Guerre des valeurs

Équipe Le Point Critique | 20 avril 2026

Péter Magyar annonce qu’il fera exécuter le mandat d’arrêt de la CPI si Netanyahou se déplace en Hongrie

Le nouveau chef du gouvernement, Péter Magyar, confirmé que la Hongrie resterait membre de la Cour pénale internationale. À ce titre, elle exécutera le mandat d’arrêt délivré par la CPI à l’encontre de Benyamin Netanyahou si le Premier ministre se rend dans le pays. Cette annonce ponctue une série de déclarations qui suggèrent que la Commission européenne pourrait avoir perdu au change en soutenant Péter Magyar.

Viktor Orbán et Benyamin Netanyahou

Les dernières élections législatives hongroises ont été entachées de graves soupçons d’ingérence de la part de Bruxelles, selon un modus operandi désormais familier. Les premiers pas de Péter Magyar ont surpris de nombreux commentateurs qui s’interrogent aujourd’hui sur une possible manœuvre de Viktor Orbán, dont le nouveau chef du gouvernement fut membre du cercle rapproché pendant plus de vingt ans, visant à créer un boulevard afin qu’il remplace Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne.

Si cette hypothèse est purement spéculative, bien que murmurée discrètement par le nouveau Premier ministre, ses premières déclarations soulèvent une question : Péter Magyar a-t-il dupé la Commission ? Sa victoire a été accueillie comme la fin tant espérée de l’ère Orbán, dont les positions souverainistes et la proximité avec Moscou étaient jugées incompatibles avec le maintien de la Hongrie dans l’UE. Le dernier point de friction entre l’ex-Premier ministre et Bruxelles concernait le veto au prêt de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine, que Viktor Orbán avait promis de lever à la condition expresse que Volodymyr Zelensky rétablisse le trafic du pipeline Druzhba afin de permettre à la Hongrie d’être approvisionnée en pétrole russe.

Les déclarations de Péter Magyar depuis l’élection du 12 avril autorisent aujourd’hui à penser que l’UE pourrait avoir perdu au change. Lors de sa première conférence de presse, il a confirmé que la Hongrie ne s’opposerait pas au prêt européen destiné à l’Ukraine, ce qui était la position initiale de Viktor Orbán. En revanche, il a indiqué que son gouvernement :

  • ne soutiendra pas une intégration accélérée de l’Ukraine dans l’UE tant que le pays sera en guerre ;
  • continuera à acheter des hydrocarbures russes ;
  • s’opposera au pacte migratoire de l’UE qui impose l’entrée d’un quota de migrants en situation illégale ;
  • maintiendra et réparera la clôture à la frontière avec la Serbie.

Il a fait deux nouvelles déclarations ces derniers jours qui renforcent l’impression qu’Ursula von der Leyen a peut-être été prise à son propre piège :

  • le 17 avril, Péter Magyar a annoncé que l’ensemble des députés conservateurs du nouveau parlement prêteraient serment, lors de leur prise officielle de fonctions, devant la Sainte Couronne et non uniquement sur la Constitution, comme le veut la tradition parlementaire hongroise moderne. En acceptant la proposition du parti Mi Hazánk (Notre patrie) de jurer fidélité devant le symbole ultime de la souveraineté de la nation hongroise et de son héritage chrétien, le message envoyé par Péter Magyar, qui se conformera lui-même à cet engagement, est donc celui d’un retour aux racines historiques de la Hongrie, et d’un refus de les laisser se diluer dans le magma des valeurs progressistes de l’UE ;
  • aujourd’hui, lors d’une conférence de presse organisée son parti (Tisza), il a confirmé qu’il ferait annuler le processus de sortie de la Hongrie de la Cour pénale internationale qui ne devait être effective qu’à compter du 2 juin 2026. Cette mesure avait été prise par Viktor Orbán en avril 2025, en réaction au mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale (CPI) contre Benyamin Netanyahou pour crimes contre l’humanité. Péter Magyar a également affirmé que « la Hongrie respecterait son obligation de détenir des dirigeants sur son territoire recherché par le tribunal de La Haye ».

Il a précisé qu’il ferait procéder à l’arrestation de son homologue israélien s’il se rendait en Hongrie, démentant ainsi une précédente déclaration de l’ambassadrice de l’État d’Israël en Hongrie, Maya Kadosh, selon laquelle Péter Magyar aurait invité Benyamin Netanyahou pour la commémoration du soulèvement raté du pays contre le régime communiste en 1956 :

Chaque dirigeant est le bienvenu pour assister à cette importante commémoration. Nous avons l’obligation légale de faire respecter les décisions de la cour, et je suis sûr que [Benyamin Netanyahou] le sait.

https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-04-20/hungary-must-arrest-visiting-leaders-sought-by-icc-magyar-says

Des rumeurs ont récemment circulé concernant un hypothétique déplacement en Allemagne du Premier ministre israélien, dont l’avion a stationné plusieurs jours à Berlin en mars dernier, officiellement pour des raisons techniques. On se souvient toutefois qu’en mars 2025, le chancelier Merz avait promis de « trouver un moyen » pour inviter son homologue à visiter l’Allemagne malgré le mandat de la CPI.

Peut-être est-ce là le principal changement par rapport à la politique de Viktor Orbán. Si Péter Magyar affiche une position beaucoup plus consensuelle sur l’Ukraine est que son prédécesseur, il a confirmé en fin de semaine dernière que la Hongrie ne lèverait son veto sur le prêt de 90 milliards d’euros qu’une fois le transit rétabli via le pipeline Druzhba. L’Ukraine, qui affirmait avant l’élection que les réparations pourraient prendre plusieurs mois, estime aujourd’hui que le trafic pourrait reprendre d’ici une dizaine de jours.

Kiev ne pouvait plus explicitement avouer que ce blocage du pétrole russe n’a jamais été autre chose qu’un vulgaire chantage à l’endroit de la Hongrie et des Européens.

Reste à savoir si ce prêt est une contrepartie suffisante pour la Commission européenne et si elle laissera Péter Magyar appliquer l’agenda qu’il promet aujourd’hui de suivre. Dans les heures qui ont suivi le résultat de l’élection, accepté par Viktor Orbán avant la fin du dépouillement, la présidente de la Commission européenne avait prévu qu’elle ne dégèlerait les 39 milliards d’euros bloqués faute de compatibilité entre la feuille de route hongroise et les valeurs de l’UE, que si Budapest honorait d’abord les 27 conditions prévues par le plan de résilience et de relance hongrois. Visiblement, le nouveau Premier ministre ne semble pas disposer, au moins sur le papier, à accéder à l’ensemble de ces exigences.

À suivre.

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