Urgence énergétique

Équipe Le Point Critique | 05 avril 2026

La Serbie déjoue une tentative de sabotage du gazoduc TurkStream

Le Premier ministre Viktor Orbán a réuni en urgence le Conseil de défense après la découverte d’importantes quantités d’explosifs sur le gazoduc TurkStream, reliant la Russie à la Turquie à travers la mer Noire.

Interconnecteur de gaz en Serbie
Interconnecteur de gaz en Serbie. | © iStock/Cylonphoto

Le président serbe Aleksandar Vučić a alerté en début d’après-midi Viktor Orbán suite à la découverte de puissantes charges d’explosifs potentiellement dévastatrices, dans deux sacs à dos contenant également des détonateurs, retrouvés à proximité du gazoduc sous-marin TurkStream.

L’Ukraine mène depuis un mois une série d’attaques ciblant les infrastructures énergétiques reliant la Fédération de Russie à l’Europe. La plus médiatisée est le pipeline Druzhba, au cœur d’un affrontement diplomatique majeur entre Budapest et Kiev concernant le prêt européen de 90 milliards d’euros, bloqué par la Hongrie en raison du refus de l’Ukraine de rétablir le flux pétrolier sur cet axe.

Deux autres installations sont également la cible des autorités ukrainiennes, dont le gazoduc sous-marin TurkStream, qui permet d’acheminer du gaz russe depuis la région de Krasnodar vers la Turquie, via la mer Noire, et d’approvisionner plusieurs pays du sud-est de l’Europe, notamment la Serbie, la Hongrie, la Grèce et la Slovaquie pour laquelle le gaz constitue une source énergétique vitale, via son prolongement terrestre (Balkan Stream).

La seconde installation ciblée par l’Ukraine est le gazoduc Blue Stream, qui relie la station de compression de Beregovaya (Krasnodar) au terminal de Durusu via la mer Noire puis qui achemine le gaz russe jusqu’à Ankara par voie terrestre.

L’opérateur russe Gazprom a signalé le 11 mars que l’Ukraine aurait mené une série d’attaques contre Blue Stream et TurkStream. Il a publié un nouveau communiqué le 2 avril informant que l’Ukraine avait de nouveau attaqué une station de compression liée à TurkStream, qui constitue aujourd’hui la seule voie d’acheminement restante pour les exportations de gaz russe vers l’Europe,« les autres voies d’exportation ayant été coupées suite à l’invasion de l’Ukraine par Moscou en 2022 ».

La tentative de sabotage perpétrée ce dimanche contre le tronçon serbe de Balkan Stream est donc d’une gravité extrême, qui porte directement atteinte à la sécurité énergétique de plusieurs pays de l’OTAN, au premier rang desquels la Turquie, la Serbie, la Slovaquie, mais surtout la Hongrie, qui constitue le principal destinataire de gaz russe en Europe via ce corridor, avec 7,8 milliards de m³ acheminés en 2025, soit la moitié du trafic européen. Le Premier ministre hongrois a confirmé en fin de matinée sur son compte X qu’une enquête est en cours des deux côtés de la frontière, avec une coopération étroite entre Budapest et Belgrade, afin d’identifier les auteurs de cette attaque. Il a indiqué en fin de journée avoir « fait placer la section hongroise du gazoduc TurkStream sous une surveillance et une protection militaires renforcées ».

Si rien ne permet à ce stade d’incriminer l’Ukraine, il est inévitable de faire cette hypothèse. L’enquête conduite par les autorités allemandes sur le sabotage du pipeline à Nord Stream a conclu qu’il avait été perpétré par une équipe ukrainienne avec la complicité des États-Unis (comprendre : par les États-Unis avec la bénédiction de l’Ukraine).

Le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Heorhii Tykhyi, a démenti toute implication de Kiev dans cet attentat, qu’il a qualifié de probable « opération sous faux drapeau russe » visant à influencer les élections parlementaires hongroises prévues dans une semaine. C’était également l’explication qu’elle avait fournie à propos de la destruction de Nord Stream :

Nous rejetons catégoriquement les tentatives de relier faussement l’Ukraine à l’incident avec des explosifs trouvés près du gazoduc TurkStream en Serbie. L’Ukraine n’a rien à voir avec ça. Il s’agit très probablement, une opération russe sous faux drapeau dans le cadre de la lourde ingérence de Moscou dans les élections hongroises.

Cet « incident » intervient en effet dans un contexte brûlant, Kiev et Budapest s’accusant mutuellement d’ingérence dans les élections législatives, dont le premier tour aura lieu le 12 avril.

Le cabinet de Viktor Orbán a notamment publié il y a deux semaines l’enregistrement d’un journaliste hongrois, Szabolcs Panyi, lié au réseau d’influence de George Soros via plusieurs médias (Direkt36, VSquare) et au parti d’opposition Tisza, révélant la mise sur écoute du ministre des Affaires étrangères hongrois Péter Szijjártó, par les services de renseignement d’un État européen.

L’hypothèse d’une ingérence de Bruxelles dans l’élection hongroise, masquée par un contre-récit reposant sur des allégations formulées initialement par Szabolcs Panyi, a été corroborée par un ancien espion ukrainien qui accuse Kiev d’acheminer depuis plus de six mois des quantités massives d’argent liquide pour financer la campagne du candidat de Tisza.

Bien que l’enquête ne soit pas encore bouclée, les faits semblent lui donner raison, Budapest ayant saisi début mars plus de 80 millions de dollars en espèces et en or convoyés par un groupe de sept employés de la banque d’État Oschadbank, tous liés à des structures militaires ou de sécurité nationale ukrainiennes, et escortés par un ancien général des services de renseignement ukrainiens (SBU).

Un ancien fonctionnaire du Bureau national d’enquête (NNI) hongrois, Bence Szabó, accuse de son côté les services de renseignement du pays d’avoir conduit une opération secrète contre Tisza, avec l’appui d’un informaticien, visant à infiltrer le réseau informatique du parti avant les élections législatives du 12 avril. L’entretien a toutefois été réalisé par le média Direkt36, ce qui fragilise considérablement ce témoignage.

Rappelons que cette bataille rangée fait suite aux menaces de mort proférées par Volodymyr Zelensky et par l’ancien directeur des services de renseignement ukrainien à l’encontre de Viktor Orbán au début du mois de mars.

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