Provocation
Volodymyr Zelensky reçoit un prix international pour quatre libertés qu’il a fait supprimer en Ukraine
La Fondation Roosevelt a décerné jeudi le prix international des Quatre Libertés à Volodymyr Zelensky, en dépit de rapports accablants de l’ONU et du renseignement américain dénonçant le recul démocratique et les atteintes à ces quatre libertés fondamentales depuis le début de la guerre en Ukraine.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a reçu ce jeudi aux Pays-Bas, des mains du Premier ministre néerlandais, le prix international des Quatre Libertés (International Four Freedoms Award). Il rejoint ainsi une liste prestigieuse de lauréats incluant le Dalaï-lama, Nelson Mandela, Kofi Annan, Jimmy Carter, Bill et Hilary Clinton ou encore Angela Merkel.
Décerné par la Fondation Roosevelt, ce prix est inspiré des quatre libertés proclamées en 1941 par le président américain Franklin D. Roosevelt :
- liberté d’expression et d’opinion ;
- liberté de culte ;
- liberté de vivre à l’abri du besoin ;
- liberté de vivre à l’abri de la peur.
Quatre autres personnalités ont également été décorées le 16 avril, dont Gisèle Pellicot, mais seul Volodymyr Zelensky, qui a avoué en février dernier avoir passé deux années complètes terré dans un bunker à Kiev, a reçu un prix incluant les quatre libertés. Il lui a été remis en présence du roi Willem-Alexander, de la princesse Beatrix et du président de la fondation, qui a salué « le courage et la résilience dont le président et son pays ont fait preuve face à l’invasion à grande échelle lancée il y a plus de quatre ans par la Russie », dixit The Washington Post :
« Nous rendons le plus grand hommage au courage indéfectible et à la persévérance durable du peuple ukrainien et à la direction inébranlable et résolue de leur président, Volodymyr Zelensky », a déclaré jeudi Hugo de Jonge, président de la fondation.
L’acteur principal de la série Serviteur du peuple, dont le scénario s’est réalisé à la virgule près en 2019, a émerveillé le Premier ministre néerlandais par son humilité, en refusant de tirer la moindre gloire personnelle de cet honneur : « Le fait que vous n’ayez accepté ce prix qu’à condition de pouvoir le recevoir au nom de tout le peuple ukrainien en dit long. »
Liberté de vivre à l’abri de la peur vs règne de la terreur
Personne ne peut décemment s’indigner qu’un hommage soit rendu au peuple ukrainien. Il est néanmoins regrettable que la cérémonie du 16 avril n’ait pas été l’occasion de s’émouvoir du sort des milliers de civils kidnappés dans la rue ou à leur domicile, puis envoyés sur le front, quelques jours ou semaines plus tard, sans véritable formation et sans presque aucun espoir de retour, en violation du droit international. Aujourd’hui les milices d’État qui organisent ces opérations n’hésitent plus à tirer sur les citoyens récalcitrants.
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (OHCR) l’a rappelé dans son 43e Rapport périodique sur la situation des droits de l’homme en Ukraine publié en décembre dernier. Il exhorte le gouvernement ukrainien à reconnaître pleinement, dans sa législation nationale, le droit à l’objection de conscience, instaurée comme un droit fondamental dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (article 18) ratifié par l’Ukraine en 1973. Les parents ou les épouses n’ayant pas réussi à empêcher l’enrôlement forcé de leur fils ou de leur mari ont dû recevoir un second coup de poignard dans le cœur.
Liberté de culte vs persécutions religieuses
Les près de 30 millions d’Ukrainiens de religion orthodoxe (60 % de la population) auront également apprécié que Volodymyr Zelensky soit récompensé au titre de ses efforts pour préserver la liberté de culte. Le pape François a condamné en 2024 l’interdiction de l’Église orthodoxe par Volodymyr Zelensky (loi n° 8371 sur la protection de l’ordre constitutionnel dans le domaine des activités des organisations religieuses), qu’il accuse d’être sous l’emprise spirituelle de la Russie, bien qu’elle se soit officiellement séparée du patriarcat de Moscou en 2022. L’ONU a exprimé en octobre 2025 sa « grave préoccupation face aux informations faisant état d’une persécution continue de l’Église orthodoxe ukrainienne (EOU) en Ukraine » et a nommé cinq experts afin qu’ils enquêtent sur ces allégations.
L’OHCR a confirmé la légitimité de ces inquiétudes dans son rapport de décembre 2025. Il demande que Kiev supprime cette loi ou s’assure que son application soit pleinement conforme aux exigences du droit international des droits de l’homme. La députée républicaine américaine Anna Paulina Luna va plus loin. Elle a publiquement accusé l’Ukraine, en janvier dernier, de persécuter les chrétiens, en particulier l’Église orthodoxe ukrainienne.
La Vice-Première ministre chargée de l’intégration européenne et euroatlantique de l’Ukraine, Olha Stefanichyna, actuellement poursuivie pour des faits de corruption dans deux affaires, a répondu à cette déclaration sur son compte X. Elle affirme que « la loi ukrainienne n’entrave pas les croyances religieuses, le culte ou la doctrine » et que l’Ukraine ne détient aucun prisonnier politique.
Dans l’ensemble du système pénitentiaire ukrainien, il y a environ 34 600 détenus. Il n’y a pas de prisonniers politiques. En tant qu’État en guerre, l’Ukraine travaille à entraver les activités de personnes agissant dans l’intérêt de l’ennemi. Mais chacun a la possibilité de se défendre devant les tribunaux.
Liberté d’expression et d’opinion sauf pour les prisonniers politiques
Le député Oleksandr Dubinskyi, qui se définit lui-même comme prisonnier politique, a répondu à ce message en pointant deux rapports, de l’OHCR (2023) et du renseignement américain (2024), qui contredisent l’ancienne ambassadrice. Selon la synthèse produite par l’IA Grok, le rapport américain fait état de « problèmes significatifs persistants observés dans les territoires contrôlés par le gouvernement ukrainien » :
Torture, traitements cruels ou dégradants par les forces de l’ordre et dans les prisons.
Détentions arbitraires, notamment de personnes invoquant le droit à l’objection de conscience.
Restrictions importantes de la liberté d’expression et de la presse liées à la loi martiale (censure, contrôle gouvernemental accru des médias, autodiscipline, harcèlement et violences contre des journalistes critiques, notamment sur la corruption, médias et journalistes interdits ou sanctionnés pour des contenus jugés prorusses ou menaçant la sécurité nationale).
Restrictions systématiques de la liberté d’association des travailleurs en raison de la loi martiale (interdiction des grèves et manifestations, suspension possible des conventions collectives).
Incidents d’antisémitisme rapportés, bien que des lois les répriment.
Travail des enfants « dans ses pires formes ».
Impunité organisée par le gouvernement à l’endroit des responsables d’abus.
Le député de la Rada ukrainienne Dmytruk Artem, et le blogueur politique Myroslav Oleshko, confirment également être « persécuté[s] personnellement par Volodymyr Zelensky » le premier pour avoir « dénoncé la corruption de son cercle rapproché », le second en raison de son appartenance à l’Église orthodoxe d’Ukraine comme sous-diacre. Dmytruk Artem a publié dans son message la lettre adressée au procureur général d’Ukraine. Il affirme avoir été « personnellement torturé dans les sous-sols du Service de sécurité d’Ukraine (SBU) sur ordre de Zelensky », et avoir été victime de « plusieurs tentatives d’assassinat en Ukraine et à l’étranger » :
À l’heure actuelle, je suis engagé dans une procédure judiciaire complexe devant la Haute Cour de Londres, où Zelensky cherche à obtenir mon retour forcé en Ukraine afin de me tuer ou de m’emprisonner, comme cela a déjà été le cas pour 52 000 autres personnes innocentes. Zelensky est personnellement responsable de la persécution et du meurtre des chrétiens en Ukraine.
Zelensky raconté par Zelensky
Enfin, le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, l’un des diplomates les plus respectés au monde, a rappelé en août 2025 la position soutenue par Volodymyr Zelensky à l’endroit des populations russophones d’Ukraine :
Il a également déclaré qu’il ne rétablirait pas les droits des russophones et n’annulerait pas les lois adoptées bien avant les opérations militaires spéciales de 2019 au Parlement ukrainien interdisant la langue russe, exterminant la langue russe, la culture russe, l’éducation russe, les médias russes et l’Église orthodoxe ukrainienne canonique.
Ces mesures concernent 10 à 30 % de la population ukrainienne. Hormis pour façonner l’image d’un président qui serait la réincarnation de Churchill, on comprend mal pourquoi les Pays-Bas ont souhaité distinguer un homme qui s’est fait tordre le bras par l’ancien Premier ministre britannique Boris Johnson pour prolonger une guerre dont le bilan des pertes, côté ukrainien, était estimé à plus de 1,5 million d’Ukrainiens en août dernier.
Le journaliste italien Thomas Fazi accusait en décembre dernier les Occidentaux d’avoir sacrifié l’Ukraine en prolongeant artificiellement le conflit avec la Russie. Il qualifiait cette folie de « crime du siècle ». La Couronne et le gouvernement néerlandais y voient une sublime résilience qui mérite un quadruple prix. S’ils avaient lu Le Point critique, ils sauraient que l’Histoire jugera sévèrement cette erreur de diagnostic. Peut-on en effet offrir une distinction aussi prestigieuse que celle-ci au chef d’un État qui autorise la reproduction d’un slogan nazi sur les plaques d’immatriculation des véhicules de son ministère de la Défense ?
Ce paradis est aujourd’hui coupé du monde par une clôture en fil de fer barbelé, renforcée par des mines afin de s’assurer que ses habitants ne puissent pas s’enfuir.
Est-ce pour dissimuler cette réalité que la communauté internationale a choisi de récompenser Volodymyr Zelensky ?
