolition dirigée de l’Ensemble de lancement Soyouz en Guyane. Si ce geste symbolique s’inscrit officiellement dans la volonté européenne de renforcer sa souveraineté spatiale, il consacre celle de faire table rase de tout passé et de compromettre définitivement tout avenir communs avec la Russie.

L’Europe a adopté le 23 avril un 20e paquet de sanctions à l’encontre de la Russie, confirmant sa volonté de réduire à néant toute forme de dépendance structurelle avec Moscou, en particulier dans le domaine énergétique, et ce en dépit de la crise au Proche-Orient dont les répercussions s’annoncent pourtant vertigineuses. Cette nouvelle salve de mesures entérine ainsi la fin programmée des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe en Europe et consolide les jalons posés par le plan REPowerEU en vue d’un bannissement total du pétrole russe d’ici fin 2027, malgré l’absence de plan B crédible. La proposition législative visant à formaliser cette feuille de route suicidaire a été retirée le 24 mars de l’agenda de la Commission, mais l’intention semble bel et bien maintenue, les nouvelles sanctions prévoyant une interdiction totale des services maritimes liés au pétrole brut et aux produits pétroliers russes si Moscou ne respecte pas le nouveau plafond de prix imposé par Bruxelles sur ses hydrocarbures.
Bien que ces mesures soient présentées comme temporaires, le fait que l’UE conditionne leur levée à l’engagement de la Russie à assumer l’intégralité du coût des réparations de guerre confirme qu’elles visent à rendre impossible tout retour aux relations d’avant 2022. Le mythe d’une « menace russe existentielle », dont aucun des dirigeants occidentaux n’a été capable à ce jour d’expliquer sur quoi il repose (on sait aujourd’hui que toutes les provocations attribuées depuis deux ans à Moscou reposaient sur une manipulation grossière), n’a sur ce principe pas d’autres finalités que de tuer dans l’œuf toute perspective d’un avenir commun avec la Russie, dont le souhait de la voir disparaître est aujourd’hui parfaitement assumé.
Le dernier fait d’armes de l’UE est emblématique de ce nihilisme qui pousse aujourd’hui Bruxelles à organiser son suicide énergétique, et donc économique, pour s’assurer qu’il ne subsiste aucune trace d’un passé commun avec la Russie. Le 24 avril est la date qu’elle a choisie pour officialiser le démantèlement de l’ancien complexe de lancement russe de la fusée Soyouz au Centre spatial guyanais, situé à Kourou en Guyane française). Il s’est concrétisé notamment par l’explosion dirigée de la tour mobile servant au lancement.
Cette opération scelle donc définitivement quinze années ans de coopération franco-russe dans le domaine spatial. Si ce démantèlement planifié depuis 2022 en raison du conflit russo-ukrainien coïncide positivement à la volonté européenne de renforcer sa souveraineté spatiale en privilégiant des solutions indépendantes (Ariane 6, Vega-C, MaiaSpace), la réaction des experts de l’UE témoigne qu’il s’agit aussi et surtout d’un geste symbolique.
Le site Topwar.ru indique en effet :
Des temps d’arrêt coûteux et une incompatibilité technologique ont été cités comme raisons du démantèlement de l’Ensemble de lancements Soyouz (ELS). Les experts européens ont accueilli avec enthousiasme la démolition du site : « Cela mettra définitivement un terme au chapitre russe au centre spatial européen. »
La coopération, mutuellement avantageuse jusqu’en 2022 via différents projets (Galileo, OneWeb, Euclid, EarthCARE, ExoMars), notamment les vols habités à bord des stations Mir et ISS, pouvait continuer à l’être jusqu’en 2028-2030 (les carnets de commandes étaient pleins jusqu’à l’introduction des sanctions), même si la dépendance européenne à Soyouz menaçait de devenir moins attractive, voire contre-productive à long terme.
Cet argument est-il pris dans l’évaluation du bénéfice des sanctions ? Visiblement non. La coopération entre Washington et Moscou a pourtant survécu à la guerre en Ukraine, un accord ayant été conclu en juillet 2025 entre l’Agence spatiale russe et la NASA pour exploiter conjointement l’ISS jusqu’en 2028.
L’Europe souhaite aujourd’hui voler de ses propres ailes, dont acte. L’avenir dira si cette décision était un simple trépignement ou le fruit d’une réorientation stratégique pertinente. Quoi qu’il en soit, le démantèlement de l’ELS n’aura probablement pas de conséquences dramatiques pour l’UE contrairement à celui de sa dépendance énergétique, qui était l’un des piliers de la relation entre Bruxelles et Moscou, mais sa portée symbolique mérite d’être soulignée.
