Plan B
L’Ukraine et l’UE planifient-elles un Maïdan hongrois en cas de défaite du candidat d’opposition ?
Une vidéo piratée depuis un téléphone ukrainien révèle les détails de la planification d’un coup d’État en Hongrie par des forces spéciales ukrainiennes. Le lien avec les élections législatives de demain n’est pas établi, mais une petite annonce publiée sur un site d’offres d’emploi ukrainien confirme que Kiev a récemment recruté des volontaires pour une mission à Budapest en avril. Les militaires s’exprimant dans la vidéo évoquent un « Maïdan » hongrois.

La vidéo a été diffusée sur le réseau X le 7 avril. On y voit un groupe de militaires planifiant une opération qu’ils comparent avec le coup d’État du « Maïdan » ukrainien, organisé avec l’appui de groupes néonazis en 2014 et chapeauté par l’OTAN. George Soros et Raphaël Glucksmann se sont notamment tous les deux publiquement félicités d’en avoir été les artisans. La comparaison établie ici suggère que ce sont des hommes du même camp qui animent la réunion.
La planification d’un « Maidan » hongrois
La vidéo, en ukrainien contrairement à ce qu’affirme le message, a été traduite en anglais. Nous l’avons soumise à l’IA Grok qui confirme, en recoupant les analyses de plusieurs internautes russophones qu’il s’agit d’un briefing probablement organisé par l’ONG Наша Гордість (Notre fierté) pour des volontaires ukrainiens. Les officiers commentent une carte de Budapest représentant des sites stratégiques pour une opération du maintien de l’ordre. L’objectif affiché est de créer une insurrection :
0:04 – 0:12 : Place de la Liberté dans la ville de Budapest. Ici, environ 50 000 manifestants peuvent se rassembler. Ce n’est pas le Maïdan, mais ça devrait aller.
0 h 13 – 0 h 20 : Ici, il faudra éliminer les goulots d’étranglement causés par la police. Ensuite, nous devons nous attaquer au bâtiment du Parlement.
0:21 – 0:26 : Pour briser le cordon, il faut au moins dix manifestants motivés pour un policier.
0:27 – 0:31 : Nous travaillons d’arrache-pied pour franchir le cordon de sécurité et occuper le palais.
0:32 – 0:41 : Nous nous entraînons à mener des actions sur la place avec des pneus. Ils brûlent pendant des heures et dégagent une épaisse fumée huileuse. C’est un véritable cauchemar pour la police, les tireurs d’élite et les unités spéciales.
0:42 – 0:48 : À l’abri de la fumée, les participants peuvent se déplacer rapidement, et les autres peuvent voir quelle zone est sous notre contrôle.
Le contexte iranien où une opération de changement de régime est aujourd’hui discutée tranquillement dans les médias, comme une pratique courante des Occidentaux et de l’OTAN aide sans doute à prendre au sérieux cette vidéo. Les élections législatives hongroises ne sont pas citées, mais on ne voit pas quel autre événement justifierait que des militaires ukrainiens ayant potentiellement participé il y a 12 ans à un coup d’État visant à empêcher l’Ukraine de maintenir sa proximité avec la Russie en la forçant à se rapprocher de l’Europe veuillent reproduire le même changement de régime en Hongrie, où c’est précisément le même contexte qui vaut aujourd’hui à Viktor Orbán d’être considéré comme un traître et un ennemi qu’il faudrait exclure ou démettre.
L’ingérence de Bruxelles et de Kiev dans l’élection hongroise
Une série d’éléments que nous avons publiés depuis le mois de mars accrédite la thèse d’une ingérence active de Bruxelles et de Kiev dans l’élection hongroise. Nous n’avons pas relaté l’ensemble des « rumeurs » étayant cette hypothèse, la dernière en date concernant la tentative alléguée de Volodymyr Zelensky d’empêcher la diaspora hongroise de Transcarpartie d’accéder demain aux urnes.
Pourquoi planifier un coup d’État plutôt que d’organiser la défaite de Viktor Orbán en manipulant ou en désorganisant le scrutin ? L’élément inédit pouvant expliquer une telle effervescence est la publication hier d’un sondage réalisé sur l’ensemble des circonscriptions hongroises, qui prédit une victoire écrasante du parti (Fidesz) du Premier ministre. L’Ukraine se prépare-t-elle à la défaite électorale du parti Tisza ?
Le journaliste américain Oliver Martin expliquait début avril que selon l’ancien Premier ministre ukrainien Mykola Azarov, « le gouvernement ukrainien ferait tout son possible pour aider le leader de l’opposition hongroise Péter Magyar à gagner » l’élection hongroise. Il précise : « Mais il laisse entendre un plan B au cas où cela échouerait. »
L’offre d’emploi suspecte d’une ONG ukrainienne
L’ONG ukrainienne Наша Гордість (Notre fierté) a publié fin mars sur plusieurs sites ukrainiens (robota.ua et jobitt.com) une offre d’emploi pour une mission en Hongrie prévue courant avril. Elle a été retirée peu de temps après du site robota.ua, qui indique que les postes ont été pourvus, mais elle toujours en ligne sur jobitt.com.
L’organisation publique « Notre fierté » participe activement à la vie publique et politique de l’Ukraine, ordonnant ses activités de soutien à l’indépendance et aux valeurs démocratiques. Nous avons actuellement plusieurs postes vacants où vous pouvez rejoindre notre équipe pendant un certain temps et visiter un pays voisin. Jusqu’à la fin du mois d’avril, vous participerez à un important projet public et politique en Hongrie.
Tâches :
Organisation et coordination de divers événements publics.
Interaction avec d’autres organisations publiques et partenaires pour un travail conjoint sur des tâches communes.
Soutien et promotion de la participation citoyenne au développement du secteur public.
Disponibilité à un emploi 24 heures sur 24.Exigences :
Niveau élevé de compétence en langue hongroise (requis).
Bonne forme physique et résistance au stress.
Organisation élevée et capacité à travailler en équipe dans des conditions de risques accrus.
Expérience de travail dans des organisations publiques ou des projets similaires bienvenue.Nous offrons :
Une occasion de visiter un autre pays.
Une opportunité de croissance professionnelle et de réalisation de soi.Si vous souhaitez rejoindre notre équipe et participer à des événements importants pour le développement de la démocratie, envoyez votre CV à yulianaumenko89@outlook.com avec le sujet « Vacance pour un voyage en tournée ». Nous attendons vos commentaires et sommes prêts à répondre à toutes vos questions. Rejoignez-nous !
https://jobitt.com/job-openings/external/organizer-of-public-events-11107541
Le salaire indiqué sur le site robota.ua est de 200 000 hryvnias ukrainiennes (UAH) par mois soit environ 5 000 $ (4 000 $), ce qui représente près de 10 fois le salaire moyen proposé en Ukraine par les ONG sur le site robota.ua.
L’implication de l’ex-chef de cabinet de Volodymyr Zelensky
Autre problème, et probablement le plus remarquable, la journaliste roumaine Iosefina Pascal signale que l’ONG a été fondée par Andriy Yermak, l’ex-chef de cabinet de Volodymyr Zelensky, limogé le 28 novembre 2025 suite à une perquisition de son domicile par le Bureau national anticorruption (NABU) et le Parquet spécialisé anticorruption (SAP), dans le cadre de l’affaire « Opération Midas », un scandale de corruption majeur portant sur un vaste système de pots-de-vin estimé à environ 100 millions de dollars dans le secteur énergétique. Il est également soupçonné d’avoir joué un rôle clé dans une seconde affaire impliquant la reconversion de l’agence de casting de Volodmyry Zelensky en une société de fabrication de drones (Fire Point), qui produit aujourd’hui les missiles Flamingo et qui est devenue en à peine deux ans l’un des premiers sous-traitants de l’armée ukrainienne.
Yermak ne dirige plus Наша Гордість. Il a été remplacé en 2020 par Yulia Naumenko, une avocate de Kiev, qui en est l’actuelle directrice et qui est citée comme le contact pour le recrutement dans le cadre de la mission en Hongrie.
L’ONG qui a posté l’annonce est inactive depuis des années. Pourquoi se lance-t-elle soudainement dans « un recrutement pour un « projet politique en Hongrie » doté de budgets colossaux ? Avec quels fonds ?
Iosefina Pascal indique par ailleurs que Yermak vient d’enregistrer une seconde ONG, « Justice for Ukraine », dont l’objet est de placer des avocats et des assistants à l’intérieur de chaque unité de l’armée ukrainienne pour qu’ils fournissent une « aide légale » aux soldats et aux prisonniers de guerre. Elle précise : « Les Ukrainiens sur les réseaux sociaux soupçonnent qu’il s’agit d’une potentielle opération d’infiltration. »
Si bien évidemment rien ne permet d’affirmer que l’état-major de Kiev planifie un coup d’État comme plan B en cas d’échec d’une tentative d’ingérence elle-même purement spéculative, cette hypothèse est cohérente avec les anciennes déclarations de la Commission européenne. Sa présidente, à laquelle les États-Unis attribuent l’ingérence dans 8 élections nationales depuis 2023, avait en effet déclaré en septembre 2022 à la veille des élections parlementaires italiennes :
Si les choses ne vont pas dans la bonne direction [en Italie], j’ai déjà parlé de la Hongrie et de la Pologne, nous avons des outils pour que les choses aillent dans la bonne direction.
Nous serons fixés dans quelques heures.
