Un air de déjà-vu

Équipe Le Point Critique | 24 avril 2026

Troupes européennes en Ukraine, l’annonce d’une députée allemande en mode Overton

La députée allemande Marie-Agnes Strack-Zimmermann, considérée comme l’un des faucons allemands les plus extrémistes, appelle les Européens à se préparer à devoir être mobilisés sur le front ukrainien.

Marie-Agnes Strack-Zimmermann

Dans un message publié sur le réseau X, la présidente de la commission de la Sécurité et de la Défense du Parlement européen, Marie-Agnes Strack-Zimmermann (Parti libéral-démocrate), a indiqué il y a quelques jours que l’Europe se préparait à envoyer d’importants contingents de soldats en Ukraine :

Nous devons nous faire à l’idée de déployer des troupes, des unités, y compris allemandes, en Ukraine. Et ensuite il faudra énormément, énormément de soldats venant d’Europe.

Que signifie cette prédiction ? L’eurodéputée n’exprime ici aucune inquiétude, contrairement à ce que certains seraient tentés de croire, sachant que si l’Europe entre en guerre contre la Russie, elle sera contrainte d’envoyer non seulement des soldats, mais de jeunes appelés. Marie-Agnes Strack-Zimmermann poursuit en réalité le travail entrepris par l’état-major des Armées françaises, britanniques et allemandes. Elle élargit la fenêtre d’Overton ouverte il y a plusieurs mois et agrandie en début d’année avec la réforme sur le service militaire, qui imposait initialement à tout Allemand âgé de 17 à 45 ans de demander à l’Armée (Bundeswehr) l’autorisation de quitter le pays pour tout séjour à l’étranger d’une durée de plus de trois mois, officiellement pour garantir la fiabilité du recensement de la population en âge d’être mobilisée.

La découverte de cette clause insérée discrètement dans la loi a provoqué un tollé médiatique début avril, qui a contraint le ministère des Armées à la retirer quelques jours plus tard. Ce n’était à l’évidence ni un lapsus ni une maladresse, mais une tentative de passage en force alors qu’environ 60 à 70 % des Allemands sont opposés à une guerre ouverte contre la Russie et la moitié environ à un déploiement de troupes en Ukraine.

Le revirement de 2025

Comme les généraux français en novembre dernier qui évoquaient un nécessaire « sacrifice » de la jeunesse, Marie-Agnes Strack-Zimmermann souhaite aujourd’hui que la population se prépare à cette éventualité présentée comme inéluctable.

L’ex-présidente de la commission de la défense du Bundestag jusqu’en 2025 est l’une des militantes les plus offensives en faveur du soutien de l’Allemagne à l’Ukraine. Elle a constamment plaidé depuis le début du conflit pour une aide militaire accrue, notamment pour l’envoi de missiles longue portée Taurus, contre l’avis d’Olaf Scholz dont elle a à plusieurs reprises dénoncé la prudence. Son engagement pour l’envoi de troupes en l’Ukraine est néanmoins récent.

Jusqu’en 2025 et la perspective d’un cessez-le-feu assorti du déploiement d’une force multinationale de maintien de la paix pour sécuriser l’Ukraine contre de futures agressions russes, elle excluait catégoriquement l’envoi de soldats allemands ou européens en Ukraine. Elle avait par exemple assuré en 2023 que « Pas un seul soldat allemand ou européen ne mettra[it] le pied sur le sol ukrainien », qualifiant d’« absurdes » les accusations selon lesquelles elle militerait pour cette forme d’engagement.

Elle pousse aujourd’hui activement pour une implication allemande dans une force de stabilisation de la paix, sous la forme d’une coalition large placée sous l’égide de l’OTAN, et pour une augmentation des dépenses européennes en matière de défense :

Nous sommes conscients que nous devons agir maintenant et nous sommes prêts à le faire de manière décisive. Permettez-moi donc de conclure par un message. L’Europe n’a pas seulement besoin d’augmenter ses dépenses de défense. L’Europe a besoin de meilleurs résultats en matière de défense. Si nous y parvenons, la paix par la force ne sera plus un simple slogan. Ce sera une réalité pour l’Ukraine et pour l’Europe.

« Adolfine la va-t’en guerre », définitivement déboutée par la justice

Cette détermination lui a valu récemment d’être qualifiée sur le réseau X d’« Adolfine la va-t-en-guerre » (Adolfine die Kriegstreiberin), dans un commentaire lié au débat sur les livraisons d’armes à l’Ukraine. L’auteur du tweet avait été condamné en première instance à une amende de 1 200 € pour injure, retoquée quelques mois plus tard par le tribunal régional de Karlsruhe. La Cour d’appel de Karlsruhe a confirmé mi-avril l’annulation de cette décision, considérant qu’il ne s’agissait pas d’une comparaison personnelle de l’eurodéputée avec Adolf Hitler, mais d’une « critique politique admissible » ciblant son action publique.

Combien d’Européens sont-ils aujourd’hui tentés d’établir cette comparaison face à l’hubris des autorités allemandes, qui se projettent de plus en plus concrètement dans un conflit de haute intensité contre le pays qui contribua le plus lourdement à la lutte contre le nazisme ?

Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a présenté mercredi les grandes lignes de la première stratégie militaire globale de l’Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale. L’objectif est clairement assumé : faire de la Bundeswehr la première armée conventionnelle d’Europe d’ici 2039, dotée d’une force de 460 000 soldats composés de troupes actives et de réserve, afin de dissuader la Russie d’envahir l’Europe et de renforcer le leadership de l’Allemagne au sein de l’OTAN.

Plus inquiétant, le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, a soumis vendredi dernier, lors de la quatrième conférence du Service juridique de l’UE, l’idée d’un nouveau traité européen intergouvernemental visant « à créer une union de défense et à préparer l’Union à se défendre ».

Si l’on considère qu’il faut être deux pour se battre et que la Russie n’a ni l’envie ni l’intérêt de conquérir un continent économiquement aux abois, qu’elle n’a de toute façon pas les moyens d’occuper, une provocation pourrait rendre néanmoins inévitable un tel affrontement. La dernière lubie d’Emmanuel Macron d’organiser « dans les mois à venir » des exercices militaires conjoints incluant des scénarios de simulation de frappes nucléaires sur des cibles en Russie et en Biélorussie s’inscrit-elle dans ce cadre ?

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