Dissimulation

Équipe Le Point Critique | 26 avril 2026

La santé d’Emmanuel Macron classée officieusement « secret-défense »

Le journal France Soir a divulgué jeudi la décision rendue par le tribunal administratif de Paris en réponse à sa demande concernant la publication des bulletins de santé du président de la République. Sans surprise, le Tribunal estime que l’Élysée n’est tenu de rendre public aucun bulletin de santé concernant le chef de l’État ni de confirmer qu’il ne souffre d’aucune pathologie incompatible avec l’exercice du pouvoir.

Emmanuel Macron, 2024

Tout commence le 8 août 2025, avec le recours intenté par France Soir pour excès de pouvoir à l’encontre du directeur de cabinet de l’Élysée, Patrice Faure, en réponse à des menaces proférées contre le journal, qui s’interroge depuis plusieurs années sur le silence absolu de la présidence, depuis décembre 2020, concernant l’état de santé d’Emmanuel Macron. Aucune publication de ses bulletins de santé n’a en effet eu lieu depuis cette date, malgré les engagements de campagne du chef de l’État.

En 2017, le président de la République avait déclaré au Quotidien du médecin qu’il rendrait « publique sans exception et sans hésitation toute information susceptible d’avoir des conséquences quant à [sa] capacité de diriger le pays », en précisant :

Il est normal que les Français soient informés, dans des proportions raisonnables, de la santé du président, qui doit être en capacité de remplir sa charge. En même temps, la santé du président relève pour une grande part de l’intime. Je m’appliquerai le droit que je reconnais à chaque Français de bénéficier du secret médical.

Ce droit a été effacé par la pandémie de COVID, où le président s’est personnellement engagé sur la question du passe sanitaire, qui a forcé chaque citoyen a déclaré son statut infectieux et vaccinal, y compris à de simples vigiles. Il promettait en retour de « rendre compte tous les jours de l’évolution de la maladie » au lendemain de sa contamination présumée au COVID-19, ce qui ne fut pas le cas, malgré la publication de quelques rares bulletins. Il s’agissait de convaincre les Français que la maladie n’épargne personne puisque le vaccin, hélas !, n’était pas encore disponible.

Il avait réitéré cet engagement de transparence lors de la campagne de 2022, en assurant qu’il rendrait « publique sans exception et sans hésitation toute information susceptible d’avoir des conséquences quant à [s]a capacité à diriger le pays ». « C’est une évidence pour moi », avait-il ajouté.

Quelques mois plus tard, il avait lui-même déclaré avoir traversé « une dépression très grave »., d’où la démarche initiée par France-Soir, qui a dans un premier temps sollicité le médecin militaire d’Emmanuel, le Dr Perrochon, puis saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA), qui n’a pas donné suite. En juillet 2024, France-Soir précise qu’à défaut d’obtenir la publication d’un bulletin de santé du président de la République, Monsieur Emmanuel Macron, il demande que lui soit confirmé « qu’il n’existe aucune information sur la santé du président de la République intéressant les Français, dans le respect de la vie privée et du secret médical, mais également du légitime droit d’information des électeurs, quant aux capacités physiques et intellectuelles de ceux qui les dirigent ».

Face à l’insistance de France-Soir, qui n’a jamais obtenu de réponse à cette demande, pourtant adressée par voie d’huissier au Dr Perrochon, en juin 2024, le directeur de cabinet de l’Élysée avait alors sommé le journal « d’arrêter de demander au docteur Perrochon d’établir ces bulletins de santé ». Ce sont ces intimidations que France-Soir a donc choisi d’attaquer en justice en août 2025.

Une audience a eu lieu au tribunal administratif de Paris le 9 avril 2026. Me Protat, l’avocate qui représente historiquement le journal, et Xavier Azalbert, le directeur de la rédaction, ont déposé une question prioritaire de constitutionnalité(QPC) ciblant trois articles fondamentaux – l’article L 1110-4 du Code de la santé publique concernat le secret médical, l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et l’article 7 de la Consitution, qui encadre la procédure d’empêchement du chef de l’État – et citant une décision rendue par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDG) selon laquelle « “s’agissant des élus, notamment des présidents, il fallait un juste équilibre dans une société démocratique” entre secret médical et droit à l’information. »

QPC : L’article L. 1110-14 du Code de la santé publique, en ce qu’il consacre le secret médical sans prévoir d’exception pour la communication des informations relatives à l’état de santé du président de la République nécessaires à l’exercice du droit de la société à demander des comptes à tout agent public de son administration, garanti par l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, et à l’application de la procédure d’empêchement prévue par l’article 7 de la Constitution, méconnaît-il les droits et libertés garantis par la Constitution, notamment le principe de transparence et l’exigence de continuité de l’État ? »

Le délibéré était attendu le 23 avril 2026. Le tribunal administratif a estimé que l’article 7 de la Constitution ne créait pas un « droit ou une liberté » invocable par les citoyens, consacrant de facto le secret médical comme un droit absolu, et a rejeté l’ensemble des demandes de France-Soir, qui analyse en ces termes cette décision :

En rejetant la demande de France-Soir, les juges de première instance ont confirmé que les Français n’ont pas le droit d’obtenir la publication des bulletins de santé du Président de la République. Ni ceux d’Emmanuel Macron depuis décembre 2020, ni même un bulletin actuel.
Sous couvert de « secret médical absolu », le tribunal a balayé plusieurs principes constitutionnels fondamentaux. Et cela pose une question très concrète : et si demain le chef de l’État n’était plus en pleine capacité physique ou mentale pour exercer ses fonctions… comment le saurions-nous ?

France-Soir estime que le contexte géopolitique n’autorise aucun doute sur l’intégrité psychique, cognitive ou physique du chef de l’État, qu’il s’agisse d’une entrée en guerre officielle contre la Russie, de l’envoi de troupes en Ukraine, du déclenchement d’une frappe ou d’une mutualisation de la dissuasion nucléaires, qui relèvent tous du monopole absolu du président de la République. Mais qui s’intéresse aujourd’hui à cette question ? Selon le journaliste Mickaël Moreau, qui a publié en février un ouvrage ayant bénéficié d’une maigre couverture médiatique, Sa Majesté nomme, Emmanuel Macron aurait placé entre 4 et 10 000 personnes à des postes clés de la République (comprendre : de courtisans qui sont aujourd’hui ses débiteurs éternels), ce qui lui assure une immunité quasiment totale.

Pourtant, hormis l’arrogance du suzerain qui estime qu’il n’a aucun compte à rendre à la Nation et met un point d’honneur à n’en rendre aucun, quelle raison pourrait expliquer que le chef de l’État veuille à tout prix dissimuler son état de santé ?

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