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Équipe Le Point Critique | 11 avril 2026

Ispahangate, la version iranienne d’un possible fiasco historique de l’armée américaine

Les États-Unis ont mené début avril une opération de sauvetage sur le sol iranien présentée comme la plus audacieuse et la plus réussie jamais réalisée par l’armée américaine. Plusieurs éléments contredisent ce récit, démenti par les autorités iraniennes, et pour lequel nous ne disposons aujourd’hui d’aucune image.

Donald Trump caricaturé par The Explosive Media
© Explosive Media

L’US Air Force a été engagée entre le 3 et le 6 avril lors d’une opération à haut risque conduite en territoire iranien. Objectif de l’opération : récupérer les membres d’équipages d’un chasseur-bombardier F-15E, abattu le 3 avril par un missile sol-air iranien dans la province de Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad, près d’Ispahan (sud-ouest de l’Iran, région des monts Zagros). On ne sait pas de quelles informations disposait l’Armée américaine concernant l’état physique du pilote (nom de code : Dude 44A) et du navigateur officier systèmes d’armes (NOSA), mais les images prises par des habitants de la région avaient confirmé qu’ils avaient réussi à s’éjecter avant le crash de l’appareil. Les médias ont relaté minute par minute l’opération de sauvetage des deux hommes sur la base des informations transmises par le Commandement central des États-Unis (CENTCOM), mais sans fournir aucune preuve de vie ni aucune image de leur récupération.

La version de la Maison-Blanche

Les autorités iraniennes appellent la population à se rendre sur les lieux pour récupérer les deux hommes morts ou vifs, moyennant une forte récompense. Sur la base des informations fournies par le renseignement américain, dont le New York Times explique qu’il a utilisé une « technologie spéciale unique », appelée « Ghost Mumur », capable de détecter un battement de cœur à des centaines de mètres, le premier pilote est localisé et exfiltré quelques heures plus tard par des forces spéciales américaines de la Task Force de récupération du personnel (PR) de l’US Air Force. Le média sof.news rapporte :

La PRTF a impliqué plus de 21 avions, incluant des avions d’attaque A-10 Thunderbolt II (appelés « Sandy »), des avions de recherche et sauvetage KC-13, des HH-60W Jolly Green II, des ravitailleurs HC-130J, ainsi qu’un groupe d’officiers de sauvetage de combat de guerre spéciale de l’Armée de l’air et d’opérateurs de parasauvetage. Un paquet de frappes de chasseurs protégeait la force de relations publiques aériennes. La récupération du pilote (Dude 44A) a été réalisée pendant les heures de jour par la PRTF ; d’après tous les témoignages, c’était une opération de recherche et sauvetage (CSAR) « traditionnelle ».

https://sof.news/news/usaf-f-15e-strike-eagle-downed/

La seconde phase de la mission a débuté le 4 avril et a duré entre 36 et 48 heures. Elle visait à récupérer le NOSA (Dude 44B) blessé après s’être éjecté avant le crash de son appareil. Selon la version officielle, le copilote se serait enfui dans les montagnes et aurait trouvé refuge dans une crevasse afin de se mettre à l’abri de ses poursuivants.

Le second aviateur, l’officier des systèmes d’armes (WSO), s’est éjecté sain et sauf de l’appareil. Il s’est blessé à la cheville soit lors de l’éjection, soit en atterrissant avec son parachute. Il a atterri à une distance significative du pilote, donc la remorque n’a jamais rejoint le sol. [….] Sa tâche immédiate fut d’éviter – s’éloignant du site du crash aussi loin et aussi rapidement que possible – sur un pied blessé. Vendredi, l’aviateur s’était éloigné du site du crash, avait évité les chercheurs ennemis, s’était dirigé vers le sud-est depuis le site du crash, avait trouvé une cachette sur une crête montagneuse et avait installé une balise et un dispositif de communication d’urgence. Après 14 heures, l’Armée de l’air a reçu une confirmation de la CIA concernant sa localisation et son identification positive.

https://sof.news/middle-east/f-15e-2nd-aviator-rescued/

Cette mission aurait mobilisé d’importants moyens humains (CIA, renseignement et appui militaires israéliens, troupes d’élites) et matériels, impliquant le déploiement de centaines de membres des forces spéciales et de 155 aéronefs (4 bombardiers, 64 chasseurs, 48 avions ravitailleurs, 13 avions de sauvetage, des hélicoptères et des drones) ainsi que le largage d’environ 100 bombes pesant chacune près de 907 kg. Le média indépendant SOF News, spécialisé dans l’actualité en lien avec l’activité des forces d’opérations spéciales, publie une chronologie détaillée de la mission ainsi que la liste des moyens engagés.

Le CENTCOM relate de son côté avoir mené une opération de désinformation pour tromper les Iraniens, en prétendant que le NOSA avait été localisé et qu’une opération d’exfiltration terrestre était en cours.

Bilan des pertes et des incidents enregistrés côté américain, en plus du F-15E : 2 avions Hercule (MC-130) utilisés pour le transport des forces spéciales et 4 hélicoptères de type MH-6/AH-6, supposés avoir tous été détruits volontairement par les forces américaines pour éviter leur capture, 1 avion A-10 Thunderbolt II d’appui aérien rapproché et 1 drone MQ-9 Reaper, détruits par l’armée iranienne et 2 hélicoptères (1 HH-60W Jolly Green II et 1 UH-60 Black Hawk) endommagés lors de l’opération. Coût financier de l’opération : plus de $ 100 millions pour chaque sauvetage selon The Wall Street Journal, pour un total estimé à plus de $300 millions par The Telegraph.

La version des autorités iraniennes et des analystes indépendants

Lorsque l’on recoupe ces informations avec celles publiées sur les réseaux sociaux, plusieurs éléments amènent à douter de ce récit.

Les deux hommes d’équipage se seraient éjectés à une seconde d’écart, mais auraient atterri à « une distance significative » l’un de l’autre (soft.news), ce que Donald Trump explique par la vitesse de l’appareil au moment du crash. Dont acte. Selon les relevés de carte publiés par The Telegraph, près de 180 kilomètres séparent le site probable du crash et le point d’exfiltration du second officier (Dude 44B), indiqué dans la version officielle. S’il ne s’agit officiellement pas de la distance parcourure par le NOSA, estimée à 7-8 km (5 miles) par la presse anglo-saxonne, les récits confirment que le second pilote aurait gravi 2 100 mètres (7 000 pieds) dans le froid, malgré une blessure à la cheville, des saignements abondants et des réserves d’eau limitées, pour se réfugier dans une crevasse.

L’analyste et homme d’affaires Xavier Moreau, ancien élève officier de l’armée de (Saint-Cyr) vivant aujourd’hui à Moscou, explique sur son site Strapol (bulletin no 285) pourquoi la version américaine fait sourire les observateurs russes :

Tout le monde a été étonné, puisque normalement, les opérations de sauvetage de pilote mobilisent plutôt des hélicoptères, plus souples et plus manœuvriers. Et là, pourquoi débarqué des Hercule C-130. C’est énorme, ça permet d’embarquer beaucoup de soldats. […] Évidement, c’était une opération, un coup de main, peut-être pour récupérer, je ne sais pas, capturer des représentants iraniens vivants, les 400 kg d’uranium enrichi, et comme ça n’a pas marché [ils ont imaginé cette opération].

https://odysee.com/@STRATPOL:d/2853comp2:3

Les autorités iraniennes, qui affirment avoir déjoué l’opération américaine, ont diffusé des images d’épaves d’avions de l’US Air Force. Ils ont publié il y a quelques jours un film basé sur des images de synthèse présentant une version alternative, très éloignée de celle de la Maison-Blanche.

Plusieurs médias publient également des « reconstitutions » de l’opération, qu’ils décrivent comme un braquage d’uranium raté (a failed uranium heist), ce qui est la thèse de Téhéran, la mission s’étant déroulée à proximité du site où sont présumées êtres stockées les réserves iraniennes d’uranium enrichi.

La version de Press TV :

https://twitter.com/AdameMedia/status/2041594144871583916?s=20

La version du braquage raté camouflé derrière une opération héroïque est également reprise dans plusieurs clips issus de la série de vidéos parodiques utilisant l’esthétique de la marque Lego, diffusées depuis le début de la guerre par Téhéran (PersiaBoi Studios, Explosive Media).

Celle plus récente du média Al Mayadeen, qui revendique « un compte rendu complet de la manière dont une opération américaine a été déjouée, et dont les forces américaines ont été vaincues à Ispahan, en Iran ».

Le président américain estime de son côté : le fait que « les deux membres d’équipage [aient] été secourus sans qu’aucun Américain ne soit tué a montré que les États-Unis avaient une domination et une supériorité aériennes accablantes ».

Il est regrettable que nous n’ayons eu accès à aucune image d’une opération aussi minutieusement préparée, ayant mobilisé autant d’hommes, et avec un tel enjeu médiatique, hormis une vidéo improbable qui ne montre strictement rien, à commencer par les deux pilotes dont nous ne disposons actuellement d’aucune preuve de vie. Ces doutes sont aujourd’hui résumés par le Pr Jiang Xueqin, géopolitologue sino-canadien (Moonshot Academy, Péjin), qui détaille le incohérences et les invraisemblances de la version officielle de cet improbable sauvetage.

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