Crime de guerre
Le sabotage du pipeline Nord Stream a été officiellement validé par Zelensky, selon un journaliste du Wall Street Journal
Le journaliste Bojan Pancevski a commenté publiquement les conclusions de son enquête sur l’explosion du pipeline Nord Stream 2, considérée comme le plus grand acte de sabotage de l’histoire moderne. Il affirme que le président ukrainien a officiellement validé l’opération, planifiée par le commandant en chef de l’armée ukrainienne, Valeri Zaloujny.

Le correspondant politique européen en chef du Wall Street Journal, Bojan Pancevski, a couvert l’enquête sur l’explosion du gazoduc Nord Stream 2 depuis son sabotage en septembre 2022. Il a présenté ce jeudi, dans un talk-show diffusé sur la chaîne allemande ZDF (Markus Lanz) les conclusions de son travail, développées dans un livre à paraître en juin 2026, La conspiration Nord Stream : les coulisses des explosions qui ont secoué le monde.
Les enquêteurs auraient aujourd’hui entièrement élucidé l’attentat et émis un mandat d’arrêt à l’encontre de sept Ukrainiens, dont l’un a été arrêté cet été en Italie et se trouve actuellement en détention provisoire à Hambourg. L’opération, conduite depuis l’Allemagne par une équipe composée de membres des unités spéciales ukrainiennes, de militaires et de plongeurs civils, aurait été minutieusement préparée pendant des mois par les services de renseignement ukrainiens.
Une opération militaire commanditée par un État
Au cours de ses investigations, Bojan Pancevski a croisé les données émanant de multiples sources : les enquêteurs allemands, ses contacts en Ukraine, des responsables politiques et des agents secrets, en particulier les responsables des services de renseignements américains (CIA), européens, ukrainiens, qui étaient en fonction en 2022.
Trois pays figuraient sur la liste des suspects : l’Ukraine, les États-Unis et la Russie. La piste américaine a été évoquée dès le début en raison de la déclaration faite par Joe Biden le 7 février 2022, lors d’un point presse organisé en présence du chancelier allemand Olaf Scholz :
— Si la Russie envahit l’Ukraine, c’est-à-dire si des chars ou des troupes franchissent à nouveau la frontière ukrainienne, alors il n’y aura plus de Nord Stream 2. Nous y mettrons fin.
— Comment vous y prendrez-vous étant donné que ce projet est sous contrôle allemand ?
— Nous le ferons, je vous promets que nous y arriverons.
Selon Bojan Pancevski, bien que Vladimir Poutine continue de penser, sur la base de cette déclaration, que ce sont les Anglais et les Américains qui ont commandité l’attentat, les menaces de Joe Biden n’impliquaient pas l’explosion du pipeline, mais sa destruction symbolique à travers les sanctions :
Ce dont Biden parlait ici, ce sont les sanctions. C’est simple, les Américains peuvent imposer des sanctions à n’importe qui pour ruiner un projet économique, surtout en Europe. Vous n’avez pas besoin de faire sauter le pipeline.
Les enquêteurs allemands auraient écarté la responsabilité de Washington et de Moscou au terme d’une enquête minutieuse. L’Ukraine restait donc l’unique suspect.
Le rôle de la CIA et de l’état-major ukrainien
Selon Bojan Pancevski, ce sont les services secrets de l’armée néerlandaise qui auraient mis les enquêteurs sur la piste d’un groupe ukrainien opérant depuis l’Allemagne. L’information a d’abord été transmise à la CIA. L’agence a ensuite alerté ses homologues allemands, qui n’ont été informés que tardivement de l’existence de ce complot.
La CIA aurait appelé son bureau à Kiev pour lui demander de confirmer l’information et le cas échéant de faire annuler l’opération. Elle aurait exigé un engagement écrit des saboteurs précisant : « Nous arrêtons la mission. » L’opération aurait néanmoins été approuvée par Volodymyr Zelensky et Valeri Zaloujny, le commandant en chef de l’armée ukrainienne, aujourd’hui ambassadeur d’Ukraine au Royaume-Uni, qui aurait informé son supérieur afin de se couvrir (50 : 10) :
Markus Lanz : Est-ce que des gens comme le commandant en chef de l’armée ukrainienne ou le président Zelensky savaient à ce stade que ces plans existaient ?
Bojan Pancevski : Oui [Valeri Zaloujny] était au sommet de la pyramide de commandement. […] Il a approuvé l’opération. Plus tard, selon ses conseillers de l’époque, il a informé Zelensky de l’existence de ce projet. Il voulait se couvrir, car l’affaire se situait aux limites du droit international. Zelensky l’a approuvé. Lui et ses conseillers le nient publiquement…
Markus Lanz : Mais vous dites que Zelensky l’a approuvé ?
Bojan Pancevski : C’est ce qu’affirment ses proches. Selon eux, Zelensky l’a approuvé. Quand la CIA l’a appris, ils ont dit : « Ne le faites pas, arrêtez. » C’est ce que confirment les gens autour de Zelensky.
https://www.zdf.de/play/talk/markus-lanz-114/markus-lanz-vom-16-april-2026-102
Bojan Pancevski précise que l’opération n’a pas été menée contre l’Allemagne, mais contre la Russie, avec pour objectif d’« attaquer [son] économie […] là où ça fait plus le mal » (Die Welt)
Un crime de guerre ?
Les Ukrainiens estiment que Nord Stream constituait une « cible militaire légitime dans une lutte pour la survie ». Pour les Allemands, le sabotage du pipeline constitue « une attaque contre leurs infrastructures critiques, qui a mis en danger l’ordre constitutionnel de leur pays » et contribué à l’effondrement de leur économie en la privant d’une source d’énergie bon marché et abondante.
Les répercussions économiques et géopolitiques, mais également écologiques et climatiques de cette attaque se sont en réalité « fait sentir sur l’ensemble du continent ». Si les informations divulguées Bojan Pancevski sont confirmées, elles soulèvent donc une question : que vont faire l’Europe et l’OTAN ? Il y a sept mois, la ministre allemande de la Justice, Stefanie Hubig, avait commenté l’arrestation du coordinateur présumé de l’opération en refusant d’incriminer le gouvernement ukrainien :
Nous soutenons l’Ukraine et nous continuerons de la soutenir. Ce qui compte pour moi cependant, c’est qu’en Allemagne, nous soyons un État de droit et que nous enquêtions systématiquement sur les crimes commis sous notre juridiction.
L’implication de Kiev devrait en toute logique rebattre les cartes et remettre en question les récents accords d’armement signés entre l’Allemagne et l’Ukraine. Mais elle devrait surtout conduire l’UE à mettre un terme définitif au soutien militaire et financier qu’elle fournit depuis quatre ans à l’Ukraine. Pour rappel, Ursula von der Leyen a rappelé le 15 février 2026, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, qu’en cas d’agression contre un pays membre de l’UE, le déclenchement de la clause de défense mutuelle européenne n’était « pas une option de l’UE [mais] une obligation » prévue par le Traité sur l’Union européenne (article 42.7 du TUE).
Si cette clause de défense mutuelle n’implique pas automatiquement d’entrer en guerre ou d’envoyer des troupes, le fait d’aider collectivement un pays ayant commis un acte de guerre à l’encontre d’un des pas membres de l’UE ne semble pas en phase avec l’esprit des traités.
