Transgression

Équipe Le Point Critique | 17 avril 2026

Face aux appels du Vatican à une désescalade du conflit en Iran, le vice-président américain exhorte le pape à ne pas se mêler de théologie

Le vice-président des États-Unis s’est fait huer lors d’un meeting en début de semaine pour avoir appelé le pape à faire « preuve de prudence lorsqu’il aborde des questions de théologie ».

Le vice-président américain JD Vance lors du meeting organisé par Turning Point USA le 14 avril 2026 (Athens, Georgie)

Les tensions entre le pape Léon XVI et le président américain ne sont pas apparues soudainement avec la guerre en Iran, mais elles ont atteint un paroxysme il y a quelques jours à la faveur du conflit, déclenché fin février, par les États-Unis et Israël.

Depuis sa nomination en mai 2025, le pontife a critiqué à plusieurs reprises la politique de Donald Trump, notamment au lendemain de l’arrestation du président vénézuélien, Nicolás Maduro, dont il avait remis en cause la justification par la Maison-Blanche, mais il ne l’avait fait jusqu’à présent que de manière indirecte. Il est sorti de sa réserve le 31 mars en exprimant de nouveaux doutes sur la sincérité des arguments de Donald Trump pour justifier l’intervention des États-Unis en Iran :

On m’a dit que le président Trump avait récemment déclaré vouloir mettre fin à la guerre. J’espère qu’il cherche une porte de sortie.

Il s’est une nouvelle fois exprimé sur le conflit au Moyen-Orient quelques heures après que le président américain menace d’« anéantir la civilisation iranienne » si l’Iran ne se soumettait pas aux injections de la Maison-Blanche :

Aujourd’hui, comme nous le savons tous, une menace a pesé sur l’ensemble du peuple iranien, ce qui est tout à fait inacceptable. Il s’agit certes d’une question de droit international, mais c’est avant tout un enjeu moral pour le bien de l’ensemble de la population.
J’aimerais inviter chacun à réfléchir sincèrement, au fond de son cœur, à ces nombreuses personnes innocentes, à tous ces enfants, à toutes ces personnes âgées, totalement innocents, qui seraient eux aussi victimes de cette escalade de la guerre…

https://www.pbs.org/newshour/world/watch-pope-leo-xiv-calls-trumps-iran-threat-truly-unacceptable

Cette prise de position a provoqué la fureur du président américain qui a répondu le 12 avril, sur son réseau Truth Social, par une déclaration incendiaire :

Le pape Léon est FAIBLE face à la criminalité et catastrophique en matière de politique étrangère. […] Je ne veux pas d’un pape qui trouve normal que l’Iran dispose de l’arme nucléaire. […] Léon devrait se ressaisir en tant que pape, faire preuve de bon sens, cesser de céder aux exigences de la gauche radicale et s’attacher à être un grand pape, pas un politicien. Cela lui nuit énormément et, surtout, cela nuit à l’Église catholique !
Léon devrait être reconnaissant, car, comme tout le monde le sait, il a été une surprise choquante. Il ne figurait sur aucune liste pour devenir pape, et n’a été choisi par l’Église que parce qu’il était américain, et qu’elle pensait que ce serait la meilleure façon de traiter avec le président Donald J. Trump. Si je n’étais pas à la Maison-Blanche, Léon ne serait pas au Vatican.

https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/posts/116394704213456431

Il a confirmé le jour même, à sa descente d’avion, son hostilité à l’égard du souverain pontife et son exaspération face au désaveu auquel il se heurte depuis le début de la guerre en Iran :

Je ne suis pas un grand fan du pape Léon. Je ne trouve pas qu’il fasse du très bon travail. […] On n’aime pas un pape qui va dire qu’il n’y a pas de mal à posséder l’arme nucléaire. […] C’est quelqu’un de très libéral, et il manque de fermeté face à la criminalité.

Le président américain multiplie depuis les provocations, en restant fidèle à la même ligne et en refusant catégoriquement de s’excuser :

Il n’y a pas lieu de s’excuser. Il a tenu des propos erronés. […] Je ne fais que répondre au pape Léon.

Si chacun est familier des outrances de Donald Trump, celles du vice-président des États-Unis sont réputées plus rares. Il a paradoxalement choisi d’adopter la même ligne profondément clivante que Donald Trump lors d’un événement organisé par l’ONG Turning Point USA, où ses propos lui ont valu d’être hué par l’auditoire pourtant acquis à la cause de l’administration républicaine qu’elle a activement contribué à porter au pouvoir. Il a contesté l’autorité du souverain pontife pour juger de la conformité de la politique menée aujourd’hui par son administration avec les valeurs chrétiennes de l’Églie catholique, dont il est accessoirement lui-même membre.

Quand le pape dit que Dieu n’est jamais du côté de ceux qui manient l’épée, il existe une tradition millénaire de la théorie de la guerre juste. […]
Dieu était-il du côté des Américains qui ont libéré la France des nazis ? Dieu était-il du côté des Américains qui ont libéré les camps de l’Holocauste […] ? Je pense sincèrement que la réponse est oui. […]
Je pense qu’il est très, très important que le pape fasse preuve de prudence lorsqu’il aborde des questions de théologie. Si l’on souhaite s’exprimer sur des questions de théologie, il faut s’assurer que ses propos s’ancrent dans la vérité.

https://www.reuters.com/video/watch/idRW258715042026RP1

Remettre publiquement en question l’autorité du pape pourrait être considéré comme un acte hérétique ou a minima un blasphème, venant d’un catholique. Lui contester une compétence en théologie en invoquant de surcroît une contre-vérité historique relève en revanche d’un niveau orwellien de provocation lorsqu’on sait que Léon XIV est titulaire d’une licence en théologie et d’un doctorat en droit canonique portant sur le rôle du prieur local dans l’Ordre de Saint Augustin.

Le pape lui a répondu jeudi depuis le Cameroun, un peu maladroitement sans doute puisqu’il a attribué une situation imaginaire à son auteur :

Jésus nous a dit : « Heureux ceux qui font œuvre de paix », mais malheur à ceux qui manipulent la religion au nom même de Dieu pour servir leurs propres intérêts militaires, économiques ou politiques, plongeant ainsi ce qui est sacré dans les ténèbres et la souillure. »

Il n’est pas certain que cette position soit audible par la communauté catholique, ni qu’elle aide à se départir de la sensation que le véritable slogan de l’administration Trump soit Israël First.

Rappelons au passage à JD Vance que ce ne sont pas les Américains, mais les Russes qui ont libéré les camps de concentration nazis.

Un ancien officier du renseignement lui répond à son tour aujourd’hui en expliquant que l’engagement d’un missile américain Tomahawk se fait sur la base d’images satellites collectées en continu par de nombreuses agences de renseignement américain. Par conséquent, lorsque les États-Unis ont donné leur feu vert pour bombarder l’école de Minab (Iran) le 28 février dernier, qui a causé le décès de 165 fillettes, ils savaient pertinemment qu’ils s’apprêtaient à assassiner des enfants :

Nous avons bombardé une école et nous savions que c’était une école. Qui sont les terroristes ? Qui sont les méchants dans cette histoire ?

https://x.com/gokhansasi/status/2044741059389878618?s=20

Ils sont aujourd’hui accusés par l’UNICEF d’avoir détruit 763 écoles et 316 établissements de soins depuis le début de la guerre, le New York Times évoquant quant à lui le chiffre de 22 écoles et 17 hôpitaux.

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